Mouvement « tradwife » : le quotidien d’épouses traditionnelles québécoises

Jessica Tétrault confie qu´elle vivait avec la crainte de « ne jamais être assez » lorsqu´elle travaillait (Photo : Atlas Darling)
Elles sont femmes au foyer et se consacrent principalement à leur famille, les « tradwives » ou « épouses traditionnelles » sont associées au retour du conservatisme dans la société. Leur mode de vie et leurs valeurs font débat : cage dorée ou choix délibéré ?
« Avec le temps, mon mari et moi avons appris à vivre selon le principe que la famille est une bénédiction de Dieu, nous avons choisi d’en faire une priorité », assure Jessica Tétrault, blogueuse et mère au foyer. Autrefois infirmière au rythme de vie effréné, elle s’est rendue compte que ce mode de vie ne lui convenait plus. Elle explique avoir ressenti le besoin de créer de l’espace dans sa vie pour profiter avec son enfant. Sa foi et ses valeurs l’ont menée à un mode de vie plus traditionnel qu’elle ne regrette pas. « Ma relation avec Dieu me permet de ne pas rester prisonnière d’une idéologie ou enfermée dans une boîte », exprime-t-elle.
La religion se trouve souvent au centre de la vie des épouses traditionnelles. Catherine Giguère, femme au foyer depuis sept ans et blogueuse, pense que les valeurs chrétiennes rendent la volonté d’être femme au foyer plus naturelle. Cependant, elle assure avoir fait ce choix pour prioriser sa famille. « Je peux permettre à toute ma famille de vivre une vie plus lente, connectée les uns aux autres », explique-t-elle. Catherine a toujours eu le désir d’être femme au foyer, elle aime la liberté et la disponibilité qu’elle a pour ses enfants et son mari. Elle apprécie être responsable du rythme de ses journées, entre l’école à la maison, les tâches ménagères et ses projets.
Florence Malenfant, mère au foyer d’une famille nombreuse, met un point d’honneur à pouvoir profiter de ses enfants sans être pressée. « J’imagine que ça m’évite aussi une certaine culpabilité de ne pas être assez présente pour eux », confie-t-elle. Florence se présente comme gestionnaire, infirmière, cheffe et éducatrice de la maison. Son rôle est d’être présente pour ses enfants et son mari à la mesure de ses capacités. La foi fait aussi partie intégrante de son foyer, elle assiste deux soirs par semaine à des rencontres d’une communauté de foi. Pour autant, elle ne se considère pas comme une tradwife. « L’origine de ce mouvement réside dans un idéal ultranationaliste auquel je n’adhère pas du tout. Je crois que chaque femme est libre de ses choix », explique-t-elle.

Les trois mères au foyer soulignent qu’elles ont choisi ce mode de vie et qu’elles n’y ont pas été restreintes par la religion, leur famille ou leur mari. (Photo : Jessica Tétrault)
Le rôle de l’homme traditionnel
Florence dément l’image que se font les gens des familles traditionnelles, elle trouve qu’il y a trop de préjugés. « Comme quoi mon mari doit être un mâle alpha toxique, ou que je dois avoir peu d’éducation, le cerveau lavé par la religion. C’est l’aspect qui me dérange le plus ». Elle explique que son mari s’occupe des tâches plus substantielles comme de la piscine, des réparations ou des extérieurs. Il travaille toute la journée et s’occupe des enfants dès son retour, notamment pour que sa femme puisse faire d’autres activités. « C’est un partage des tâches équitable », assure-t-elle.
Jessica, quant à elle, a lâché prise sur ses projets personnels pour suivre son mari dans ses déplacements professionnels. Ça n’a pas été un choix facile pour elle, mais ça l’a rendue heureuse. Elle qualifie sa relation avec son mari de complémentaire : « c’est une véritable équipe gagnante, il n’y a pas de compétition pour le pouvoir ». Jessica assure aussi qu’il n’y a pas de répartition rigide des tâches au sein de son foyer. « Mon mari cuisine régulièrement, et cette année c’est moi qui ai changé les pneus de la voiture. Chacun fait ce qu’il aime et ce qu’il fait le mieux, mais nous sommes toujours prêts à nous entraider ».
Un sentiment de décalage
Catherine s’est parfois sentie à part, mais elle n’envie pas ses amies qui travaillent. Elle aime pouvoir ralentir, rester en famille, vivre plus simplement. « On nous influence à s’enrichir pour dépenser plus, mais c’est un choix qu’on a fait en connaissance de cause. Je l’assume et j’en retire même une petite fierté ». Selon elle, les médias ont tenté de peindre le portrait d’un choix de vie dont il est impossible de comprendre toutes les facettes en quelques lignes. Florence explique aussi se sentir en décalage avec l’idée d’une société performante, dans laquelle il faut être efficace : « Je vis très bien avec le fait d’être improductive, je me considère comme une punk dans ce sens ! »






