Les jeux vidéo au Québec : « Il y a 30 ans, c’est une industrie qui n’existait pas du tout »

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De grandes séries de jeux, comme Assassin’s Creed, ont été programmées à Montréal.  (Photo : Zachary Sanche)

En 1996, Bernard Landry, ministre québécois des Finances de l’époque, instaure un crédit d’impôt permettant aux studios de jeux vidéo de rembourser plus du tiers de leurs dépenses salariales. Trente ans plus tard, c’est tout un secteur économique et culturel qui rayonne à l’international.

« C’est simple, sans programme de crédit d’impôt ou d’incitatif public, il n’y aurait pas d’industrie aujourd’hui au Québec. C’est clair comme ça. Il y a 30 ans, c’est une industrie qui n’existait pas du tout », clame le directeur général de la Guilde du jeu vidéo du Québec, Jean-Jacques Hermans.

Régulièrement classé dans les plus importants centres mondiaux de production vidéoludique, Montréal est un repère des plus grands studios, Ubisoft en tête de liste. Et la croissance est toujours au rendez-vous.

Le Sommet international du jeu de Montréal (MIGS) a accueilli plus de 25 pays en novembre dernier et a doublé sa superficie. L’événement est la plus ancienne et importante conférence professionnelle de l’industrie au Canada.

Jean-Jacques Hermans est directeur général de la Guilde du jeu vidéo du Québec depuis 2022. (Photo : Zachary Sanche)

« On parle ici d’une province de 8 millions d’habitants qui compétitionne contre des grands pays avec des économies beaucoup plus solides que le Québec. Je pense à l’Angleterre, la France, le Japon, la Californie, etc. C’est un grand mérite du Québec de continuer à se classer dans ce top 5 global », explique M. Hermans.

La province se distingue aussi par la qualité de ses milieux de travail. Selon une étude de la Guilde et de Behaviour Interactive publiée en 2023, 87% des employés sont très satisfaits au travail et 95% ont déclaré qu’ils recommanderaient leur employeur à leurs pairs.

Loin du Game Over, mais…

Si la pandémie a été particulièrement profitable pour les acteurs de l’industrie vidéoludique, les années qui ont suivies ont été plus sombres. Au début de l’année 2025, WB Games Montréal et Eidos Montréal ont licencié environ 120 employés.

De son côté, le géant français Ubisoft, qui vivait d’importants déboires financiers depuis quelques années jusqu’à se faire suspendre de la Bourse en novembre dernier, s’est finalement associé au chinois Tencent. Plusieurs studios, dont ceux d’Halifax et de Stockholm, ont tout de même mis la clé sous la porte alors que la restructuration faisait craindre le pire pour les 4 500 employés québécois.

Pour l’instant, la création de la filiale Vantage, qui inclut les studios de la province, permet de garantir que ces emplois seront maintenus. Ces artisans concentreront leurs efforts sur leurs trois licences phares, soit Assassin’s Creed, Rainbow Six et Far Cry.

Et en région?

Si c’est avant tout la métropole qui est reconnue comme la plaque tournante de l’industrie au Québec, le reste de la province prend de plus en plus sa place sous les projecteurs. La Ville de Québec recevra en 2027 la première Biennale des arts interactifs qui vise à célébrer les créateurs et stimuler la collaboration.

Et à Saguenay, le studio indépendant Tobafeu a lancé, le 22 février dernier, son nouveau jeu, Royal Vermin, qui compte déjà plus de 50 000 téléchargements à travers le monde.

Tobafeu Studio existe depuis 2014 et a développé une précieuse expertise pour la distribution de jeux sur Nintendo Switch. (Photo : Courtoisie Tobafeu Studio)

« On est super contents, mais il faut dire que le jeu est disponible gratuitement sur les consoles. Par la suite, on essaie de faire en sorte que les joueurs qui ont envie d’avoir un peu plus de contenu se convertissent vers l’achat d’un paquet de contenu téléchargeable supplémentaire dans le jeu », souligne le copropriétaire et directeur artistique du studio, Samuel Taillon.

Il y a quelques années, le gouvernement a limité la portée du crédit d’impôt pour les jeux vidéo, ce qui risque surtout d’impacter les petits studios. Si Tobafeu ne bénéficie pas de ces avantages pour l’instant, M. Taillon demeure déçu de la situation.

« Ce qui est dommage souvent, c’est que les petits studios, ce sont des studios québécois. Ça reste quand même des crédits d’impôt qu’on redistribue à des entreprises dont la maison mère n’est pas nécessairement en territoire québécois. »

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