dimanche , 18 avril 2021

Langues autochtones: une fierté à préserver

Le Centre d’amitié autochtone du Saguenay, situé à Chicoutimi, offre un lieu où les individus des Premières Nations peuvent discuter dans leur langue maternelle. Photo: Coralie Laplante

« C’est plus qu’un choc. » Les Autochtones qui quittent leur communauté pour un milieu urbain sont confrontés à un immense questionnement identitaire. Ce bouleversement résonne dans l’un des aspects les plus profonds de leur culture : leur langue maternelle.

« En arrivant ici, je me suis dit qu’il fallait que je parle en français à mes filles, puisqu’elles ne parlaient qu’ilnu. Je voulais leur donner le maximum de chances pour qu’elles puissent s’intégrer. Mais aujourd’hui, je m’en veux terriblement d’avoir fait ça. »  Kate Bacon est coordonnatrice des langues, des cultures et de l’éducation au Centre d’amitié autochtone du Saguenay. Elle se désole que ses filles ne s’expriment dorénavant plus en ilnu, car elle croit que la langue est à la source de l’identité des Premières Nations.

Mme Bacon explique que l’une de ses filles souhaite reconnecter avec sa langue maternelle, alors que l’autre s’y oppose. « On dirait que la fierté n’est plus là chez ma plus vieille », confie-t-elle. Elle craint que ce comportement amène sa fille à éprouver de la honte envers ses origines.

Kate Bacon est coordonnatrice des langues, des cultures et de l’éducation au Centre d’amitié autochtone du Saguenay. Photo: Courtoisie

La directrice de la Chaire de recherche sur la parole autochtone et enseignante en linguistique à l’Université du Québec à Chicoutimi, Sandrine Tailleur, affirme que la pérennité des langues autochtones est aujourd’hui en danger.

« Par exemple, Mashteuiatsh est l’une des communautés innues où le taux de rétention de la langue est assez faible. On a de la difficulté à avoir des chiffres exacts, mais ce n’est pas plus de 30 % de la communauté qui serait capable de comprendre leur langue innue, le nehlueun », estime la professeure de l’UQAC. Elle ajoute que c’est la proximité de Mashteuiatsh avec Roberval, un milieu francophone, qui explique cette statistique. À l’opposé, certaines communautés innues plus isolées sur la Côte-Nord affichent un taux de rétention de 80 %.

Mme Tailleur évoque que la pratique de la langue innue a grandement diminué à partir du milieu du XXesiècle. La mentalité prédominante chez les parents de l’époque était d’apprendre uniquement le français à leurs enfants, dans le but de leur assurer un bon avenir et un statut économique enviable.

Sandrine Tailleur soutient que dorénavant, l’apprentissage du français autant que celui de leur langue ancestrale est privilégié chez les familles autochtones.

La revitalisation : la solution

« Ça fait onze ans que je demeure à Chicoutimi. Si je n’avais pas eu d’amis innus ici, je parlerais sûrement 90 % du temps en français et j’oublierais les mots innus que j’utilisais auparavant. » Kévin Bacon occupe la fonction d’agent de promotion au Centre d’amitié autochtone du Saguenay. Il considère primordial que des lieux tels que le centre d’amitié permettent aux individus des Premières Nations en milieux urbains de pratiquer leur langue maternelle, afin de la perpétuer.

Kévin Bacon est agent de promotion au Centre d’amitié autochtone du Saguenay. Photo: Courtoisie

Sandrine Tailleur souligne que la communauté de Mashteuiatsh est actuellement en processus de revitalisation du nehlueun. « La langue était presque disparue, c’est-à-dire qu’elle était parlée par quelques locuteurs qui sont assez âgés. Quand on a une situation comme celle-là, s’il n’y a rien qui est fait de façon explicite, la langue n’a aucune chance de survie », explique la professeure.

Ouvrir le dialogue dans le respect

« Les communautés sont à différents stades de possession de leur langue. Il y en a qui sont prêtes à la partager. D’autres communautés ne sont pas rendues là. » Sandrine Tailleur considère qu’il est important de s’intéresser aux langues des Premières Nations. Cependant, il faut être conscients que des blessures du passé demeurent, et que la langue est un sujet délicat, intimement lié à l’identité.

La professeure indique que des cours d’ilnu sont maintenant offerts à l’UQAC. « Apprendre la langue de quelqu’un est l’une des meilleures façons d’avoir accès à sa culture, puis de vraiment s’ouvrir l’esprit pour accueillir la différence de l’autre. »

Sandrine Tailleur croit que la revitalisation des langues autochtones est essentielle afin d’assurer leur pérennité. Photo: Courtoisie

À propos de Coralie Laplante

Coralie Laplante
Féministe assumée originaire de Montréal, Coralie se passionne pour les arts sous toutes leurs formes. Considérant que la beauté se trouve dans la différence, la jeune passionnée des mots s’intéresse à tout créateur déviant des conventions et des chemins préétablis. Cinéma, littérature, musique, mode ou arts visuels, tout alimente l’esprit (légèrement) agité de Coralie. Le reste de l’attention de Coralie se porte sur ses rencontres, et son désir de dénoncer les inégalités, comme d’en apprendre plus sur toutes les causes sociales. S’impliquant depuis deux ans en tant que journaliste et directrice dans le magazine web La Cerise, elle croit essentiel de faire partie intégrante de son milieu de vie. Participer au Forum étudiant et à l’organisation du festival De l’Âme à l’Écran fait aussi partie de ses activités. Décrite comme un Cube Rubik emmêlé par ses colocs, Coralie espère frayer son chemin au travers de ses propos à l’aide de ses couleurs et de nombreuses tasses de café.

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