« Pour resacraliser notre rapport au monde, il faut avoir la foi » – Jean Désy

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Jean Désy rêve d’une société en harmonie avec les éléments primaires et invite à intégrer la poésie dans notre quotidien. Photo : Archive Jean Désy

L’écrivain, poète et médecin québécois Jean Désy pointe un rapport à la nature pas vraiment sain. Le natif de Kénogami propose une approche plus vertueuse. Entretien.

La Pige : Vous qui aimez tant les régions sauvages du nord, appréciez-vous la société urbaine ?

Jean Désy : Je l’intègre en tant que professeur de littérature à l’Université Laval et dans ce cadre, elle ne me dérange pas. En revanche j’ai envie d’être très sévère envers notre société en général. Une société riche qui ne se préoccupe que du capitalisme avec un mode de consommation délirant. Nous devons resacraliser notre rapport au monde.

L.P : Comment resacraliser notre rapport au monde ?

J.D : Il faut avoir la foi, croire. Actuellement, notre société n’a de foi qu’en le travail et l’argent. Il faut avoir foi en l’humanité. Cela peut aussi être une autre foi, religieuse par exemple, mais il n’y a pas que cela. Il faut aussi retrouver de l’humilité par rapport à la nature, comprendre que la nature n’est pas assujettie à l’homme. Les hommes se sont considérés comme les dieux de la terre, celle-ci est devenue un accessoire. Notre société veut vivre, jouir, avoir de la joie avant tout et cela l’éloigne des forces primaires. Il faut vivre en harmonie avec la nature, vivre au cœur de notre Québec sans le polluer et se reconnecter à la force naturelle, qui est partout. Une personne à New York peut s’émerveiller en regardant un oiseau à sa fenêtre. Il faut ce genre d’acte d’amour envers la terre, or je n’en ai jamais aussi peu senti.

L.P : Qu’est-ce que les artistes, comme vous, ont à apporter à notre société ?

J.D : Nous sommes dans une société très rationnelle. Les artistes assurent le lien avec l’irrationnel qui s’apparente à l’âme poétique. Ce n’est pas facile de concilier la science technique, nécessaire, avec l’âme poétique et pourtant nous avons plus besoin que jamais de cette dernière pour vivre des moments de joie simple.

L.P : Peut-on lier politique et poésie ?

J.D : Certains l’ont fait, Gandhi par exemple. Sans poésie, il n’aurait jamais mené la révolution hindoue. Je pense aussi à Mandela, Lennon ou même Jésus qui avaient une âme poétique. J’ai aussi une idole politique : René Lévesque. Il n’écrivait pas de poèmes mais n’en avait pas besoin pour faire de la poésie. Il aimait vraiment le Québec et sa nature. Je trouve pathétique de ne croire qu’en la fonction robotique et rationnelle en politique.

Propos recueillis par Théo Laroche

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