Le conservatisme québécois : une idée renouvelée

Maurice Duplessis et Éric Duhaime sont des figures du même parti, mais avec des valeurs bien différentes (Photo : Archives de La Presse et Jacques Boissinot)
La société connaît depuis des années un nouveau virage vers des pensées plus conservatrices. Au Québec, ces idées recommencent à prendre de la place après quelques années de calme. Cependant, cette nouvelle génération de conservateurs expose des idées différentes de celles précédemment observées dans l’Histoire. Politique, économie, écologie ou places des genres dans la société, tous ces thèmes sont influencés.
« Les combats des branches québécoises et canadiennes du Parti conservateur ne sont pas les mêmes qu’avant. Depuis les années 2010, on peut voir qu’ils se préoccupent plus de l’argent qu’autre chose. Avant, il y avait une volonté de garder le pays comme il était. Le conservatisme de l’époque était plus proche de l’idée du traditionalisme », explique Frédéric Boily, écrivain, historien et professeur pour l’Université Laval au campus Saint-Jean en Alberta.
Il avance que le combat du conservatisme canadien d’aujourd’hui est basé sur le fait de vouloir protéger le modèle de vie sociétale, qui est de fonder une famille en achetant une maison à un prix raisonnable.

Il occupe un poste de professeur-chercheur au campus de l’Alberta (Photo : Courtoisie)
Quand on regarde l’histoire du Canada, le conservatisme d’avant était étroitement lié à la religion. Selon L’Encyclopédie Canadienne, cette idéologie découle des Anglais. Les conservateurs d’avant-guerre voulaient rester fidèles à la couronne britannique. Après les deux guerres mondiales, une envie de séparation s’est fait ressentir dans toutes les sphères de pensée du pays. Cependant, en 2025, il n’y a toujours pas de loi qui sépare l’État et la religion.
Le Québec toujours différent
Au Québec, les conservateurs souhaitent que la province reste au sein de la nation canadienne. L’alliance entre le clergé et l’élite de la politique francophone s’est étiré jusqu’au début des années 60 avec Maurice Duplessis à sa tête.
En France, c’est la loi d’Émile Combes, chef d’État à ce moment-là, qui sépare l’État du clergé en 1905, selon le site de l’Assemblée nationale française.
Aux États-Unis, c’est le premier amendement, écrit en 1789 dans leur constitution, qui interdit à l’État d’établir sa propre religion et de déranger les gens qui en pratiquent une autre.
Pour monsieur Boily, quand on regarde le PCQ de maintenant, on peut retrouver des différences avec ce que croyait Duplessis. Par exemple, le droit à l’avortement. Droit qui est maintenant accepté par les jeunes conservateurs, mais pas par les membres plus âgés du parti.

Maurice Duplessis a passé 19 ans au pouvoir. (Photo : Bibliothèque et Archives Canada)
Selon l’historien, c’est là qu’on voit une vraie coupure dans le conservatisme d’aujourd’hui. Il est d’accord pour dire que cette ancienne façon de penser révèle de la peur du changement.
Un destin forcé par les choses
Pour Denyse Baillargeon, historienne et professeure spécialisée sur l’histoire des femmes, il y a un grand lien entre la place de la femme et les pensées conservatrices.
« Après s’être rendues essentielles dans les guerres, certains hommes ont eu peur de l’ascension du pouvoir de la femme. D’autres ont compris que c’était maintenant le temps de laisser derrière eux l’image de la femme incapable d’occuper un travail », explique-t-elle.
En les voyant à l’œuvre, certains hommes ont compris que les femmes pouvaient ramener un salaire en plus à la maison, explique madame Baillargeon. Ils ont donc commencé à laisser la place à la gent féminine, et petit à petit elles ont pris leur place dans les différentes sphères de métiers.
Avec cette pensée renouvelée, une femme s’est hissée au plus haut rang du Parti conservateur du Canada, Kim Campbell. Successeure de Brian Mulroney, mais aussi procureure générale du Canada et ministre de la Justice, elle a démontré que les femmes pouvaient occuper des postes que la société d’avant pensait réservés pour les hommes.

Kim Campbell est la seule femme à avoir occupé le poste de première ministre du Canada. (Photo : Canadian Press)
Une avancée de réflexion sur la cause LGBTQ+
Comme l’a stipulé Frédéric Boily, les années 2010 ont été un tournant pour le parti conservateur autant québécois que canadien. Aujourd’hui, Éric Duhaime se retrouve à la tête du PCQ. Sur son Facebook, on peut retrouver des publications où il parle de son conjoint, chose qui n’aurait pas pu arriver dans les années Duplessis étant donné l’étroite relation avec la religion.






