Le décrochage scolaire : un obstacle invisible au développement économique

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Les garçons sont plus susceptibles de décrocher que les filles. Dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, le taux d’abandon scolaire atteignait 12,7 % chez les étudiants masculins comparativement à 7,5 % chez leurs homologues féminins entre 2015 et 2019. Photo : Laurence Trahan

L’abandon scolaire ferait obstacle au développement économique de la région. Des experts estiment que les entreprises ont davantage à perdre qu’à gagner en embauchant des décrocheurs. 

Laurence Trahan 

« Il y a un employeur qui m’a dit pourquoi tu veux que j’embauche des diplômés, j’ai des gars qui vont charrier du fer de gauche à droite. Ça ne demande pas de qualification, mais j’en ai besoin », raconte le professeur d’économie à l’Université du Québec à Trois-Rivières, Frédéric Laurin, dont les recherches ont démontré que ce modèle d’affaires ne saurait rivaliser avec les nouveaux savoir-faire. «­⁣ Éventuellement, ça va être une machine qui va faire [cette tâche], poursuit-il. Le problème, c’est que quand ils vont vouloir passer à ces nouvelles technologies, la main-d’œuvre n’arrivera pas à suivre. »

En 1987, les compétences techniques des ouvriers avaient une durée de vie de 30 ans, selon l’OCDE. Maintenant, elles deviennent obsolètes après 2 ans seulement en raison de la rapidité à laquelle le paysage économique progresse, d’où l’importance de rehausser et développer les aptitudes des travailleurs, croit la coordonnatrice des services éducatifs adultes au Centre de services scolaire du Pays-des-Bleuets, Marie-Claude Parent. 

Alors que l’évolution du marché du travail s’accélère, les entreprises se trouvent à un tournant entre résister au changement ou s’adapter. Pour assurer un développement économique, Frédéric Laurin est catégorique : les organisations doivent forcément se renouveler.

Un frein au développement des entreprises

Plus que jamais, les entreprises doivent miser sur des pistes de solutions innovantes pour rivaliser avec la concurrence, tranche le chercheur. « Ça peut être une nouvelle idée pour améliorer la productivité d’une machine, développer un nouveau produit ou trouver des stratégies pour mieux satisfaire certains clients », explique l’expert qui fait valoir que les entreprises ont avantage à aller chercher dans ce puits sans fond de connaissances. « C’est la secrétaire qui parle à tous les clients pour avoir des idées, le gars de shop qui travaille avec la machine est peut-être capable de mieux la patenter pour qu’elle soit plus productive. Ça peut venir de n’importe où. »

Mais ce n’est pas une compétence innée, prévient Frédéric Laurin qui précise qu’une idée est minimalement la combinaison entre deux autres connaissances. « Plus les ouvriers ont des connaissances générales ou spécifiques, plus ils peuvent les combiner pour développer de nouvelles idées. »

Encore faut-il que les ouvriers aient aiguisé leur capacité à établir des connexions entre différents concepts. L’école est un bon endroit pour le faire, croit le chercheur. «Il faut sortir des sentiers battus, être habile dans la résolution de problèmes et [cultiver la capacité d’apprendre]. »

Le décrochage scolaire dans les régions ressources

« Je ne dis pas aux gens de ne pas embaucher des décrocheurs. Ce que je dis, c’est, si on a un jeune qui est assis sur les bancs d’école, ce n’est pas une bonne idée de l’enlever de là pour le faire travailler. »

Même si le Saguenay–Lac-Saint-Jean se situe au premier rang des régions avec le taux de décrochage le plus bas au Québec, certaines MRC obtiennent de moins bons résultats que d’autres. En 2021, la MRC du Domaine-du-Roy affichait un taux annuel de sorties du secondaire sans diplôme de 18,7 %, comparativement à 8,4 % pour la Ville de Saguenay, selon la plateforme Regard 360.

Avec un taux de 17,2 %, la MRC de Maria-Chapdelaine se classe au premier rang des MRC comptant le plus grand nombre d’adultes sans diplôme, selon la plateforme Regard 360. Photo: Laurence Trahan

L’intervenante au CRÉPAS, Marie-Christine Simard, observe que les étudiants sont plus vulnérables au décrochage scolaire dans les régions où l’économie dépend principalement de l’exploitation des ressources naturelles, comme au nord du Lac-Saint-Jean. « On a beaucoup de décrocheurs scolaires parce que c’est l’appât des grosses entreprises alors il y a beaucoup de jeunes qui délaissent leurs études pour aller en emploi. »

Frédéric Laurin craint qu’un modèle de développement économique régional basé sur de grandes multinationales avec peu d’attaches territoriales accentue le problème. « On pense être plus riche parce que ça offre de bons salaires, mais à terme, ça nous nuit. C’est préférable d’investir dans des entreprises qui sont localisées ici pour de bonnes raisons qui font réellement des activités d’innovation, qui vont reconnaître la valeur de l’éducation parce que l’éducation, ça va être notre richesse collective de demain. »

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