Une cohabitation nécessaire avec l’intelligence artificielle sans plagiat

Selon la coordonnatrice des communications au Cégep de Jonquière, Sabrina Potvin, près de 15 cas de plagiat liés à l’intelligence artificielle ont été recensés en moyenne lors des deux dernières années. (Photo : Jérémie Corriveau)
Avec l’évolution rapide de l’intelligence artificielle, il devient désormais nécessaire pour les élèves d’apprendre à l’utiliser sans verser dans le plagiat. Les enseignants devront adapter leurs méthodes d’enseignement et d’évaluation afin de leur montrer comment utiliser l’IA de manière appropriée.
Jérémie Corriveau
Selon le professeur en technologie éducative à l’UQAC, Patrick Giroux, c’est maintenant presque impossible de vivre sans l’intelligence artificielle. « L’intelligence artificielle ne disparaîtra pas. On peut dire qu’on l’interdit à l’école, mais chez vous, on y a accès pareil », souligne-t-il. Les élèves et les enseignants devront commencer à l’intégrer dans leur quotidien d’après lui. « Soit on la contourne et on s’organise pour qu’elle ne puisse pas intervenir, soit on apprend à vivre avec et on devient plus exigeant dans nos tâches. »
L’intelligence artificielle indétectable
Il devient extrêmement difficile pour les enseignants de savoir si un travail scolaire a été réalisé à l’aide de l’IA ou non. Les logiciels censés détecter son utilisation ne sont pas très efficaces, d’après Patrick Giroux. « J’ai écrit un texte. (…) Une fois sur deux, ils disaient que c’était de l’intelligence artificielle qui avait écrit le texte, alors que ça sortait tout droit de ma tête », admet-il après avoir testé ces logiciels.
Une façon d’évaluer renouvelée
L’arrivée de l’intelligence artificielle oblige les enseignants à s’adapter afin d’évaluer les élèves sans risque de plagiat. « Il faut soit trouver des tâches où on ne peut pas utiliser l’IA ou soit les enseignants vont donner des tâches qui utilisent l’IA, mais qu’elle ne sera pas capable de faire en entier. Donc, l’apprenant va devoir faire une partie du travail », explique Patrick Giroux. Par exemple, les examens pourraient plutôt se faire oralement, de façon individuelle, avec l’enseignant. Cette méthode empêcherait l’utilisation de logiciels pour plagier. Du côté des travaux scolaires, les élèves pourraient utiliser un logiciel d’intelligence artificielle pour les réaliser. Cependant, ils devraient prouver que l’IA ne se trompe pas, leur permettant ainsi de démontrer qu’ils ont bien effectué une partie du travail. Cette stratégie met de l’avant une réflexion plus approfondie chez les élèves.
La coordonnatrice des communications du Centre de services scolaires De La Jonquière, Stéphanie Audet, est consciente de la plus grande probabilité de plagiat en raison de l’intelligence artificielle et qu’il faut agir pour contrer ce problème. « Nous demeurons au fait des recherches scientifiques sur le sujet pour déployer des stratégies d’évaluation efficaces permettant d’éviter le plagiat par le biais de l’IA », soutient-elle.
Des mesures de la part du gouvernement
Selon les informations fournies par le responsable des communications du ministère de l’Éducation, Bryan St-Louis, le gouvernement a émis un guide sur l’utilisation pédagogique, éthique et légale de l’intelligence artificielle générative (AIG). Ce guide a comme objectif de fournir des pistes de réflexion et d’action quant à l’utilisation responsable de l’IAG, tant pour le personnel enseignant que pour les personnes apprenantes. Le ministère de la Cybersécurité et du Numérique a récemment dressé un portrait de l’intelligence artificielle dans l’administration publique sur l’ensemble des initiatives en production au sein du réseau de l’éducation. Toujours selon Bryan St-Louis, la ministre de l’Enseignement supérieur a mis une place une instance sur l’intelligence artificielle visant notamment à développer une vision et définir des principes de base à l’égard de l’utilisation responsable et sécuritaire de l’IA en enseignement supérieur.
Des sanctions coûteuses
Le plagiat entraîne des conséquences de grande ampleur, comme l’explique la coordonnatrice des communications du Cégep de Jonquière, Sabrina Potvin. « Selon la Politique institutionnelle d’évaluation des apprentissages, (…) l’élève peut se voir attribuer la note zéro pour une première infraction ou se voir attribuer la marque Échec pour le cours en cause s’il y a récidive. La sanction pourrait aller jusqu’au renvoi temporaire ou définitif », rapporte-t-elle.
À quel âge peut-on apprendre aux élèves à utiliser l’intelligence artificielle ?
Selon Patrick Giroux, il reste à déterminer l’âge où les jeunes seraient suffisamment matures pour apprendre à travailler avec l’IA correctement. « En quatrième ou cinquième année, la plupart des jeunes sont déjà sur les réseaux sociaux. Donc, ça veut dire qu’ils vont sur Internet et ça veut dire qu’ils sont potentiellement en contact avec des IA. Alors, je pense que ça se passe au primaire », appuie-t-il. L’important est qu’ils soient sensibilisés, encadrés et éduqués face à l’intelligence artificielle.
Pour en savoir plus : L’utilisation pédagogique, éthique et légale de l’intelligence artificielle générative






