dimanche , 18 avril 2021

Des conceptions sociales au cœur des rencontres

Comme l’a démontré l’expérience menée par une équipe de La Pige, les femmes tendent à être largement plus populaires que les hommes sur des applications de rencontres comme Tinder. Parmi les raisons qui expliquent cet énorme taux de succès, on remarque le ratio hommes-femmes disproportionné sur la plateforme ainsi que les critères et les raisons qui diffèrent d’un genre à l’autre.

Produit par Jérémie Camirand et Félix Laroche

Pour la professeure en sexologie à l’Université du Québec à Montréal Maude Lecompte, les résultats obtenus lors de notre enquête ne surprennent pas, mais mettent en lumière une situation complexe, aux racines sociales beaucoup plus profondes qu’on pourrait le croire. Malgré tout, un principe basique doit être pris en compte lors de l’analyse de telles données, soit la force du nombre.

« Malgré qu’on annonce une pseudoparité sur Tinder, raconte l’enseignante en sexologie, les données démontrent quand même qu’il y a une surreprésentation des hommes par rapport aux femmes. Donc, déjà, en partant, ça donne un certain avantage stratégique aux femmes sur l’application, dans la mesure où elles sont un peu moins nombreuses. »

En plus de cette présence moindre, il ne faut pas oublier la situation précaire dans laquelle la femme se trouve toujours en 2021, ajoute Mme Lecompte. Confrontées à une vague gigantesque de prétendants, les dames profitent de Tinder et de son concept. Ce dernier soutient qu’un match ne se réalise seulement qu’en cas de double like, soit uniquement si les deux personnes aiment le profil de l’autre. Ce principe permet donc aux femmes de filtrer davantage, ce qu’elles n’ont malencontreusement pas toujours la chance de faire, au quotidien.

« Il y a un élément de protection aussi. Les femmes ont tendance, dans la vie de tous les jours, à être plus abordées et pas toujours de façon subtile et appropriée socialement. Donc, là, par la nécessité d’un double like, elles ont la possibilité de filtrer davantage », soutient Maude Lecompte, elle qui a d’ailleurs écrit sa thèse de doctorat sur le phénomène des sites de rencontres.

Néanmoins, on ne sait toujours pas pourquoi les dames s’inscrivent en moins grand nombre que les messieurs. Maude Lecompte explique que les perceptions de notre société et son subconscient ont, une fois de plus, un important rôle à jouer.

« Il y a des attentes sociales qui pourraient expliquer pourquoi les femmes s’inscrivent moins, dont le double standard sexuel qu’on observe souvent du fait qu’on va valoriser davantage le multipartenariat et les rencontres d’un soir chez les hommes alors qu’on va juger plus négativement une femme qui va avoir les mêmes comportements », raconte-t-elle.

De leur côté, les hommes auront tendance à « jeter beaucoup plus de bouteilles à la mer », rappelle l’intervenante, afin de se donner un maximum de chances d’obtenir des rencontres fructueuses. Ça, c’est sans oublier les conceptions sociales qui poussent inconsciemment les hommes, selon l’experte, à agir à titre de chasseurs, pour ne pas reprendre d’autres métaphores préhistoriques quelque peu douteuses.

Même son de cloche sur le terrain

Maxim est sur Tinder depuis plus de trois ans et il n’est pas surpris des résultats de l’enquête et explique grossièrement une autre hypothèse soumise par Maude Lecompte, celle des critères.

« Les gars qui recherchent du cul, il y en a pas mal, mais des filles qui cherchent juste du cul, il y en a moins et c’est un peu là, peut-être, la raison », dit-il.

« Les filles sont vraiment plus sélectives. Tandis que nous autres les gars, on voit une belle fille et on va vouloir matcher tout de suite », raconte pour sa part Christophe, qui a installé l’application pour une première fois en 2016.

Pour Anne-Sophie, utilisatrice de Tinder depuis trois ans et demi, le constat est le même, les critères varient en fonction du genre. Selon elle, les gars ne prendraient pas au sérieux l’utilité d’une application de rencontres, au contraire des filles.

« Les filles vont, je pense, prendre ça plus au sérieux. Elles vont plus regarder le profil, les photos, la description avant de balayer un profil à droite ou à gauche », admet-elle.

Justement, Tinder perd au fil des ans sa fonction première, celle de favoriser les rencontres, et se transforme petit à petit en jeu, en une sorte de divertissement, précise la professeure à l’UQÀM Maude Lecompte.

« Les trois quarts des personnes qui utilisent Tinder le font dans un objectif ultime, à très long terme, de rencontrer quelqu’un pour quelque chose de sérieux, mais à court terme, le font juste pour le loisir. Il y a une grande proportion d’utilisateurs et d’utilisatrices qui ne font que balayer des profils comme s’ils jouaient à Candy Crush », conclut-elle en riant.

À propos de Jérémie Camirand

Jérémie Camirand
Jérémie Camirand, 19 ans, est originaire de Montréal, là où il a pu compléter ses études primaires et secondaires avant de se joindre au programme Arts et technologie des médias du cégep de Jonquière. Humble défenseur et grand amoureux de notre langue française, ce n’est que tard dans sa vie que Jérémie s’est découvert un vif intérêt à l’endroit des mots et de leur beauté. À l’aide de sa plume qui acquiert une précieuse expérience avec les années, Jérémie se passionne pour les enjeux importants de notre société, de politique, d’arts et de sports. À l’emploi pour les Saguenéens de Chicoutimi à titre de gestionnaire des réseaux sociaux depuis 2019, Jérémie voue un intérêt particulier envers le hockey. Toutefois, avec les années, le partisan aguerri qu’est Jérémie s’est transformé citoyen affable de changements qui, avec une grande ambition, tentera de le provoquer.

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