Tatouages et politique: un couteau à double tranchant

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Jimmy Bouchard parle avec une citoyenne.

Jimmy Bouchard a été conseiller municipal pour la ville de Saguenay pendant six ans. (Crédit: Alex Loiselle)

Quelques politiciens portent désormais leurs tatouages ouvertement. Reste à savoir si l’encre qui recouvre leur peau peut teinter, elle aussi, la perception que les électeurs ont d’eux.

« Ça montre que la politique se diversifie et que les profils élus reflètent mieux la société d’aujourd’hui. » Selon le professeur du département de communication sociale et publique à l’UQAM, Olivier Turbide, les tatouages en politique peuvent être un couteau à double tranchant.

Auparavant, l’art corporel portait une étiquette lourde, mais depuis quelques décennies, le décor a changé. Un sondage de Narrative Research révèle qu’environ un Canadien sur trois porte aujourd’hui au moins un tatouage. Cependant, à la Chambre des communes comme à l’Assemblée nationale, les marques artistiques visibles demeurent rares.

Quelques personnalités politiques ont décidé de faire exception à la règle. Candidat dans la circonscription de Jonquière pour le Parti Québécois, Jimmy Bouchard assume ses tatouages, du cou aux mains, alors que le tatouage reste un sujet encore rarement abordé sur la scène québécoise. « Depuis le début de la campagne, j’ai quelques commentaires sur les réseaux sociaux. La semaine passée ou il y a deux semaines : “Il a de l’air d’un évadé de prison” », affirme-t-il. Comme il porte surtout un veston ou des chemises à manches longues, ses tatouages sont peu apparents, sauf exception. « Ça arrive que je vois des gens qui vont regarder mes mains, qui vont se rendre compte que j’ai des tatouages. » Il espère fortement que la décision des électeurs se base sur ses convictions politiques, et non sur son apparence physique.

Le candidat de Jonquière pour le Parti Québecois, Jimmy Bouchard.

M. Bouchard est aussi un ancien professeur en Génie civil au Cégep de Chicoutimi. (Crédit: Alex Loiselle)

Les Québécois d’aujourd’hui veulent un représentant qui leur ressemble, selon le professeur Olivier Turbide. « Les électeurs cherchent des politiciens authentiques, pas des clones en costume », rendant les tatouages même des atouts. « Cela dit, faut être réaliste : tout le monde ne voit pas ça de la même manière. Un jeune urbain va probablement trouver ça normal, voire positif, tandis qu’une personne plus âgée ou plus traditionnelle peut y voir un manque de sérieux. »

L’opinion chez les artistes corporels est similaire. Tatoueur en Ontario depuis 1993, Ned Burwell a tatoué quelques politiciens au fil de sa carrière. « Ce sont juste des gens qui se lèvent chaque matin et qui arrivent à avoir un titre différent », dit celui qui documente depuis 2008 l’histoire du tatouage canadien. Avec des années d’expérience dans le domaine, il indique que ce n’est pas juste les politiciens qui veulent des œuvres discrètes. Enseignants, scientifiques ou célébrités, la décision revient à la personne derrière l’emploi de montrer ses tatouages.

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