Le cri des infirmières retentit dans les écoles

À la suite de la récente vague de témoignages d’infirmières épuisées dénonçant leurs conditions de travail, La Pige s’est penchée sur les impacts qu’avaient eus ces sorties publiques sur le recrutement et la rétention des différents établissements scolaires de la région qui offrent le programme de soins infirmiers. À la lumière des témoignages recueillis, force est d’admettre que les impacts ne sont pas à négliger.

 Il y a sept ans, le Cégep de Jonquière accueillait annuellement entre 68 et 72 étudiants dans son programme de soins infirmiers, une technique d’une durée de trois ans. À l’automne 2015, le cégep a accueilli 50 étudiants. De ce nombre, 32 étudiants et étudiantes termineront leurs études en mai prochain. Une baisse importante qui peut être expliquée par deux facteurs selon la responsable du programme, Johanne Fortin. «Il y a une baisse démographique dans la région depuis des années, mais c’est sûr que les conditions de travail des infirmières qui sont difficiles n’attirent pas les étudiants, surtout ces temps-ci», dit-elle.

Dès la première année, les étudiants en soins infirmiers sont appelés à faire des stages dans différents milieux hospitaliers et ainsi à côtoyer des infirmières et infirmiers au quotidien. L’expérience ne se déroule toutefois pas toujours comme prévu. «Les infirmières sont épuisées par leurs conditions de travail et sont un peu plus bêtes et impatientes avec les stagiaires», affirme Mme Fortin.

Elle souligne qu’il ne s’agit pas d’un phénomène répandu et que les étudiants aiment, pour la plupart, leur lieu de stage.

Les récentes sorties publiques d’infirmières, qui se sont plaintes d’épuisement professionnel et de surcharge de travail, font-elles de la mauvaise publicité pour le département? Oui, répond Mme Fortin, qui a vu beaucoup de finissantes quitter ou changer de domaine; les responsabilités étant trop grandes et les horaires de travail atypiques.

«Plusieurs infirmières travaillent une fin de semaine sur deux ou deux fins de semaine sur trois et n’ont pas de vacances», précise-t-elle.

Le statut précaire des infirmiers et infirmières a également des conséquences sur le recrutement des professeurs en soins infirmiers. «C’est difficile d’embaucher des professeurs qui veulent enseigner au cégep, déplore-t-elle. En général, ce sont des infirmières qui travaillent dans le milieu hospitalier et les hôpitaux préfèrent les garder avec eux, donc on ne peut pas les former.»

Le conseiller en communications au Cégep d’Alma, Frédéric Tremblay, affirme quant à lui qu’«il est trop tôt pour faire des liens entre les sorties publiques des infirmières dans les médias et le taux d’inscription au programme de soins infirmiers».

Il n’a pas voulu commenter la situation davantage, affirmant que le taux d’inscription au programme de soins infirmiers est stable depuis plusieurs années. Le taux d’abandon est cependant en moyenne de 25% (voir autre texte).

Nous avons tenté à plusieurs reprises de joindre le Cégep de Chicoutimi pour qu’il commente le dossier, mais l’établissement s’est contenté de donner le nombre d’inscriptions à son programme de soins infirmiers à l’automne 2017, qui est de 136.

Mot d’ordre à l’UQAC : optimisme

De son côté, l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) n’a aucun problème à combler les 80 places disponibles de son baccalauréat en sciences infirmières.

La responsable du programme et enseignante en sciences infirmières, Carole Dionne, mentionne que la possibilité du DEC-BAC pour les étudiants (entente permettant la reconnaissance de cours de niveau collégial par une université pour certains diplômes d’études collégiales amenant au baccalauréat) permet d’éviter des cas d’abandon.

«La plupart de mes étudiants tiennent la route. Je regarde ma classe de première année et presque personne n’a abandonné. On met toutes les mesures nécessaires pour que nos étudiants réussissent», commente-t-elle.

«Le défi pour les étudiants est de trouver du temps de qualité pour faire un stage durant leur session.»

Mme Dionne, qui a été elle-même infirmière, mentionne que la surcharge de travail chez les infirmières survient surtout en milieu hospitalier. «Quand on est infirmière, on n’a pas toujours les vacances qu’on voudrait avoir.»

Comment faire pour redorer l’image de la profession, donc? «Il faut regarder les côtés positifs. On doit continuer à travailler en équipe […] Les soins infirmiers, c’est partout. Il y a plein de manières pour une infirmière de s’épanouir dans son métier», conclut-elle.

À propos de François Gionet

Cadet de la cohorte 2015-2018 en journalisme, François a grandi dans la magnifique banlieue ferroviaire de Charny sur la Rive-Sud de Québec. Véritable boute-en-train dès son plus jeune âge, François s’est attiré la foudre de plusieurs enseignants par son incapacité à se taire au bon moment, au bon endroit. François semblait donc déjà destiné à une carrière en communication. C’est lors de ses études secondaires au Juvénat-Notre-Dame que François s’intéresse au milieu des arts. Musique, théâtre, cinéma et littérature : ce jeune homme expérimente tous les domaines, tout en développant un intérêt pour l’écriture, intérêt qui le mènera d’ailleurs à écrire pour le journal étudiant de l’école durant deux ans. À l’extérieur des murs scolaires, François joue à la position de défenseur pour l’équipe de hockey de son quartier, avant d’accrocher ses patins – pour de bon – en 2015. Même s’il n’est pas certain de son avenir dans le milieu journalistique, François a la profonde conviction qu’il travaillera dans un domaine où il pourra « changer les choses pour le mieux », principe qui semble plus que nécessaire, aujourd’hui, en 2017.

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