Abus d’anglicismes chez les jeunes : en français, please !

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C’est chill, je struggle, avoir du rizz, de plus en plus d’expressions anglaises sortent de la bouche des jeunes. Plusieurs enseignants cherchent des moyens pour les conscientiser à l’importance de la langue française et leur redonner un sentiment de fierté envers la culture.  

« Insane, legit, sick, ils sont toujours là et ils ont tous leur équivalence en français. On dirait une pléthore de mots en anglais, c’est gratuit pour moi, un mot pour remplacer un mot, une paresse, une contamination », s’est exprimée la professeure en littérature au Cégep de Jonquière, Doris-Hélène Guérin. 

Elle croit que la génération Z n’est plus aussi fière de son identité culturelle, ce qui causerait d’après elle un désintérêt. « C’est peut-être un manque de fierté que les jeunes ont de notre langue à nous. Ils pensent que la culture extraordinaire est celle aux États-Unis. Ils ne connaissent pas la nôtre et ne la valorisent pas, c’est ça que je trouve triste. » 

Des étudiants indifférents  

L’enseignante de Français au secondaire à la Cité Étudiante de Roberval, Sylvie Vaillancourt, essaie de conscientiser ses élèves sur l’importance de la langue française mais elle n’a pas les réactions espérées. « Ça ne semble pas les déranger, ils rient et ils croient que je fais des blagues, a-t-elle avoué. Ils pensent que je veux leur faire peur en disant que le français peut venir à disparaître. » 

Or, lorsque La Pige est allée à la rencontre des jeunes, plusieurs ont eu une réponse similaire à celle d’Émile Perron, étudiant au secondaire à Chicoutimi. « Ça m’arrive parfois de dire des mots anglais, mais je préfère largement le français, pour moi, il n’y a pas d’autres langues pour le remplacer. » 

« Même si j’utilise beaucoup d’expressions en anglais, je me force pour avoir le reste de ma conversation en français, a ajouté Xavier Pouliot, étudiant au Cégep de Jonquière. C’est important de garder notre langue, on a toujours réussi à le faire et que c’est ce qui nous différencie des autres. » 

Conscientiser la nouvelle génération  

« Comment faire pour les intéresser à notre langue, leur montrer que c’est aussi enrichissant de bien la parler, de la lire, de l’écrire, s’est demandé la réviseure linguistique, Marie-Claude Blackburn. La lecture, aller voir des pièces de théâtre, des spectacles, écouter la télévision québécoise, c’est de cette façon qu’on apprend à aimer le français, mais les jeunes sont beaucoup moins intéressés par ça, c’est certain. » 

Le professeur au département de français, langue et littérature du Cégep de Rivière-du-Loup, Benoît Dumais, a trouvé une réponse à cette question. En 2019, il a commencé à publier des mèmes sur Instagram pour se moquer gentiment des fautes les plus courantes, ce qui lui a rapporté beaucoup de succès. « Au début, je pensais en faire 50 pour le 50e de notre école, mais aujourd’hui, il y en a 350. J’ai été emporté par ma créativité et l’ampleur que cela a pris. » 

Il se dit loin d’être puriste, son but est de faire rire les jeunes et tranquillement créer un chemin dans leur esprit. « On peut s’améliorer juste en ayant du plaisir, il faut arrêter de penser qu’il faut taper sur le clou et faire peur aux gens. Dans notre société actuelle, ce n’est pas comme ça qu’on va toucher nos jeunes générations », a précisé M. Dumais.  

S’il avait à donner un truc aux enseignants pour les aider à intéresser les jeunes au français, il faut d’abord qu’ils connaissent ceux à qui ils enseignent. « Par exemple, le choix de livres obligatoires est important, un professeur qui fait lire Maria Chapdelaine en 2024 passe à côté de la plaque. Il faut prendre des œuvres qui sont susceptibles d’intéresser notre auditoire, et pour ça, il faut prendre conscience à qui on a à faire devant nous, c’est la base. »  

Le compte Instagram de mèmes compte plus de 8 000 abonnés. (Photo : @scribecegeprdl)
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