Quand bien recycler doit encore rimer avec sensibiliser

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Selon l’organisme Éco Entreprises Québec, la majorité des Québécois sait trier les différentes matières dans les bacs. Cependant, il y aurait encore du travail à faire. (Photo : Victor Carré) 

Sièges pour bébé, batteries au lithium, ou encore pièces de machine pour faire des développés couchés. Ce ne sont que quelques exemples d’items qui sont placés par les gens dans le bac de recyclage, malgré les nombreuses publicités de sensibilisation qui disent de faire le contraire. 

« C’est un rappel qui n’avait pas été fait depuis déjà un bon moment », lance d’emblée la cheffe stratégie et affaires publiques pour Éco Entreprises Québec (ÉCQ), Marie-Claude Rivet. Cet organisme à but non lucratif a été mandaté par le gouvernement québécois afin de faire une nouvelle campagne pour conscientiser les gens aux bonnes habitudes de tri des matières résiduelles. Il est derrière l’initiative Bac Impact, mise en branle au début de l’année 2024 sur l’ensemble des plateformes de diffusion québécoises. 

Selon un sondage de la firme Léger effectué en janvier 2023, 86 % des répondants disent catégoriser convenablement les objets dans les différents bacs. Cependant, ce chiffre est rapidement contredit plus tard dans cette même étude. Près d’un citoyen sur deux, plus précisément 47 %, pensent que les jouets en plastique peuvent être déposés dans le bac de récupération. Près de 40 % pensent la même chose en ce qui concerne les chaises en plastique. « C’est un combat de tous les jours de sensibiliser les gens », estime Mme Rivet. Éco Entreprises Québec croit toutefois que la majorité des Québécois sait classifier les matières et que ce n’est qu’une minorité qui cause le considérable nombre d’incidents répertoriés au cours des dernières années.  

Les employés des différents centres de tri s'affairent à trier le contenu des convoyeurs à leurs risques et périls. (Photo : Victor Carré)

Les employés des différents centres de tri s’affairent à trier le contenu des convoyeurs à leurs risques et périls. (Photo : Victor Carré)

Nombreuses conséquences 

Les conséquences de ce mauvais triage par la population sont observables, les équipements de récolte des matières résiduelles en subissent les contrecoups. Le Groupe Coderr, basé à Alma, a recensé plusieurs incidents reliés à des matériaux qui ne devraient pas se retrouver dans les bacs. 

La plupart du temps, ce sont des bris mineurs que la compagnie doit réparer, causant des retards dans la collecte des matières résiduelles. « Si on met des choses trop grosses ou trop rigides, comme un vélo d’exercice, par exemple, ça peut briser le compacteur du camion », explique le directeur général adjoint du Groupe Coderr, Dave Gosselin.  

Dans d’autres circonstances, cela aurait toutefois pu risquer la vie de gens. Seulement dans la dernière année, deux opérateurs de camions du Groupe Coderr ont constaté la présence de matières dangereuses s’étant retrouvées dans la benne du poids lourd. Parmi ces deux incidents, un s’est conclu par l’embrasement généralisé de l’engin. « C’était une perte totale », se rappelle M. Gosselin. Il chiffre à environ 400 000 $ la valeur du véhicule qu’il a perdu dans le brasier.   

Ce n’est pas uniquement dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean qu’un épisode de telle sorte est survenu au courant des derniers mois. En septembre 2023, un événement pratiquement similaire à celui cité plus haut s’est déroulé dans Charlevoix. Cependant, la situation a rapidement été contrôlée et gérée par les services de prévention des incendies locaux. Le camion avait déchargé la totalité de son contenu dans un stationnement d’un concessionnaire automobile. 

Les infrastructures qui servent au tri des matières n’ont pas été épargnées dans les dernières années également. En mars 2023, la Ville de Saguenay a dénombré pas moins de 17 incendies à l’intérieur de son centre de tri en près de 40 jours. Le tout aurait été généralement causé par des batteries au lithium qui, rappelons-le, ne sont pas censées aller dans le bac bleu. Elles doivent plutôt se retrouver dans les écocentres.

Groupe Coderr a notamment perdu un des camions dans un incendie par la présence de matière chimique dans sa benne. (Photo : Victor Carré)

Groupe Coderr a notamment perdu un des camions dans un incendie par la présence de matières chimiques dans sa benne. (Photo : Victor Carré)

Des solutions déjà sur la table 

Pour Marie-Claude Rivet, les bonnes habitudes de tri passent en grande partie par la sensibilisation. Selon elle, la population est prête à recevoir de l’information pour avoir de bonnes pratiques. « On veut que les gens aient le réflexe de se poser les bonnes questions lorsqu’ils ont une petite hésitation devant les bacs », explique-t-elle. Elle fait ici référence au fait de comprendre si une matière quelconque est un contenant, un emballage ou encore un matériel imprimé. 

Elle rappelle également que la disposition des différentes matières ne se limite pas seulement aux bacs. Il y a notamment l’initiative des « Serpuariens » pour les produits électroniques, les lieux de dépôts pour y mettre des substances chimiques ou des pots de peinture et les écocentres pour les plus gros matériaux. « Si c’est bien fait, on s’assure ainsi de bien les valoriser et les recycler, les matières, ou bien, ultimement, de les éliminer », conclut-elle. 

Dave Gosselin est du même avis. Le Groupe Coderr va même plus loin en émettant des avertissements aux gens qui mettent un bac non conforme aux abords du chemin. « Ça peut être tant pour la présence de matières chimiques que pour un bac trop rempli et qui déborde », explique-t-il. Selon lui, les effets de cette mesure sont concluants et ont permis de conscientiser les citoyens. 

Par ailleurs, cette sensibilisation n’est pas seulement limitée au petit écran. Elle se retrouve également au bout de nos doigts grâce à l’application mobile « Ça va où » développée par Recyc-Québec. Cette dernière mentionne les endroits adéquats où doivent aller les diverses matières, soit dans un bac, un écocentre, ou encore un point de dépôt pour y déposer une matière dangereuse, par exemple. 

–  Avec les informations de Victor Carré, Jasmin Maltais et Abraham Santerre – 

 

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