Le braille à l’ère moderne : entre nécessité et innovations

Le braille a été créé en 1829 par le Français Louis Braille. (Photo : Eren Li)
Longtemps considéré comme un outil essentiel à l’autonomie des personnes aveugles, le braille évolue au rythme des avancées technologiques. Si de nombreuses innovations facilitent l’accès à l’information et à la communication, certaines réduisent l’apprentissage et l’usage du braille. Une situation déplorable, selon la communauté des non-voyants.
« Ne pas enseigner le braille, c’est équivalent à ne pas enseigner à un jeune voyant à lire. Sans le braille, on n’apprend pas comment les mots s’écrivent », explique avec mécontentement l’administrateur du conseil d’administration de la Fondation des aveugles du Québec, Alexandre Bellemare.
Pourtant essentiel à l’autonomie linguistique des aveugles, le système d’écriture adapté est de moins en moins enseigné. Une étude effectuée par Statistique Canada, en 2012, démontre que seulement 0,8 % des aveugles de 15 ans et plus, utilisant un type d’aide pour les incapacités visuelles, se servent du matériel braille. Une statistique que réfute la professeure adjointe en intervention en sciences visuelles à l’Université de Montréal (UdeM), Natalia Martiniello.
Pour elle le pourcentage de non-voyants qui lisent le braille est plus élevé. Elle avoue cependant que de moins en moins de personnes maîtrisent le braille, notamment par manque de relève pour enseigner ce système d’écriture. « On a besoin de plus de professionnels pour enseigner le braille. Plusieurs (enseignants) sont proches de la retraite. Avec le vieillissement de la population, les personnes âgées pourraient bénéficier, dans le futur, du braille. »
Pour Andrée Lachance, aveugle de naissance et originaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, le braille demeure essentiel dans certaines sphères de sa vie, malgré toutes les technologies aujourd’hui disponibles. « C’est sûr que l’on a des appareils pour nous faciliter la vie, mais le braille est indispensable. Si je veux marquer une liste d’épicerie ou prendre des notes, j’utilise le braille, car je ne saurais pas comment me relire », explique la Primienne.
Entre innovations et limites

À l’aide de son afficheur braille, la personne non-voyante Alexandre Bellemare peut lire des textes numériques en braille tactile. (Crédit : courtoisie)
Bien que la technologie soit parfois vue comme un frein à l’apprentissage du braille, elle améliore malgré tout le quotidien des personnes non-voyantes. Loin de le remplacer, ces innovations permettent plutôt de combiner les deux approches pour favoriser une plus grande autonomie. Parmi ces technologies, l’afficheur braille, un dispositif qui traduit plusieurs lignes de texte numérique en braille, est très utile, selon Mme Martiniello.
« Le braille papier est encore important, mais avec les afficheurs braille, maintenant on peut utiliser le système d’écriture en tout temps. Dans une réunion ou dans un espace d’emploi, ce type de dispositif nous permet d’accéder et de lire les documents comme les autres personnes », souligne la professeure de l’UdeM.
Bien que ce type d’appareil puisse améliorer l’accès à l’information, plusieurs personnes ne peuvent pas en obtenir un sans l’aide financière du gouvernement, comme l’explique Alexandre Bellemare. « C’est un produit qui est encore assez coûteux. Pas tout le monde peut se procurer ça. Sans l’aide financière du gouvernement, plusieurs personnes non-voyantes ne sont pas en mesure d’avoir accès à cette technologie. »
Pour cause, les outils adaptés peuvent être très coûteux, atteignant parfois plusieurs milliers de dollars. Pour Andrée Lachance, ce type de dépense n’en vaut pas la peine. Elle préfère utiliser ses outils actuels dans un monde où tout avance trop vite. « Il y a des dispositifs auxquels je n’ai pas touché. Avec le braille, mon ordinateur et mon téléphone intelligent, je peux faire de tout. Étant donné mon âge et que je suis tannée d’apprendre, je trouve que je vais bien avec ce que j’ai et ce que je sais », conclut avec conviction Mme Lachance.






