Le renouveau des métiers d’arts du Saguenay

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« Ça fait 26 ans que j’ai fait ma première guitare et là je te dirais que ça fait 15 ans que je ne vis que de ça », s’exclame joyeusement Benoit Lavoie, luthier à Petit-Saguenay. (Photo courtoisie Benoit Lavoie)

Après plusieurs années de difficultés, les métiers d’art au Saguenay connaissent un renouveau marqué par l’innovation, la solidarité et une image rajeunie.
Longtemps fragilisés par les bouleversements économiques et les changements dans les habitudes de consommation, les artisans de la région relèvent aujourd’hui la tête et redéfinissent leur présence.

Une période de résilience et de transformation

« On vient de passer cinq ou six années très difficiles », confie la présidente de la Corporation des métiers d’art du Saguenay, Gabrielle Thériault. « Ça a été dur pendant un certain temps de rejoindre la clientèle. Il fallait se réadapter, se tourner vers les réseaux sociaux, s’ouvrir des boutiques en ligne parce que les clients ne voulaient plus venir », se rappelle la présidente. Une transition numérique forcée, mais nécessaire, qui a coûté la survie à de nombreux artisans.

Pourtant, ce passage difficile a été aussi l’occasion de revoir les stratégies et d’innover : « Surtout, on a de plus en plus d’artisans qui veulent s’associer à nous, car on retrouve notre dynamisme », poursuit Gabrielle Thériault. Une nouvelle équipe, un site internet modernisé, un logo révisé, tout est mis en place pour insuffler une nouvelle énergie : « On cherche d’autres axes pour faire lever la chose, mais on voit qu’il y a un engouement », termine-t-elle.


En haut, l’ancien logo de la Corporation des métiers d’arts de la région laisse place à un vent de fraicheur avec un nouveau logo plus épuré (en bas) et une direction retravaillée. (Images issues du site Internet de la Corporation des métiers d’arts du Saguenay-Lac-Saint-Jean.)

Une région forte et une mise en valeur du savoir-faire

Au-delà du virage numérique, le contact humain reste un élément clé pour les artisans : « […] c’est bon de faire beaucoup de sorties et de s’exposer. De rentrer en contact avec les personnes, car bien souvent, le client ce qu’il aime, c’est l’artisan derrière le travail. Il s’attache à la personne puis il reste fidèle comme un ambassadeur », souligne Gabrielle Thériault. Cet attachement se vérifie notamment lors du Salon des métiers d’art, l’un des événements phares de la Corporation, qui célèbre cette année sa 45e édition.

Thomas Meloche, sculpteur, met aussi l’accent sur la présence insoupçonnée des artisans dans notre quotidien. « Je pense que le monde ne s’en rend pas compte, mais il y a quand même beaucoup d’artistes autour de nous : pour faire les affiches commerciales, travailler dans les films, les événements, dans les municipalités, les bâtiments. On ne s’en rend pas compte, mais il y a beaucoup d’art qui tourne autour de nous. » Un artisanat omniprésent mais parfois invisible, dont la reconnaissance passe par un réseau solide et un soutien mutuel.


Appréciés des festivals d’hiver, les sculpteurs sur glace comme Thomas Meloche ont un savoir-faire reconnu à travers le monde. (Photo courtoisie : Thomas Meloche)

L’avenir des métiers d’art, l’équilibre entre transmission et adaptation

La formation et la transmission du savoir-faire sont aussi des enjeux majeurs pour la pérennité des métiers d’art : « Certains artisans ont déjà suivi des formations sur YouTube ! On est capable d’obtenir des attestations en ligne, il y a une autre façon de se former aujourd’hui. Je pense que c’est un angle important qui va faire renaître les métiers d’arts », estime Gabrielle Thériault. Une affirmation que Benoît Lavoie, luthier à Petit-Saguenay, nuance : « En lutherie, le problème c’est qu’en sortant des études, la technique est bonne mais tu n’as pas les outils qu’il faut pour travailler. J’ai eu beaucoup de demandes de jeunes qui ont fait leur technique et qui viennent ensuite ici pour parfaire leur connaissance », constate l’artisan d’expérience.

Pour tous ces travailleurs, la patience et l’expérience sont essentielles. « Quand tu partages, au lieu que ça prenne 10 ans, là tu commences tout de suite avec le bon savoir-faire », explique Thomas Meloche. Cette transmission devient d’ailleurs une affaire de famille : « J’ai un de mes deux gars, lui il veut venir travailler avec moi. Ça fait trois ou quatre ans que je l’emmène dans des festivals et lui, il s’en va en formation dans les métiers d’art l’année prochaine à Québec », conclu Thomas Meloche.

Un avenir prometteur mais exigeant

Malgré cet enthousiasme, les métiers d’art restent un domaine exigeant, qui demande passion et persévérance : « Si tu veux réussir à vivre de ça, faut te réveiller tôt et toujours penser à ça. Dans le temps des festivals, tu travailles les fins de semaine. C’est vraiment intense comme job », prévient Thomas Meloche. Un constat partagé par Benoît Lavoie : « J’ai toujours cherché à nourrir mon âme plutôt que mon estomac », exprime-t-il avec un léger sourire.

Le Saguenay est donc aujourd’hui témoin d’une véritable renaissance dans ce domaine. Le renouvellement de l’image des métiers d’art, l’adaptation aux nouvelles réalités et la volonté de transmission créent un vent de fraicheur qui promet de faire rayonner encore longtemps l’artisanat régional.


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