Quand le conservatisme se propage : les femmes sont les premières impactées

Julie Gauthier déplore que la loi 21 empêche les femmes musulmanes qui portent le hijab de travailler. (Photo : Institut de recherche et d’informations socioéconomiques du Québec)
Le retour du modèle des foyers traditionnels affecte majoritairement la cause des femmes, leur place dans la société et met en péril leurs droits. La peur de ce qui n’est socialement pas acceptable reste le principal combat des conservateurs.
Cette envie de retourner en arrière : la femme reste à la maison pour faire des enfants et s’occuper du foyer, s’explique, selon l’enseignant en politique et en sciences humaines au Cégep de Jonquière, Pierre Turcotte par le fait que l’humain est réfractaire au changement.
Aux États-Unis, le Texas, l’Alabama et d’autres ont déjà interdit le droit à l’avortement, certains états le mettent en péril tels que l’Arizona et l’Ohio. Même si la situation canadienne n’est pas celle de son voisin, au Québec, la question d’inscrire ou non l’avortement dans la constitution se pose. Pour la doctorante en études féministes, Julie Gauthier, vouloir protéger ce droit aurait l’effet inverse : « Tous les groupes féministes ou les groupes de droits des femmes disent que c’est une mauvaise idée parce que cela viendrait inclure l’avortement justement dans un cadre légal. Il est mieux s’il n’est marqué nulle part. » Ces décisions sont une preuve que les droits féminins fondamentaux et lourdement acquis sont menacés.
Le fait que les femmes soient victimes de ce conservatisme est, pour le professeur Turcotte, « intrinsèquement lié à ce qui se passe dans le monde. » Il prend l’exemple du réchauffement climatique pour expliquer ceci. La crise écologique impose des changements mondiaux drastiques que la droite conservatrice refuse en plaçant des discours climatosceptiques au cœur de leur programme. L’écoféminisme théorise que l’écologie et les femmes sont liées. Minimiser les enjeux environnementaux revient à marginaliser davantage les femmes, ce qui s’appelle le carbo fascisme ajoute Pierre Turcotte.
La responsabilité des institutions
Les gouvernements ont aussi une responsabilité dans la montée des valeurs traditionnelles. « Il faudrait renforcer tout ce qui est éducation sexuelle, féministe, civique et littéraire. Il faut arrêter de dire qu’il ne faut pas parler d’homosexualité, de transidentité et de queerness dans les écoles. Il faut justement expliquer ces phénomènes-là, les légitimer et montrer que c’est correct. L’école devrait plus évoquer les domaines libéraux ou humanistes », complète l’enseignante en philosophie au Cégep de Jonquière et doctorante en études féministes, Julie Gauthier.
Elle notifie que certains partis politiques québécois côtoient le populisme de droite, ce qui sert de tremplin au conservatisme.
Pierre Turcotte, rejoint son homologue ; « ce qui va se rapprocher d’un régime autoritaire, c’est le bon contrôle des populations. L’enjeu du populisme est de changer les valeurs au nom de tous. » Il s’appuie sur la propagande étasunienne qui utilise la publicité, le marketing, les médias pour véhiculer des messages conservateurs.

Pour Pierre Turcotte, le conservatisme idéologique est près de la religion et donc des valeurs traditionnelles. (Photo : UQAM)
Les influences publiques
Les réseaux sociaux sont de vraies plateformes de diffusion de valeurs conservatrices. Des hommes dits alphas prennent ouvertement la parole sur leur vision de la femme ; que ce soit dans de courtes vidéos, dans des balados ou sur le plateau de télévision.
La vérité journalistique est remplacée par l’opinion ce qui permet davantage la propagation du populisme : « Ces individus parlent au nom de tous, mais en exclut une partie », souligne Pierre Turcotte, en rappelant que cette exclusion est le principe même du populisme.
Pour appuyer ses propos, il prend en exemple sur ce qui se passe aux États-Unis. « Donald Trump n’a plus besoin de parler avec des journalistes. Sa parole n’est plus filtrée puisqu’il a son propre réseau social (Truth Social). Il peut dire ce qu’il veut sur qui il veut », poursuit le professeur en politique et sciences humaines. « Le danger est qu’on ne se base plus sur la science. L’opinion est la nouvelle religion : moi je pense ça, donc c’est vrai », complète-t-il.






