Se préparer et vivre sa retraite : un long fleuve, pas si tranquille

« Les gens ont tendance à frapper un mur au moment de la retraite par manque de préparation », estime Le directeur général de la Fédération de l’âge d’or du Québec (Fadoq) pour la région Saguenay-Lac-Saint-Jean – Ungava, Patrice Saint-Pierre. (Photo : Léa Morin-Letort)
L’heure de la retraite avait sonné en 2021 pour l’ancien porte-parole du Service de police de Saguenay, Bruno Cormier. Après 39 ans de carrière dans la police, l’habitué des caméras a vécu un épisode de dépression une fois retraité. Il est loin d’être le seul. Des données le prouvent : la retraite rime parfois avec angoisse et la préparation à celle-ci y est pour quelque chose.
Malgré une formation en interne pour préparer son après-carrière, Bruno Cormier dit avoir ressenti un vide une fois retraité. « Je me pensais préparé, mais six mois après, je demandais de l’aide. Ça a été très difficile pour moi. » L’homme public explique le vide ressenti par le fait que « du jour au lendemain, plus personne ne te sollicite ».
Quand il était porte-parole, « tout le monde voulait me parler pour une entrevue ou juste pour me poser des questions pendant que je tondais mon gazon ». Il s’est alors demandé « qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que je vais faire de mes journées ? ». Selon lui, l’enjeu majeur était de faire le deuil de sa carrière professionnelle de policier pour laisser place à sa « deuxième carrière de grand-père et bénévole ».

Bruno Cormier (à gauche) est bénévole auprès de quatre associations, comme ici à La Soupière de Jonquière, en tant que président. (Photo : Léa Morin-Letort)
L’impact sur la santé mentale
Le directeur général de la Fédération de l’âge d’or du Québec (Fadoq) pour la région Saguenay-Lac-Saint-Jean – Ungava, Patrice Saint-Pierre, souligne que « la retraite est un bouleversement dans la vie. » Les personnes nouvellement retraitées peuvent « vivre une dépression puisque l’utilité sociale et la valorisation du travail sont perdues. La dépression peut même pousser certaines personnes jusqu’au suicide », expose-t-il.
D’après l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), le taux de suicide est plus élevé auprès des hommes de 65 ans et plus que ceux âgés de 20 à 34 ans. Toujours selon l’INSPQ, plus d’un quart des hospitalisations concernant une tentative de suicide (16,1%) étaient constatées chez les personnes aînées en 2022. Parmi les facteurs de risque au suicide, les bouleversements considérables dans la vie, comme la retraite, sont mentionnées par la commission de la santé mentale du Canada.
Pour Patrice Saint-Pierre, la détresse vécue peut venir de l’isolement ressenti par de jeunes retraités. « Ils vivent une coupure avec le marché du travail, dans une société qui ne valorise pas nécessairement le vieillissement. »
D’autres impacts psychologiques peuvent survenir auprès de « gens souffrant d’adaptation dans leur couple. Ils ont travaillé toute leur vie en se croisant au quotidien. Rester à la maison ensemble sans y être habitué peut mener à la séparation. Ça a été observé pendant la Covid et c’est pareil à la retraite », indique le directeur de la Fadoq.
Selon lui, les effets néfastes de ce changement de vie sur la santé mentale « sont amoindris avec une bonne préparation à la retraite. Il est important de redéfinir un nouveau rôle dans la collectivité afin de vivre une transition harmonieuse ». Les ateliers de préparation proposés par divers organismes misent surtout au niveau financier et moins sur l’aspect social, relate M. Saint-Pierre.

Joanne Normandin, qui se dit « heureuse d’être retraitée », est bénévole depuis 2018 au centre communautaire Les Aînés de Jonquière (Photo : Léa Morin-Letort)
La force du bénévolat
La bénévole au centre communautaire Les Aînés de Jonquière, Joanne Normandin, assure des transports quotidiens pour accompagner les personnes aînées à leurs rendez-vous médicaux. Si son passage à la retraite a été positif pour elle, cela a été bien différent pour sa défunte mère. Madeleine St-Hilaire était secrétaire juridique sténographe-dactylographe dans un bureau d’avocats.
« Elle a été la personne qui a eu le plus de difficulté avec sa retraite », confie sa fille. Mme Normandin relate que l’arrivée des ordinateurs remplaçant les machines à écrire a été très complexe pour sa mère. « C’est pour ça qu’elle a démissionné. À la retraite, elle aurait pu être bénévole pour aider les gens à taper sur les machines à écrire qui existaient encore. Elle se serait sentie utile au moins, mais au lieu de ça, elle s’est enlisée et ça a été très dur moralement pour elle. »
Contrairement à sa mère, Joanne Normandin a souhaité vivre une retraite rythmée par ses heures de bénévolat. « J’ai besoin de bouger, de connaître des gens et de me sentir utile surtout. » Le temps investi au sein du centre communautaire Les Aînés de Jonquière est l’occasion pour elle de faire de nouvelles rencontres.
« Je voulais me recréer un petit réseau de connaissances que je n’aurai probablement pas fait autrement, en dehors du travail. » Durant les derniers mois de son emploi en pharmacie, Joanne s’est répété « c’est la dernière fois que je fais telle action », afin de mieux se projeter pour sa retraite.

L’atelier vie active organisé par l’Association québécoise de défense des droits des retraités et préretraités (AQDR) de Jonquière vise à renforcer l’activité physique et le lien social. (Photo : Léa Morin-Letort)
Rester actifs
Des ateliers pour se sentir bien une fois à la retraite, l’Association québécoise de défense des droits des retraités et préretraités (AQDR) de Jonquière, en propose toute une panoplie. La directrice générale de l’AQDR de Jonquière, Josée Savard, explique que la préparation passe aussi par une réflexion personnelle.
Si la personne veut continuer à travailler à temps partiel, « il faut évaluer sa santé pour savoir ce qu’elle est en mesure de faire », nomme Mme Savard. « Il faut se diriger vers une activité qu’on aime, c’est essentiel pour que la motivation soit là », ajoute-t-elle.
Le conjoint de Joanne, Luc Lavoie, a aussi vécu positivement son nouveau statut de retraité. « J’étais vraiment prêt contrairement à certains qui tombent dans le vide. Moi j’avais un chalet, pleins d’amis, j’étais bien entouré et je n’ai pas eu de temps mort. » Il a repris un emploi saisonnier depuis 2017 en tant que camionneur. « Faire ce métier, c’est un rêve de jeunesse que je vis présentement. »

Pour Luc Lavoie, « la vie ne s’arrête pas à la retraite! » (Photo : Léa Morin-Letort)
Retrouver son énergie
Après un passage difficile de quelques mois au début de sa retraite, Bruno Cormier affirme qu’il a retrouvé son énergie. Il a pu compter sur son entourage familial et son suivi en psychologie pour vivre plus sereinement cette transition.
La poursuite de son engagement bénévole a aussi été bénéfique pour lui. Le sexagénaire estime son implication comme étant constructive dans sa vie. « Je suis nourri par les rencontres, les histoires des gens, et j’aime donner de mon temps. »
Son organisation méthodique lui permet de passer du temps en famille, qu’il priorise. « Garder mes petits-enfants ou répondre aux urgences familiales passe toujours devant le bénévolat », affirme-t-il.






