Revenus faibles : les aides ne règlent pas tous leurs problèmes

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Kim Gagnon guide les personnes pour bien gérer leur budget tout en prenant en compte leurs besoins et leurs envies. (photo : Mathilde Guémené)

Olivier Larocque a 40 ans, il a déjà bénéficié de l’aide sociale il y a 20 ans. Aujourd’hui, avec le jugement et la stigmatisation que cela engendre, il préfère ne pas en avoir et se débrouiller comme il peut. « J’ai de la chance, j’ai de la famille qui m’aide », reconnaît-il. 

Depuis la perte de son dernier emploi, Olivier essaye de s’en sortir avec des petites missions. Il vend notamment du pain. Cet été, il s’est également mis à la peinture. Il vend quelques-unes de ses productions. « Je devais aller à Montréal. J’ai proposé à mes amis de m’acheter un portrait d’eux pour me payer mon voyage », déclare l’homme. 

« Il y a une fausse croyance dans la société qui pense que la pauvreté vient d’un défaut de caractère et qu’il faut en donner le moins possible aux gens sinon ils vont être paresseux et ils ne travailleront pas », observe Olivier. Pour lui, la paresse est un mot fourre-tout pour parler d’obstacles invisibles. Il aimerait que les gens, qui disent que les personnes ayant l’aide sociale profitent de la société, expérimentent ce mode de vie pendant dix jours. « Pendant le Covid, on l’a vu. Après trois semaines, ces gens criaient : vite, il faut qu’on voit du monde, notre santé mentale. Être pauvre, c’est ça, tu n’as pas d’argent pour sortir, tu n’as pas d’emploi donc tu n’y vois pas du monde. Dans l’ensemble, tu es gêné de sortir parce que tout le monde va voir ce qu’il t’arrive comme un défaut de caractère », explique Olivier. 

Olivier ne se sent aussi pas égal au niveau du sommeil, ce qui peut être, selon lui, un frein dans l’épanouissement social et professionnel. « Mon appartement, il n’est pas beau, mon propriétaire, il est méchant. J’habite à côté d’une route, ça monte à 90 décibels durant la nuit. Ce n’est pas très bon pour la santé », explique Olivier. Selon le coordinateur de L.A.S.T.U.S.E. du Saguenay, un organisme communautaire de défense des droits des personnes sans emploi de la région du Saguenay, Sylvain Bergeron, les propriétaires ont profité de la Covid pour augmenter les loyers de façon abusive. Si Olivier touchait les aides sociales, il n’en aurait pas assez pour payer uniquement son loyer.

Chacun a ses besoins

Au service budgétaire et communautaire de Jonquière, l’experte conseil en finances personnelles, Kim Gagnon, dispose de chiffres et de pourcentages pour guider au mieux les personnes à gérer leur budget. Pour avoir un bon budget, il est conseillé de consacrer 25 à 35 % de son revenu pour le logement, 10 à 15 % pour les transports ou bien 5 à 10 % pour le fonds de prévoyance. 

Mais pour elle, chaque budget est différent selon les besoins et les envies des personnes. « Pour une personne, avoir accès à Internet cela peut ne pas être important mais aller au restaurant deux fois par mois, ça peut être primordial », explique Kim Gagnon. 

Des aides insuffisantes

Selon le coordinateur de L.A.S.T.U.S.E. du Saguenay, Sylvain Bergeron, les aides sociales ne sont pas suffisantes. « Avec l’inflation qu’il y a eue, le gouvernement n’a pas indexé proportionnellement les montants d’aides sociales. Ils ont indexé de 5.08 % mais ce n’est pas assez par rapport au panier d’épicerie qui a augmenté de beaucoup plus », déclare-t-il.

En effet, d’après les chiffres conseillés par Kim Gagnon, 5 à 15 % du revenu devrait être mis dans l’alimentation. « Mais c’est très difficile de respecter ça. En ce moment, on est plus vers les 25 % », a-t-elle observé. 

« Tu ne dépasses jamais le niveau de la survie. Là, ma machine et ma sécheuse sont sur leur fin de vie. Qu’est-ce qui va arriver s’il y en une des deux qui saute et que ça ne marche plus ? Comment je vais m’en payer une autre ou si j’ai une dépense urgente ? », se questionne Olivier. Pourtant, il travaille depuis ses 15 ans, mais n’a jamais été payé au-dessus du salaire minimum, il n’a pas pu mettre des économies de côté.

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