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100 000 véhicules enfichables au Québec : est-ce possible?

En 2012, l’ex premier ministre du Québec, Jean-Charest, a instauré un objectif visant à vendre au moins 300 000 véhicules enfichables d’ici 2020. Cette cible a ensuite été révisée à la baisse en 2015. Depuis, le Plan d’action en électrification des transports 2015-2020 a comme objectif d’atteindre 100 000 véhicules enfichables sur nos routes d’ici 2020.

 Mais la question demeure : va-t-on réussir à atteindre le but? Avant tout, il faut comprendre où en est le portrait de la voiture électrifiée (VÉ) au Québec. Selon les données de l’Association des véhicules électriques du Québec (AVÉQ), 39 175 véhicules enfichables circulaient sur les routes de la Belle province en date du 31 décembre 2018.

À pareille date en 2019, ce nombre a grimpé à 66 639. Il s’agit d’une augmentation de près de 41%. Pour atteindre le nombre clé de 100 000, il manque donc 33 361 véhicules électrifiés d’ici la fin de l’année 2020. Maintenant, quels sont les facteurs qui vont aider ou nuire à atteindre ce but?

Des rabais indispensables

Les incitatifs des deux paliers gouvernementaux sont cruciaux pour favoriser la vente de voitures électriques. «Si les rabais disparaissent, le chien est mort», s’exclame le journaliste et chroniqueur automobile, Marc Bouchard. Il suffit de regarder du côté de nos voisins ontariens pour appuyer cette affirmation.

L’Ontario bénéficiait de rabais pouvant aller jusqu’à 14 000$ à l’achat d’une voiture électrifiée. Après l’élection du premier ministre Doug Ford en juin 2018, le rabais a été éliminé et selon les données de Mobilité électrique Canada, les ventes des six premiers mois de l’année 2019 auraient chuté de près de 55% comparativement à la même période en 2018.

Une autre preuve de l’importance des incitatifs est la réaction des consommateurs avant et après la mise en application du rabais fédéral. Quand le budget fédéral a été dévoilé le 19 mars 2019, les ventes de VÉ au Québec ont été au ralenti jusqu’à la mise en application de la ristourne le 1er mai. Les six mois suivant cette date ont été marqués par une explosion des ventes de VÉ au Québec.

Des normes insuffisamment sévères

Le Québec dispose d’une norme de véhicules zéro émission (VZE). Cette dernière est entrée en vigueur à la mi-janvier 2018 et oblige les constructeurs assujettis à accumuler des crédits en vendant des véhicules sur le territoire québécois.

Le conseiller en électrification des transports, Daniel Breton, a de grandes réserves sur cette loi. «Les normes au Québec sont tellement laxistes qu’ils ont mis la barre tellement basse que ce n’est pas compliqué de l’atteindre», explique M. Breton. Le porte-parole de l’AVÉQ, Martin Archambault, est aussi de cet avis. «La loi, telle qu’elle est, force la vente de 15 000 véhicules enfichables et il s’en est vendu 30 000. La volonté d’acheter des Québécois est plus forte que l’imposition de la loi elle-même», s’exclame M. Archambault. Ce dernier affirme que la norme VZE ne pourra aucunement s’attribuer le mérite de l’atteinte de l’objectif si jamais on y parvient.

À noter que pour le moment, il n’y a aucune réglementation de la part du fédéral. «S’il n’y a pas de plan gouvernemental, on rêve en couleur si on pense que les constructeurs vont s’autodiscipliner pour nous fournir des VÉ», s’exclame M. Breton.

Une offre à améliorer

Quand on parle d’offre, on parle non seulement de la disponibilité des voitures électriques en concessions, mais aussi du peu de variété de catégories offertes. Si l’on commence par la disponibilité en concession, elle provient de plusieurs facteurs. Le coût de production est l’une des raisons qui expliquent la problématique.

«Les constructeurs ne sont pas intéressés à en fabriquer. Ils ne font pas d’argent alors ils limitent leur production», lance le journaliste et chroniqueur automobile Antoine Joubert. Une preuve éloquente qui appuie cette affirmation est les propos de l’ex-directeur général de Fiat Chrysler Automobiles, Sergio Marchionne. Cet homme a lancé au public de la Brookings Institution qu’il espère que les consommateurs n’achèteront pas de Fiat 500 électrique puisqu’il perd 14 000$ à chaque unité vendue.

Ensuite, le Québec et le Canada ne se retrouvent pas en bonne position pour recevoir des VÉ en quantité suffisante puisque les normes environnementales sont plus élevées dans d’autres marchés, notamment en Europe et en Chine. «La plupart des constructeurs ne font pas de véhicules électriques parce qu’ils veulent en faire. Ils le font parce qu’ils sont obligés pour répondre aux standards chinois et européens», lance Daniel Breton. Cela revient donc au problème des normes environnementales qui ne sont pas suffisamment sévères.

Finalement, il y a aussi le problème de la mince variété de véhicules électrifiés offerts au Québec, là où une grande majorité de véhicules vendus à l’état neuf sont des VUS et des camionnettes. «On a des statistiques qui nous prouvent que 62% des ventes faites au Québec au cours de la dernière année étaient des VUS et des camions. Tant que les voitures électriques ne pourront pas rivaliser dans ces catégories, les consommateurs ne regarderont même pas ça», affirme Marc Bouchard.

Bref, plusieurs facteurs jouent contre la disponibilité des VÉ au Québec, et ce, malgré une demande bien présente. «On a vendu 30 000 véhicules, mais s’il y en avait eu plus en inventaire, on aurait peut-être pu atteindre 50 000 voire 60 000 véhicules vendus», affirme Martin Archambault.

 

À propos de Jérémy Bezeau

Jérémy Bezeau
Originaire de Blainville sur la Rive-Nord de Montréal, Jérémy Bezeau décide après deux ans d’étude en enseignement à l’université de suivre son rêve en se donnant les meilleures chances de faire le métier qu’il admire depuis son tout jeune âge : journaliste. Ayant pratiqué toutes sortes de sports, allant du baseball, en passant par le soccer et par le hockey, Jérémy se voit depuis qu’il est au primaire dans la peau des analystes sportifs à la télévision. Même s'il ne cache pas sa passion pour les sports, l’étudiant suit tout aussi attentivement l’actualité. Il se sent prêt à voler de ses propres ailes cette année en faisant des couvertures qui peuvent sortir de ses champs d’intérêt principales après avoir couvert les Saguenéens de Chicoutimi pendant quelques parties l’an dernier pour le média Sur Le Banc. Il a comme ambition dans le meilleur des mondes de devenir un membre de la grande famille de RDS ou TVA Sports.

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