Don d’ovules : fonder une famille grâce à la sienne

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Charles Savard (droite) et Louis-Maxim Tremblay (gauche) sont en processus de don d’ovules depuis plus d’un an.

 

« C’est un cadeau inimaginable. » C’est pourtant celui que la sœur de Louis-Maxim Tremblay lui a fait en lui offrant ses ovules, ce qui a enfin permis à son mari et lui de rêver à une vie de famille.

Il n’y a jamais eu d’ambigüité pour Louis-Maxim et son conjoint, Charles Savard; des enfants, ils en voulaient. Les choix sont pourtant limités pour les couples homosexuels. Il y a le don d’ovules, puis il y a l’adoption. Ce dernier choix n’en a jamais vraiment été un pour les deux hommes, pour diverses raisons, telles que les délais d’attente incommensurables ou encore le bagage génétique du bébé, qu’ils souhaitaient partager.

Il leur restait donc le don d’ovules. C’est initialement la sœur de Charles qui devait leur faire le don, mais après de plus amples tests, il a été découvert que Louis-Maxim est infertile. « C’est sûr que ça fait mal, de découvrir ça, tu as l’impression qu’il y a quelque chose de pas correct avec toi », confie Louis-Maxim.

Pas pour n’importe qui

Comme le soulignent Charles et Louis-Maxim, ils se sont tous deux sentis très accompagnés dans leur démarche, autant par leur famille que par leurs amis. Alors lorsque la sœur de Louis-Maxim, Arianne, a su que le couple était à nouveau à la recherche d’une donneuse, elle est tout de suite intervenue. Elle mentionne qu’elle n’aurait pas posé un tel geste pour n’importe qui mais que son grand frère et son conjoint ne sont justement pas n’importe qui à ses yeux.

« Je le sais qu’ils vont être des parents exceptionnels et n’importe qui pourrait souhaiter de tomber sur eux comme parents. »

N’ayant pas grandi ensemble, Louis-Maxim et Arianne ne sont proches que depuis peu, mais ô combien ils le sont devenus.

« Je ne peux même pas l’expliquer avec des mots, je me sens plus proche d’eux à un autre niveau. On a développé une connexion », souligne Arianne.

Un processus difficile… surtout en région

Le processus de don d’ovules est extrêmement difficile pour la donneuse, autant physiquement que mentalement. L’ingestion d’hormones en grande quantité donne un effet constant d’avoir ses menstruations, une sensation que les femmes connaissent bien.

« Imagine être dans ta semaine, mais dix fois pire. Ça ressemble à ça », déplore Arianne.

Arianne vit à St-Félicien, là où les cliniques de fertilité et de dons d’ovules se font rares, voire inexistantes. « Au début, ce qui était demandant, c’étaient surtout les déplacements, parce qu’il n’y a quasiment aucun service qui est offert dans le coin, surtout que moi, je suis à St-Félicien donc je suis encore plus éloignée. »

Il n’a donc pas été rare pour la jeune femme de devoir aller à Québec pour des rendez-vous de suivi.

« Trouver une date dans le calendrier qui convient aux déplacements et à la route, eux, ils n’en avaient rien à faire », explique Charles au sujet des cliniques spécialisées dans la capitale.

« Ça manque cruellement d’informations, d’explications et de soutien. On est pas mal laissés à nous-mêmes », regrette Louis-Maxim.

Selon l’étude Penser les « origines » dans les familles contemporaines : Perspectives internationales, parue en 2021, le recours aux dons d’ovules est passé de 5% en 2013 à 10% 2018 et ne cesse d’augmenter au Canada.

Un dénouement heureux

Le prélèvement des ovules d’Arianne s’est fait il y a de cela quelques semaines maintenant à Québec. Pour elle, qui espérait sauter sur l’occasion pour se rapprocher de son frère, ce sera partie remise, puisque Louis-Maxim n’a pas pu être présent au prélèvement.

« Même s’il n’était pas là physiquement, je savais qu’il était là émotionnellement, révèle sa petite sœur. Jamais je ne me suis sentie seule là-dedans. » Charles, la maman de la fratrie et Louis-Maxim au bout du fil étaient présents pour accompagner la jeune femme dans cette épreuve

Les embryons sont maintenant congelés. La prochaine étape? Trouver une mère porteuse.

« Ça n’a jamais été sur la table [que je sois mère porteuse] et c’est là que j’aurais mis ma limite », avoue Arianne.

Louis-Maxim et Charles entrent donc maintenant dans une nouvelle étape de leur long mais heureux parcours. Ils sont à nouveau à la recherche de la perle rare qui saura mener leur rêve à terme.

« On dit que pour élever un enfant, il faut un village, mais nous pour le faire, il faut réellement un village, dévoile Louis-Maxim avec entrain. Il faut des médecins, des infirmières, des psychologues, des avocats, il faut voir que la famille est à l’aise que la sœur soit la mère biologique, c’est fou! »

 

Comment expliquer à un enfant qu’il est arrivé différemment ? 

Texte de Léa Lauzon

La question « Comment fait-on des bébés ? » va faire surface un jour ou l’autre. Pour des familles qui ont procréé à l’aide de dons d’ovules ou d’une mère porteuse, c’est une question à laquelle il faut se préparer.  

Tous les gens qui ont besoin d’un don de gamètes et qui font affaire avec une clinique de fertilité doivent passer par une rencontre avec un psychologue, pour la préparation et expliquer les étapes qui arriveront. Un des sujets abordés est l’intégration de l’origine de l’enfant en bas âge. De se rappeler que la question arrivera et se préparer à y répondre ou non. 

Ce qui est le plus fortement recommandé en clinique est la transparence, rien n’oblige les parents à faire part de l’origine génétique de leur enfant. « Ce n’est pas une obligation, mais c’est une forte recommandation, ça concerne quand même le bagage génétique et médical de l’enfant donc on veut, même de façon internationale, on veut vraiment prôner le droit humain », a expliqué la psychologue à la clinique Ovo, Marie-Hélène Bertrand.  

Pour Charles Savard et Louis-Maxim Tremblay, la façon d’apporter le sujet est déjà planifiée, et ce, même si leur mère porteuse n’est pas encore trouvée. Pour eux, c’est l’image qui pourra faire comprendre à l’enfant très tôt son histoire. « Dans notre cas on va le dire dès le départ, qu’on a eu de l’aide. Il y a deux images qui sont le fun dans notre cas, l’image d’une poule au niveau du don d’ovules et l’image du kangourou au niveau de la femme porteuse », a souligné Charles Savard, un des futurs pères.  

L’image en bas âge est favorable, un enfant aura beaucoup plus de facilité dans sa compréhension que par les termes plus exacts ou encore scientifiques. 

L’idée aussi d’intégrer différents modèles de famille tôt dans son apprentissage est une façon que le couple souhaite apporter l’idée. « C’est aussi de lui montrer des exemples de famille différente. De se dire qu’il y a des familles d’une mère, un père, de deux mamans, de deux papas, une famille d’une mère blanche, d’un père noir. Pour que quand à l’école quelqu’un lui en parle, il ne soit jamais en choc », a évoqué Louis-Maxim Tremblay. 

Il est important de suivre la courbe de l’enfant, ne jamais répondre plus que ce qu’il demande indique Marie-Hélène Bertrand. Pour les jeunes, une courte et simple réponse est beaucoup plus bénéfique que l’histoire détaillée du processus des parents. S’ils ont besoin de plus d’informations, ils vont poser davantage de questions. Suivre la vitesse de l’enfant sera toujours la meilleure façon. 

Selon la Fairfax Cryobank, une clinique de don de sperme basée aux États-Unis, la décision revient aux parents en ce qui a trait aux dons d’ovules ou de sperme, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses. Toutefois, ils recommandent de bien prendre le temps de prendre une décision étant donné qu’à un certain âge les enfants ont tendance à démontrer une curiosité. 

Pour une minorité, expliquer l’origine de création de leur enfant est inconcevable. « Les cas où vraiment les gens ne veulent pas en parler, ç’a été des cas très précis dans une communauté religieuse ou culturelle où ça pouvait mettre à risque d’exclusion sociale de l’enfant », a mentionné Marie-Hélène Bertrand en ajoutant que très rares sont ces cas étant donné que la génération actuelle, il est rendu très difficile de cacher ce genre d’information.

 

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