Tarifs douaniers : le choc n’est pas là où on l’attend

Maryline Rousseau aimerais moderniser d’avantage sa ferme laitière. (Photo : Aglaé Delisle)
À la suite de l’échec commercial avec les États-Unis, les producteurs laitiers locaux gardent la tête froide grâce à un système collectif unique qui protège leur marché national. Ce qui va impacter les agriculteurs, ce sont plutôt les hausses de prix sur le diesel, le transport collectif et les pièces de machinerie.
Pour l’ancien président de Nutrinor et ancien producteur laitier de Saint-Prime, Sylvain Martel, la facture va revenir au consommateur sur les tablettes d’épicerie. « Le diesel en est un important puis la machinerie, les pièces, on ne sait pas à quel niveau ça va être taxé. […] Ça va nous toucher avec des coûts de production un peu plus élevés », confirme l’ancien producteur laitier.
Le prix du carburant n’affecte pas seulement les tracteurs dans les champs, il pèse aussi très lourdement sur la logistique d’expédition du lait. Au Québec, le transport est régi par un système de transport collectif. Ça signifie que chaque producteur paie le même tarif de transport, qu’il soit situé à proximité d’une usine de transformation ou dans une région plus éloignée. Ainsi, dès que le prix du diesel grimpe, c’est l’ensemble de la collectivité des producteurs qui voit ses frais de transport collectifs exploser, réduisant d’autant plus les marges bénéficiaires de chaque ferme.
De son côté, la productrice de la ferme laitière Jeannoise, Maryline Rousseau, se dit soulagée que le premier ministre Mark Carney n’ait pas cédé aux menaces du voisin du Sud. Cela aurait pu avoir de grandes répercussions pour plusieurs agriculteurs. Elle est d’avis que si les coûts autour de la production continuent d’augmenter, le lait à l’épicerie augmentera lui aussi. « C’est sûr que si le prix relié à la production augmente davantage, c’est le consommateur qui va devoir le payer. » La productrice se dit d’ailleurs exaspérée par cette situation qui est constamment instable depuis quelques années.
Une fatigue de l’incertitude
L’agitation commerciale avec les Américains, due au retour au pouvoir de Donald Trump, est particulièrement anxiogène pour plusieurs producteurs laitiers. Cette incertitude agit comme un puissant frein psychologique et financier pour les agriculteurs qui souhaitent investir dans la technologie. Selon une analyse publiée par le journal Les Affaires, la guerre commerciale ne provoque pas nécessairement une récession immédiate, mais elle crée une véritable « crise d’incertitude ». Cette ambiance pousse de nombreux entrepreneurs et agriculteurs québécois à suspendre ou à réduire leurs investissements en capital (automatisation, robotisation), préférant attendre de voir comment le conflit se réglera avant d’engager des millions de dollars.






