Accueil / Actualités / Les Stratégies québécoises d’économie d’eau potable: un coup d’épée dans l’eau?

Les Stratégies québécoises d’économie d’eau potable: un coup d’épée dans l’eau?

Le gouvernement du Québec met en place depuis plusieurs années des plans stratégiques afin de diminuer la consommation d’eau potable des Québécois. Malgré les avantages qu’ils proposent, des spécialistes remettent en cause certains aspects.

La Stratégie québécoise de l’eau 2018-2030 comporte sept orientations ayant des objectifs distincts. Ils ont également un but commun soit celui que la population du Québec effectue une bonne gestion des ressources en eau. Ce projet a été mis en place sous le gouvernement libéral de Philippe Couillard.

Selon les données présentées dans ces documents, la quantité d’eau distribuée par personne a diminué de 26% par rapport à 2001. Soulignons que la Stratégie québécoise de l’eau 2018-2030 vient en relève à la Politique nationale de l’eau lancée en 2002.

Plusieurs demandes d’entrevues ont été réalisées auprès des ministères de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, de l’Énergie et des Ressources naturelles, des Affaires municipales et de l’Habitation ainsi qu’auprès du  bureau du premier ministre. Aucune de ces instances politiques n’a voulu répondre aux questions de nos journalistes. Chaque fois, le dossier se retrouvait dans la cour d’un autre ministère.

En quête d’une gestion durable de l’eau

La Stratégie québécoise d’économie d’eau potable 2019-2025 est incluse à l’intérieur du Plan d’action 2018-2023 de la Stratégie québécoise de l’eau 2018-2030. Elle a trois objectifs précis afin de permettre une gestion durable de la ressource.

  1. Réduire de 20 % la quantité d’eau distribuée par personne par rapport à l’année 2015.
  2. Atteindre un niveau de fuites modéré selon l’indice de l’International Water Association.
  3. Augmenter progressivement les investissements nécessaires pour réaliser le maintien des actifs tout en éliminant graduellement le déficit d’entretien.

La Stratégie 2019-2025 vise à ce que les municipalités soient en mesure de dresser un portrait clair et précis de l’utilisation de l’eau sur chaque territoire afin qu’elles effectuent une meilleure gestion de la ressource.

Elle met également en lumière un rapport publié dans le National Institute of Building Sciences en 2017. Cet article démontre que «chaque dollar investi dans la prévention permet d’économiser six dollars en dommage résultant des sinistres. Le gouvernement du Québec reconnaît les bénéfices de cette approche et entend faire profiter les communautés les plus vulnérables aux sinistres.»

Compteurs d’eau: La clé du succès?

Afin de se conformer à la Stratégie québécoise d’économie d’eau potable 2011-2017, Saguenay installera, en 2020, 380 compteurs d’eau dans les immeubles résidentiels.  L’échantillonnage sera réalisé de manière volontaire puisque les citoyens doivent signaler leur intérêt via une plateforme en ligne. L’objectif de cette mesure est de préserver et de mieux gérer l’eau.

«On souhaite commencer l’installation cette année, mais on est toujours en appel de candidatures pour les tests. Actuellement, on termine l’installation des bâtiments commerciaux et industriels. On n’a cependant toujours aucun résultat puisque la cueillette de données n’est pas encore commencée», explique le conseiller municipal et président du comité Développement durable et environnement, Simon-Olivier Côté.

La directrice générale de l’organisme à but non lucratif Eau Secours, Rébecca Pétrin, est d’avis que l’installation de ces compteurs dans les résidences créera des inégalités sociales. «On ne prône pas l’utilisation des compteurs d’eau résidentiels, car ça rend l’accès à l’eau plus difficile pour des gens qui ont moins de soutien financier.» Seulement 2% de l’eau utilisée dans la province concerne le secteur résidentiel.

Le chercheur en éco-conseil à l’Université du Québec à Chicoutimi Olivier Riffon soutient également que l’installation de compteurs d’eau n’est pas la mesure la plus efficace pour les particuliers.  «Pour les individus, ça représenterait une grosse dépense, ça nécessiterait beaucoup d’investissements tant pour les municipalités que pour les citoyens. Il faudrait équiper plusieurs millions de maisons avec de nouveaux systèmes. […] Je ne suis pas certain que ça serait un bon investissement à faire.»

Les compteurs d’eau et les industries

La directrice générale d’Eau Secours estime que les compteurs d’eau sont toutefois très utiles pour les institutions, les commerces et les industries (ICI). Ils permettent d’ajuster la tarification de l’eau en fonction de la consommation réelle. «Ça ne nuit pas à l’accès à l’eau des citoyens et ce sont les secteurs qui utilisent et gaspillent le plus d’eau. […] La plus grosse consommation d’eau qu’on ne voit pas c’est l’eau virtuelle. Dans notre consommation de biens matériels par exemple quand on achète des ordinateurs.»

Olivier Riffon souligne que le gouvernement provincial pourrait faire en sorte que l’eau soit achetée à sa juste valeur. «Sur le plan commercial et industriel, il y a beaucoup d’endroits où il y a des compteurs d’eau. Les entreprises doivent comptabiliser l’eau qu’elles utilisent.[…] Honnêtement, le Québec est dans les plus bas taux d’imposition pour l’eau vendue aux entreprises. Il y a de la marge. Ce n’est pas une question de ne plus être compétitif pour les industries. On a de l’eau, on a une richesse et on veut la préserver. Je pense qu’on peut aller, comme société, vers une logique de charger ce que ça vaut aux grands utilisateurs.»

La Stratégie québécoise d’économie d’eau potable 2019-2025 fait état que 90% des immeubles non résidentiels seront équipés de compteurs d’eau dans les années à venir.

 

 

 

 

 

À propos de Lilia Gaulin

Originaire de l’Estrie, Lilia est passionnée par le sport depuis son plus jeune âge. Joueuse de soccer et de hockey, elle a le rêve un peu fou de couvrir les Jeux olympiques. À son arrivée à Jonquière, elle confirme sa passion pour le monde envoûtant de l’actualité, ce qui vient brouiller les cartes de son avenir. L’ensemble des domaines l’intéresse, mais elle a un petit faible pour l’actualité sportive. Indécise entre la presse écrite, la télévision et la radio, Lilia souhaite toucher à tous les types de médias. L’été dernier, elle a eu le plaisir de travailler en tant que pigiste au journal La Tribune. Cette expérience plus qu’enrichissante est venue assurer son choix de carrière. Le journalisme est pour elle une façon de donner une voix aux gens.

À voir aussi

Les suppléments alimentaires, de la poudre aux yeux ?

Le domaine des suppléments alimentaires est riche en information puisqu’il est la source de nombreuses …