La musique comme langue universelle

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Le groupe Choses Sauvages a assuré les premières parties du groupe rock américain The Bright Light Social Hour partout aux États-Unis. (Photo: Marc-André Dupaul)

Le groupe Choses Sauvages a assuré les premières parties du groupe rock américain The Bright Light Social Hour partout aux États-Unis. (Photo: Marc-André Dupaul)

Dans une salle de spectacle allemande, une foule de spectateurs exaltés dansent et tentent, tant bien que mal, de chanter les paroles du groupe Choses Sauvages, sans même en comprendre un seul mot. Cette formation québécoise, qui chante en français, est l’une des rares à s’être exportée dans des pays où personne ne parle cette langue.

Félix Bélisle est le membre principal de Choses Sauvages, un groupe funk-rock francophone qui, depuis ses débuts en 2018, courtise le marché anglophone. Avec trois albums derrière la cravate, le sextet a performé à maintes reprises aux États-Unis, en Allemagne et au Royaume-Uni, sans jamais adapter la langue des textes.

Le chanteur du groupe, qui joue aussi de la basse et des claviers, explique ce parcours par l’importance que ses comparses et lui accordent avant tout à la musique. « Ce n’est pas particulièrement de la chanson à texte, c’est beaucoup plus musical. Les paroles sont une couche parmi tout le reste. C’est vraiment la musique et la performance qui transpercent la barrière de la langue. »

 Les membres de Choses Sauvages sont reconnus à l’international comme étant de véritables bêtes de scène. (Photo : Félix-Antoine Turgeon)

Quand les textes sont secondaires

Le difficilement catégorisable groupe d’indie rock Corridor s’est produit plus de 60 fois aux États-Unis en plus de fouler la scène aux Pays-Bas, au Mexique et en Angleterre devant quelques centaines de spectateurs. Pourtant, leurs paroles en français n’ont jamais été un frein : « À part au Québec et en France, personne ne nous parle de la langue. Le fait que ça soit en français devient un détail », exprime le chanteur et bassiste de la formation, Dominic Berthiaume, en soulignant l’ouverture d’esprit de leurs admirateurs anglophones. Selon lui, l’importance accordée aux textes dans la culture musicale québécoise n’est pas le reflet de celle qu’ils occupent ailleurs dans le monde.

Corridor a été le premier groupe francophone à signer un contrat avec la maison de disques américaine Sub Pop, qui a notamment propulsé la carrière de Nirvana dans les années 90. (Photo : Dominic Berthiaume)

Corridor a été le premier groupe francophone à signer un contrat avec la maison de disques américaine Sub Pop, qui a notamment propulsé la carrière de Nirvana dans les années 90. (Photo : Dominic Berthiaume)

Félix Bélisle l’a aussi remarqué et explique que l’une des rares qualités des plateformes de diffusion en continu aura été d’abolir les frontières autrefois imposées par la langue. « Je consomme moi-même de la musique japonaise ou allemande dans laquelle je ne comprends rien de ce qu’il se dit et ça n’a jamais été un frein à aller voir un show. Ça devient exotique », confie-t-il.

 

Plus naturels en français

Si ces deux groupes accordent moins d’importance aux paroles qu’à la musique, le choix du français ne relève pas du hasard. Dominic Berthiaume, qui a écrit plusieurs textes de Corridor, l’explique par une quête d’authenticité. « On n’avait pas le goût de textes insignifiants. Quand tu n’écris pas dans ta langue, tu n’as pas nécessairement les mots justes pour écrire ce que tu veux exprimer. » Son acolyte Jonathan Robert et lui ont déjà tenté l’expérience en anglais, sans succès. « On avait eu quelques groupes avant et c’était juste en anglais, mais un moment donné on s’est dit : “On pourrait arrêter de niaiser pis faire ça en français.” »

Le parcours de Choses Sauvages relève aussi de ce genre d’expérimentations avec l’anglais. Tommy Bélisle, membre du groupe depuis ses balbutiements, se remémore leurs débuts : « On avait sorti deux EP qui étaient moitié anglais et français, mais un moment donné on a réalisé que c’était plus maîtrisé quand c’était juste en français, donc on les a enlevés » justifie-t-il en riant de ce premier projet. Son compatriote scénique Félix Bélisle ajoute qu’il n’y a pas de réflexion nationaliste derrière ce choix : « Il y a juste quelque chose de plus émotionnellement honnête. »

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