Les devoirs : corvée inutile ou bénéfice à l’apprentissage ?

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L’enseignante Véronique Jolicoeur souligne que les parents peuvent contacter des organismes d’aide aux devoirs. « Alloprof est très bien structuré : on peut texter ou appeler des enseignants pour des explications. Il y a aussi beaucoup de jeux et d’exercices» (Photo : Roxane Duchaine)

Depuis quelques années, des écoles au Québec font le choix d’abolir les devoirs. Pour certains, c’est un poids de moins. Pour d’autres, c’est une préoccupation quant à l’impact sur la rétention des apprentissages. 

« Dans un milieu défavorisé où les parents sont moins présents, les devoirs sont plus ou moins efficaces; les enfants ne les font pas toujours. Dans un contexte où les parents sont plus présents, la révision a plus de chances d’être faite », explique Véronique Jolicoeur, qui enseigne depuis huit ans au Collège Saint-Ambroise, à Saguenay. 

Depuis 2014, l’école a décidé de ne plus donner de devoirs. Son expérience lui a permis de constater qu’il n’y a pas de différence notable sur le rendement scolaire, mais que les résultats dépendent surtout du contexte familial et environnemental. 

Une école sans devoirs n’est pas nécessairement une école sans leçons. La nuance est importante. « Les parents doivent quand même passer un certain temps avec leur enfant pour réviser certaines notions », précise l’enseignante.  

Au Collège Saint-Ambroise, les élèves de 5e et 6e année commencent toutefois à recevoir des devoirs vers le mois de mars. Cette pratique vise à les préparer à la transition vers le secondaire. « On s’est rendu compte que le transfert est plus difficile pour ceux qui n’ont jamais eu de devoirs », souligne Véronique Jolicoeur. 

« Les enfants aussi peuvent revenir en surcharge cognitive et avoir la tête pleine. Un peu comme nous, en tant qu’adultes, quand nous terminons notre journée », précise l’orthopédagogue Andréane Rheault. (Photo : Vicky Dallaire)

Pédagogique et controversée 

Bien que redoutés par la plupart des enfants, les devoirs servent à revoir et à consolider les connaissances. « Parfois, le fait de revoir la matière à la maison apporte une rétroaction du milieu familial, ce qui peut être bénéfique pour l’enfant », explique l’orthopédagogue Andréane Rheault. « Ils permettent aussi d’apprendre à organiser et à respecter un délai. » 

Lors de ses études universitaires à Montréal, en 2006, Andréane Rheault a mené une recherche sur l’impact des devoirs. Sa conclusion : « les devoirs constituent une pratique pédagogique diversifiée et controversée, dont la popularité reste cyclique ». Autrement dit, c’est un outil parmi d’autres, utile à certains égards, mais dont le recours reste à la discrétion de l’école et du milieu familiale des élèves de leur établissement.  

Les écoles qui ont retiré les devoirs doivent développer d’autres approches pour stimuler l’organisation personnelle. « On mise surtout sur l’autonomie et sur ce qui se passe en classe », ajoute l’orthopédagogue. Les établissements à vocation particulière, comme le sport-étude, adoptent des modèles adaptés. 

Pour elle, il existe plusieurs autres manières de suivre la progression d’un enfant. « Certaines écoles travaillent par projets ou offrent plutôt une période d’étude, ce qui est différent des devoirs traditionnels. » 

Il n’existe pas de moment précis pour un enfant pour faire ses devoirs. « Ça dépend du rythme de la famille, du parent, de l’horaire, du sommeil de l’enfant », explique l’orthopédagogue.

Amener l’école à la maison et la maison à l’école 

Les devoirs peuvent avoir leurs avantages, mais ils exercent une pression sur la vie familiale. Le clivage social accentue les inégalités entre les enfants qui n’ont pas tous accès au soutien nécessaire. 

Les enseignants ne peuvent pas remplacer les parents, tout comme eux ne sont pas des enseignants. Il faut encourager l’autonomie de l’enfant sans surcharger les familles. 

Selon Andréane Rheault, l’enseignement inversé représente un bon compromis. « L’enfant explique la notion à son parent, qui n’a pas besoin de connaître le sujet. Le devoir devrait d’abord servir à montrer la maîtrise de la matière et à organiser le travail, pas à creuser les inégalités », conclut-elle. 

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