Un système d’éducation à adapter 

Depuis toujours, les Premières Nations doivent composer avec la culture québécoise afin de s’y intégrer. Photo : Rosie St-André

Manque de ressources et manière d’enseignement inadaptée : les étudiants autochtones éprouvent des difficultés à s’intégrer au système d’éducation québécois qui ne correspond pas à leur culture ni à leur réalité. 

« Le déracinement que vivent les étudiants est déjà important, mais pour un jeune Autochtone, il est décuplé par le fait d’être loin de sa famille et d’être dans une société étrangère parce que les choses ne fonctionnent pas de la même façon », soutient la directrice de la Chaire de recherche sur la parole autochtone et enseignante en linguistique à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Sandrine Tailleur. 

L’agent de promotion au Centre d’amitié autochtone de Saguenay (CAAS), Kévin Bacon, a éprouvé beaucoup de difficultés durant son parcours scolaire. Ayant complété son primaire et son secondaire en communauté, il a pu noter des différences entre les systèmes éducatifs. 

Et ce, même si le Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ) est appliqué dans les communautés autochtones. Les matières sont donc les mêmes que celles enseignées dans les autres écoles, avec quelques cours de langues et de culture en plus. 

Le Chef des relations avec les Premières Nations au Centre Nikanite de l’UQAC, Francis Verreault-Paul, soutient également, avec une position plus nuancée, qu’il reste des ajustements à faire au sein des établissements scolaires. « Le contenu des programmes n’est parfois pas adapté à la réalité autochtone, la perspective du peuple n’est pas souvent prise en compte, ce n’est pas quelque chose d’obligatoire encore. » Le Centre permet toutefois aux étudiants autochtones de l’établissement de bénéficier de ressources concrètes élaborées pour eux. 

Une manière d’enseignement inadaptée 

Selon la coordonnatrice en langues, culture et éducation au CAAS, Kate Bacon, la manière d’apprendre du système d’éducation de la province, qui est principalement de rester derrière un bureau à écouter un enseignant donner la matière, n’est pas adaptée pour les étudiants autochtones. Ils sont plutôt habitués à vivre, à observer et à faire ce qui leur est montré. Cette réalité peut faire en sorte qu’ils soient vus comme moins motivés, mais ce détachement s’explique plutôt en raison du fait que les manières de faire québécoises ne leur correspondent pas. 

« On attend d’eux qu’ils intègrent le système québécois, alors que leur façon d’aborder les choses et leur culture est complètement différente », rapporte Mme Tailleur. Elle déplore également le manque de ressources adaptées spécifiquement pour eux. 

Par exemple, les cours de mise à niveau en français donnés au collégial sont accessibles pour ces jeunes, mais les enseignants ne sont pas formés sur la langue ilnue. Ils ne connaissent pas ses particularités, menant à de l’incompréhension par rapport aux erreurs faites par les étudiants. « Dans la langue ilnue, il n’y a pas de déterminants. Les genres féminin et masculin ne sont pas présents non plus, on parlera plutôt de classes », explique l’enseignante en linguistique. 

Pour sa part, Gabrielle Paul a eu la chance de connaître un parcours scolaire dénué d’obstacles. Elle a toujours bien réussi et s’est toujours sentie à sa place dans les classes qu’elle a fréquentées. Cependant, une crainte régnait chez elle lorsqu’elle a fait son entrée au cégep, celle d’éprouver des difficultés d’adaptation.

Gabrielle Paul est originaire de la communauté de Mashteuiatsh et diplômée en journalisme au Cégep de Jonquière. Photo : Courtoisie

« Dans les communautés, ce sont des petits groupes avec des gens que je connais, autant les élèves que les professeurs. D’arriver au cégep où c’est beaucoup plus grand avec plus de personnes, j’avais certaines craintes », émet-elle. 

La culture et les traditions étant importantes pour elle, la coupure avec sa réalité a été difficile. « Je ne pouvais pas m’identifier avec mes nouveaux amis du cégep sur les plans culturels dans lesquels j’avais grandi », exprime la diplômée en journalisme. 

De plus en plus de ressources 

Ce sont 24 programmes spécifiques pour les Premières Nations qui ont été créés grâce au Centre Nikanite de l’UQAC. « Il y a aussi la valorisation de la culture. Je crois qu’on a un rôle à jouer à sensibiliser la communauté universitaire par rapport à la réalité des Premières Nations », soutient M. Verreault-Paul. 

À propos de Rosie St-André

Rosie St-André
Autant elle est énergique et expressive, autant Rosie St-André est une jeune femme organisée pour qui le souci d’un travail bien fait est important. Originaire de Joliette dans Lanaudière, les communications la passionnent depuis son jeune âge. En effet, les caméras et les micros ne lui font pas peur : elle possède une chaîne Youtube depuis l’âge de 13 ans. Au secondaire, elle a également eu la chance de co-animer une émission de radio à la station de sa ville, le M103,5. Avec plus d’une corde à son arc, Rosie veut continuer de découvrir toutes les facettes du monde des médias. Les sujets d’actualité la font vibrer et lui donnent envie d’en apprendre toujours plus sur le monde dans lequel on vit. Que ce soit la politique, la culture, l’environnement ou les faits divers, elle est toujours allumée par ce qui lui est proposé. Son but en tant que journaliste ? Informer la société sur les différents enjeux qui l’entourent tout en donnant une voix aux citoyens.

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