La gestation pour autrui : l’opportunité de créer une famille

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Krystel Denault explique qu’elle n’aurait jamais envisagé porter un enfant pour un couple étranger, mais le sentiment de famille l’a portée à proposer l’idée.
(Photo : Krystel Denault) 

Krystel Denault a tout récemment agi comme mère porteuse. Si elle a mis au monde un enfant, elle considère surtout qu’elle a eu le privilège de contribuer à créer une famille pour son frère et le conjoint de ce dernier, Francis Denault et Steven Gagnon. 

Celle qui a déjà trois enfants n’avait jamais songé à devenir mère porteuse, avant que son frère lui annonce son homosexualité. Apprendre que son frère avait un homme dans sa vie l’a fait réfléchir : elle a réalisé que s’il voulait un jour fonder une famille, ça serait un parcours atypique. « Je suis allée voir mon frère pour lui dire que je voulais l’aider dans la création de cette famille », se remémore la dame originaire de l’Outaouais.  

Pour son frère et elle, la symbolique est forte : « Avec la génétique de son conjoint, puis ma génétique à moi, c’est comme le plus proche qu’on pourrait avoir génétiquement. » 

Une grossesse pour autrui (GPA) intime et encadrée 

Quand ils se sont sentis prêts pour entamer ce projet, Krystel et son frère savaient que le projet de loi 12 qui réforme le droit familial et encadre la grossesse pour autrui allait tout changer. Cette réforme est novatrice car elle permet aux deux pères d’avoir leurs noms sur le certificat de naissance de l’enfant.  

« La réforme de 2023 a apporté énormément de clarté, mais aussi de formalisme au processus. C’était possible de faire un contrat de gestation pour autrui avant cette réforme, mais ça n’avait aucune valeur juridique », précise la vulgarisatrice juridique chez Educaloi, Aurélie Gagnon. 

Pendant six mois, Krystel Denault et les parents d’intention ont rencontré divers experts pour que le projet soit juridiquement valable. Ils ont notamment suivi une formation auprès d’une sexologue et signé un contrat auprès d’un notaire. 

Comme Krystel s’est proposée pour porter l’enfant, ils n’ont pas eu besoin de faire appel à une clinique ni de s’inscrire sur une liste d’attente. « Ça a été fait en famille, dans notre cocon familial. Je trouve qu’on est vraiment chanceux de l’avoir vécu de cette façon-là », confie Krystel, reconnaissante.

La fille de Krystel Denault avait dessiné après l’annonce de l’arrivée du bébé.
(Photo : Krystel Denault) 

Toute la famille ainsi que ses enfants étaient au courant de la conception de cet enfant. Pour Krystel, le fait que ses proches le sache formait un filet de sécurité pour bien vivre cette aventure et se sentir encouragée. 

Durant toute sa grossesse, elle était consciente que l’enfant qu’elle portait dans son ventre n’était pas le sien mais bien celui de son frère et du conjoint de ce dernier. 

Francis Denault et Steven Gagnon ont quitté l’hôpital avec un bébé en bonne santé.
(Photo : Krystel Denault) 

Toutefois, quitter l’hôpital il y a un mois et laisser le bébé entre les mains de ses papas a été particulier à vivre : « C’est vraiment un sentiment de lâcher prise et de dire “bye, je te laisse avec les papas, j’ai hâte de te revoir” ». 

Krystel Denault considère cet enfant comme son neveu. Elle prévient tout de même qu’il est important de ne pas trop s’engager émotionnellement dans une GPA, pour que la relation entre la mère-porteuse et l’enfant soit claire. 

Un sujet encore tabou 

D’après elle, pour être mère porteuse il faut être bien entourée, car la gestation pour autrui est encore méconnue et jugée. Elle dit n’avoir reçu aucun jugement violent, mais beaucoup d’incompréhension. « On me disait souvent que j’allais donner mon bébé », se souvient-elle. Pour Krystel, on ne « donne » pas un bébé : on offre une vie, une opportunité d’avoir une famille. C‘est pour cette raison qu’elle estime qu’il est nécessaire d’informer sur la GPA.  

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