Poumon pop-corn : une maladie rare en lien avec la vapoteuse

D’après l’Association pulmonaire du Québec, le « gaz moutarde », une substance chimique cytotoxique et vésicant, pourrait également causer une bronchiolite oblitérante. (Crédit : Sofia Lépine.)
La bronchiolite oblitérante, aussi appelée le « poumon pop-corn », est une maladie respiratoire rare, tout autant inquiétante qu’incurable. L’utilisation de la vapoteuse est souvent pointée du doigt, même si au Canada, aucun cas causé par la celle-ci n’a été répertorié dans les dernières années, d’après une étude publiée par le journal Frontiers en 2021.
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Sofia Lépine
Cette maladie pulmonaire est engendrée par l’inhalation d’un produit chimique appelé le diacétyle. Cet élément est utilisé pour ajouter de la saveur dans les E-liquides, le mélange aromatisé utilisé dans les vapoteuses. Certains fabricants l’ajoutent pour imiter des arômes alimentaires comme la vanille, l’érable et la noix de coco, d’après l’Association pulmonaire américaine. Selon un article publié dans le journal Frontiers et financé par Santé Canada, le diacétyle est présent dans seulement deux échantillons de liquide de vapotage sur 800. De plus, l’ajout de saveur dans les produits de vapotage est interdit au pays depuis 2023. Cependant, il ne faut pas tenir pour
acquis qu’il n’existe aucun risque de contracter cette maladie en vapotant. « C’est sûr qu’il y a des risques […] on s’expose toujours a un risque! Si ce n’est pas le poumon pop-corn, ça peut être un autre risque qui n’est pas encore connu. », affirme la directrice générale du Réseau québécois d’éducation en santé respiratoire (RQESR), Sara-Edith Penney.
Le consommateur ne peut pas nécessairement connaître tous les ingrédients dans les E-liquides. C’est problématique, selon une spécialiste en recherche et rédaction à la Société canadienne du cancer, Caroline Normandin. « Surtout avec l’interdiction des saveurs, il y a plus en plus de gens qui vont en commander en ligne et qui vont aller vers un marché illégal. Dans ce cas-là, ce n’est pas nécessairement contrôlé. Donc oui, il y a un risque », relève-t-elle.
Inhaler du diacétyle peut engendrer un grand nombre de complications dans le système respiratoire. « Le produit chimique [diacétyle] va irriter les bronchioles […], ça peut faire en sorte que les bronchioles vont rétrécir. L’air qui va passer à l’intérieur va diminuer et ça se peut qu’il n’y ait plus du tout d’air qui passe », ajoute Mme Normandin. Les bronchioles font partie de l’appareil respiratoire. « Elle vont permettre à l’air de se rendre au niveau des alvéoles, c’est comme ça qu’on est capable de respirer », souligne-t-elle.
D’après l’Association pulmonaire du Québec, les symptômes d’une bronchiolite oblitérante surviennent de 2 à 8 semaines après l’inhalation du produit chimique. Ces symptômes consistent en des essoufflements, une forte toux, une respiration sifflante et rapide et une fatigue inexpliquée. Cette maladie est irréversible. « Il y a des traitements pour soulager ou ralentir la progression, mais une fois que les bronchioles sont atteintes, on ne peut pas revenir en arrière », confirme Mme Normandin.
D’où vient le « poumon pop-corn »?
Pour comprendre le nom derrière cette maladie, il faut remonter au début des années 2000. L’Institut national de la sécurité et la santé au travail des États-Unis a découvert une éclosion de bronchiolite oblitérante chez des travailleurs d’une usine de pop-corn pour microonde du Missouri. Ces ouvriers avaient développé cette maladie après avoir inhalé du diacétyle, qui était utilisé pour ajouter ce fameux goût de beurre au pop-corn. Bien que la consommation orale de ce produit soit inoffensive, inhaler ce produit est dangereux. La provenance de cette éclosion a mérité à cette maladie le nom du poumon du travailleur « pop-corn ».
Le vapotage : une nouvelle problématique
« Le problème global, c’est qu’on s’expose à on ne sait pas quoi, lance Sara-Edith Penney. Dans 30 ans, ça va ressembler à quoi? On n’a pas de recul, les études à long terme n’existent pas. » La directrice générale du RQESR travaille avec plusieurs spécialistes en santé respiratoire qui arrivent à la même conclusion : les conséquences de l’utilisation de la vapoteuse sont toujours improbables et inquiétantes, puisque c’est une mode assez récente.
La vapoteuse peut être une alternative pour les fumeurs de cigarettes qui sont déjà hypothéqués sur leur santé respiratoire. « Pour eux, il peut y avoir un gain s’ils passent à la vapoteuse », émet Mme Penney, en se référant à une conférence du Colloque québécois en cessation tabagique de la RQESR présentée par le cardiologue Paul Poirier.
Cesser pour mieux respirer
« Environ une personne sur cinq, donc 22% des jeunes de 18 à 24 ans vapotent au Québec, et une personne sur deux de cette tranche d’âge-là voudraient cesser dans les 30 prochains jours », certifie la spécialiste en communication à la Société canadienne du cancer, Chloé Laurendeau, en se basant sur l’enquête québécoise sur le tabac et les produits de vapotage.
Le programme « Aspire à mieux », instauré par la Société canadienne du cancer, a comme but de guider les utilisateurs de vapoteuse dans leur démarche de cessation. « On utilise vraiment une base d’entretien motivationnelle pour guider les gens dans leur parcours. Le but c’est de les motiver, sachant que ça peut être très difficile de cesser de vapoter », précise Mme Laurendeau.

Les utilisateurs peuvent choisir le nombre de textes qu’ils vont recevoir par semaine, d’après leur objectif. (Crédit : aspireamieux.ca)
En s’inscrivant, une personne s’engage à recevoir des SMS personnalisés pendant 6 semaines. Ces messages virtuels ont pour but de soutenir, motiver et éduquer la personne en question, augmentant ses chances de succès de 50% à 60%. « On a fait un projet pilote à l’été et à l’automne 2024 et on a eu 351 inscriptions. 25% de ces personnes-là ont réussi à cesser », relève Chloé Laurendeau.






