Après les violences sexuelles, le tatouage pour se réapproprier son corps

L’Institut national de santé publique du Québec répertorie une faible estime de soi comme conséquence d’une agression sexuelle sur la santé mentale. (Photo : Juliette Pain)
Certaines victimes de violences sexuelles choisissent de se tatouer en référence à leur vécu. Popularisée notamment sur les réseaux sociaux, cette démarche permet de se réapproprier son corps.
De Méduse, symbole d’injustice, à Karaba dans Kirikou associée au viol, les tatouages racontent souvent bien plus qu’une simple histoire de design. Pour les victimes de violences sexuelles, ils peuvent aussi devenir un moyen de se réapproprier leur corps et d’avancer vers la guérison. Pourtant, cette pratique demeure méconnue, notamment dans le domaine scientifique. « C’est peu documenté car c’est récent que le tatouage, désormais plus contemporain, devienne davantage une forme d’art et d’expression », explique la professeure en psychoéducation à l’Université de Sherbrooke et directrice du Groupe de recherche et d’intervention sur les adaptations sociales de l’enfance (GRISE), Geneviève Paquette. Cette tendance n’est toutefois pas complètement méconnue. « C’est un processus observé auprès des victimes de traumatismes ou même de cancer», explique la professeure.
Un outil pour accepter son corps
Geneviève Paquette en explique l’un des principaux intérêts. « Ça permet aux victimes de reprendre du pouvoir et de l’autonomie sur leur corps. C’est une nouvelle forme de soin avec plus de symbolique. » Un constat que semblent confirmer les survivantes, qui associent leurs tatouages à une démarche de réappropriation du corps. « Quand j’ai décidé de me faire ce tatouage, je me suis surtout dit : c’est mon corps et j’en fais ce que je veux », explique Marie-Joëlle, survivante de violences sexuelles. Mais cette réappropriation passe aussi par le regard qu’elles portent sur leur propre corps. « Ça m’a aussi permis de cacher des traces de mon corps. »
« C’est un moyen de faire face au patriarcat et aux normes de beauté »
Au-delà de redonner confiance en soi, cette démarche peut aussi devenir un espace de lutte et de rejet des normes que la société impose aux victimes. « J’ai été victime de violences sexuelles très jeune. J’ai donc commencé à me faire tatouer assez tôt dans le but de devenir repoussante pour les hommes », explique Emily, autre femme ayant subi des violences.
Perrine raconte elle aussi avoir été confrontée au regard des autres. « On m’a beaucoup dit que, si j’avais fait ce tatouage, c’est que ça ne m’avait finalement pas tant touchée. Mais c’est justement la preuve que c’est une partie de mon histoire. » Un ressenti qu’a observé Geneviève Paquette, directrice du GRISE. « Dans pas mal de témoignages, les victimes expliquent que c’est un moyen de faire face au patriarcat et aux normes de beauté. »

Aujourd’hui, la méduse est interprétée comme un symbole de puissance féminine, de survie et de résistance. Photo : Victime anonyme.
Une démarche minutieuse qui reste une option
Cette étape demande tout de même réflexion, comme l’explique Geneviève Paquette. « Il faut bien choisir le salon pour se sentir en sécurité, ne pas hésiter à se faire accompagner pendant le tatouage et surtout y aller étape par étape. » Des précautions que Marie-Joëlle a effectivement appliquées. « J’ai choisi de me rendre chez un tatoueur que je connaissais. Malgré cela, j’ai dû être accompagnée d’une amie, car rester seule avec un homme reste compliqué. »
Pour garantir l’anonymat des victimes de violences sexuelles, tous les prénoms ont été modifiés.






