Les contes et légendes : bien plus que des histoires pour enfants

Il existe encore des soirées de contes et légendes, comme au café Cambio à Chicoutimi, à laquelle participait Jacques Hébert, le 6 novembre dernier. (Photo : Raphaëlle Charbonneau)
Les contes et légendes jadis racontés sur le coin d’un feu font partie de notre culture québécoise. Ces histoires « réconfortantes » ont changé de forme et ont été mises de côté par certains, mais elles restent toujours présentes.
« Le mythe arrive quand même tôt dans l’histoire [de l’humanité] parce qu’il y a un besoin anthropologique fondamental qui est commun à toutes les sociétés. Il faut réussir à donner un sens à la réalité qu’on vit comme collectivité », explique le professeur d’histoire de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Arnaud Montreuil.
Les morales des contes donnent une leçon et aident à comprendre les sociétés. Elles changent selon les périodes de l’histoire. Le Québec a ses propres histoires pour expliquer sa réalité. « Si on prend les légendes du Québec plus particulièrement, elles se sont beaucoup développées pendant que la religion était aux commandes. Il y a toujours le diable qui t’attend dans un détour, pis si tu ne suivais pas les règles de l’Église et du curé, le diable allait apparaître et tu allais devenir un loup-garou ou autre chose », soutient le conteur, Jacques Hébert.
Le Québec est connu pour être différent du reste du Canada, que ce soit par son avant-gardisme ou ses traditions. « J’ai l’impression qu’on est une culture qui se définit beaucoup plus par l’oralité que par l’écrit et c’est très propre aux conditions minoritaires », tranche le professeur d’histoire à l’UQAC, François-Olivier Dorais.

« Je dirais que le Québec d’aujourd’hui est en panne de mythes », partage François-Olivier Dorais. (Photo: Courtoisie)
Avec les différentes révolutions que le Québec a connues, les contes et légendes prennent une allure différente et perdent leur côté rassembleur. « On voit que le mode de vie de la révolution industrielle, en passant son temps à l’usine, a réduit l’espace disponible pour se les conter, ces histoires-là », ajoute le professeur d’histoire de l’UQAC, Alexandre Dubé.

Selon l’Encyclopédie canadienne, les ceintures fléchées, traditionnellement tissées à la main, sont devenues des éléments importants de l’héritage culturel et de l’identité nationale.
(Photo : Reddit photo)
Un manque de fierté
Dans le passé, les familles prenaient un moment au bord du feu pour se raconter différentes histoires. Il y avait un partage et une transmission des contes de génération en génération. Avec les familles éclatées et le mode de vie qu’on connait aujourd’hui, les histoires folkloriques québécoises perdent d’abord leur espace, suivis de l’intérêt d’une partie des Québécois.
« Les contes et légendes sont importants quand le groupe cherche à se donner une identité propre et je ne suis plus certain que l’identité que les Québécois et Québécoises veulent se donner correspond à ce qu’on connaît dans les mythes et légendes », partage M. Montreuil.

« On continue de recevoir des contes sauf qu’ils ne sont plus sous la même forme, mais on est encore accro aux formes de narrativité [référence aux séries télévisuelles] », soulève le professeur d’histoire à l’UQAC, Arnaud Montreuil.
(Photo : Courtoisie)
« Avec la mondialisation et l’américanisation, il y a une espèce de fierté qui se perd, on dirait que ce qu’on voit à la télé et qui vient d’ailleurs c’est admirable pis ce qui est chez nous c’est trop ordinaire », expose le conteur.
C’est le revers de la mondialisation et des cultures dominantes. Il y a souvent quelque chose de réconfortant lorsqu’on se raconte des histoires et nous sommes entrain de le perdre.






