Le groupe de rock indépendant Corridor a réussi à s’exporter aux États-Unis malgré ses paroles en français. (Photo : Dominic Berthiaume)
L’argent, malgré les subventions du gouvernement, demeure un enjeu qui peut plonger de nombreux musiciens dans la précarité. Pour tout artiste québécois, la motivation principale est d’abord et avant tout l’amour pour la création.
Les acteurs du domaine culturel de la Belle Province gagnent en moyenne 20 787$ par an, selon la Fondation des artistes, qui soutient ces créateurs en position précaire. C’est 4 500$ de moins qu’un travailleur au salaire minimum en 2024.
Les contrats de disques ne sont pas là pour assurer la sécurité financière des musiciens, selon Louis-Jean Cormier. Aujourd’hui, les créateurs ne peuvent plus seulement compter sur la vente de supports audio, ce qui a propulsé les performances devant public comme une de leurs seules sources de revenus.
Ce sont 45% des musiciens professionnels de la province qui devaient occuper un second emploi pour subvenir à leurs besoins en 2021, selon un sondage de la Guilde des musiciens du Québec (GMMQ). C’est d’ailleurs le cas de Dominic Berthiaume, qui est également photographe et disquaire.
« Un band, ce n’est pas du tout viable et je pense que ça ne l’a jamais été. Tout le monde le fait par passion. Personne ne peut vivre juste de ça », affirme celui qui est bassiste dans le groupe Corridor.
Saturation du milieu
Les réseaux sociaux et Internet ont permis à plusieurs artistes de lancer leurs projets et de se faire découvrir. Si leurs revenus ont toujours été un enjeu, la saturation de l’espace culturel en serait un nouveau.
« C’est plus facile d’enregistrer, c’est plus facile de se monter une fanpage. Le ressac de tout ça, c’est que ça va devenir de plus en plus difficile à cause de la surabondance », pense Louis-Jean Cormier, qui se remémore la rareté des nouveaux projets québécois à ses débuts.
« Il y a trop de groupes, il y a trop de projets. Le marché a une certaine limite. Il faut que t’arrives à te démarquer », renchérit le chanteur et claviériste de Choses Sauvages, Tommy Bélisle.

La formation montréalaise Choses Sauvages anime les foules depuis 2013. (Photo : Marc-André Dupaul)
Une compétition s’installe donc entre les musiciens qui se battent pour l’attention du public. Qu’elle soit « saine ou malsaine », cette concurrence les pousse à se démarquer, croit le chanteur du même groupe, Félix Bélisle.
Il a l’habitude de donner une expérience très énergique lors de leurs spectacles en montant sur des structures de scène pour capter l’attention du public et laisser sa marque. « On se fait chicaner à la fin du show », raconte-t-il un sourire en coin.
Difficile de voyager à l’étranger
L’aventure américaine ou internationale est un luxe que peu d’artistes québécois peuvent se permettre. Lors d’une tournée au sud de la frontière, le visa pour un groupe tourne autour de 5000$, selon Dominic Berthiaume. Une somme à laquelle s’ajoutent celles du logement, de la nourriture et des déplacements.
La COVID-19 a donné un grave coup au milieu culturel, au Québec comme partout dans le monde. En 2022, quelques mois après la levée des mesures sanitaires, Corridor s’est lancé dans une tournée durant laquelle la vente de billets était souvent supérieure au nombre de gens qui se sont présentés aux spectacles.
« Si on n’avait pas les subventions, il faudrait qu’on dorme sur le plancher tous les soirs et qu’on mange des barres tendres à tous les jours. Ça serait des conditions dégueulasses qui nous feraient tomber en dépression après une semaine », croit M. Berthiaume.
Il estime que les tournées américaines de Corridor finissent soit par un déficit, soit par un équilibre, dans le meilleur des cas.
Chanceux malgré tout au Québec
Malgré ces difficultés, la sphère musicale québécoise n’a rien à envier au reste du monde en termes de subventions, pense Louis-Jean Cormier.
« Si tu te promènes dans certaines provinces canadiennes, des fois même quand tu vas en France, tu te rends compte qu’on est vraiment bien au Québec avec tout ce qu’on a comme aide publique, comme organismes qui sont là. »
Au-delà de l’argent, les acolytes de Choses Sauvages, qui ont participé à plusieurs petits festivals à l’international, trouvent que les artistes de la Belle Province sont toujours bien représentés.
« Des fois, les Québécois arrivent, et ils pètent tout le monde », lance Tommy Bélisle en riant.