La culture : le laissé pour compte des tarifs douaniers

Share:

À gauche, la directrice de Culture Saguenay–Lac-Saint-Jean, Shéril Gravel, qui est venue soutenir la propriétaire de la galerie L’art de vivre, Frédérique Girard, lors du vernissage de l’exposition. (Photo : Félix Parenteau) 

Un secteur se sent particulièrement négligé, dans la région, face aux aides attribuées pour contrer les nouveaux tarifs douaniers de 50% : la culture. Alors que les différents partis politiques multiplient les visites de scieries et d’alumineries, les acteurs du milieu artistique se questionnent sur la place de l’art au sein de cette campagne électorale.  

Soixante-cinq mille dollars : c’est le prix à payer pour faire passer 110 tableaux à la frontière entre le Canada et les États-Unis. Un coût beaucoup trop élevé pour la propriétaire de la galerie L’art de vivre, Frédérique Girard, qui a « tenté par tous les moyens de trouver du financement ». En vain.  

« De la façon dont je me positionne comme petite entreprise, il n’y a rien qui s’offrait à moi. » Les programmes existants pour faire face aux tarifs douaniers, comme le Programme d’aide d’urgence aux PME, demandent un chiffre d’affaires de plus d’un million de dollars ou exigent d’être une entreprise qui emploie plus de 500 personnes. Des critères que l’artiste peintre était loin de cocher. 

En tout, ce sont neuf artistes féminines de la région et d’ailleurs qui devaient exposer leurs œuvres à l’Affordable Art Fair, dans la Grosse Pomme. Douze mille collectionneurs devaient être sur place. « Une occasion rêvée pour tout artiste de pouvoir déployer l’étendue de son talent », remarque Mme Girard. Faisant preuve de résilience, elles ont tout de même décidé de présenter leurs œuvres dans la région. 

Pourquoi eux et pas nous ?

Un père et son fils parcourant la galerie.

 L’événement rassemblait familles, amis et artistes dans une ambiance des plus conviviales, agrémentée d’un apéro et de la musique d’un DJ . (Photo : Félix Parenteau)

Cette situation suscite un grand sentiment d’injustice. « Je trouve évidemment que c’est un domaine qui est laissé derrière [par les gouvernements] », exprime la galeriste, laissant entendre qu’il existe une grande disparité entre le soutien accordé aux industries traditionnelles et celui réservé au milieu culturel. 

L’une de ses homologues, postée devant ses œuvres, a fait un constat en sondant ses proches : personne n’avait envisagé la culture comme une cible des tarifs douaniers. 

« J’en ai parlé à plusieurs personnes de mon entourage. Elles ont dit : “Oh my god, je n’aurais pas cru que ça aurait pu vous toucher !” »

– L’exposante, Louise Binette  

 

Des pertes financières importantes 

Le consortium d’artistes féminines s’était déjà rendu sur place en 2024, pour une édition des plus « fructueuses », selon l’artiste-peintre Dominique Desmeules. Elle confie avoir vendu la plupart de ses tableaux à New York, lors de la dernière édition, et reste très sceptique que le marché régional sera aussi lucratif.  

Les créateurs et les créatrices vivent déjà plusieurs enjeux de précarité, affirme la co-directrice de Culture Saguenay-Lac-Saint-Jean, Shéril Gravel. « Lorsque ces enjeux supplémentaires [les tarifs] viennent porter des effets négatifs sur le rayonnement, cela diminue la capacité à vendre leurs œuvres. » 

Dans l’ensemble du Québec et du Canada, ce sont des dizaines de galerie d’art qui risquent de mettre la clé sous la porte, selon la directrice générale de l’Association des galeries d’Art contemporain (AGAC), Anie Deslauriers. « L’énormité du marché américain » est telle que s’en priver pourrait avoir des répercussions de plusieurs millions de dollars. Des pertes que plusieurs ne pourront pas endosser.  

« La culture est un peu l’enfant pauvre de tous les budgets », ajoute-t-elle avec un soupir d’exaspération.  

Share: