Quand les sociétés définissent l’âge adulte

Bernard Belley est directeur général du Carrefour jeunesse-emploi Saguenay. (Photo : Zachary Rivard)
Selon le pays où l’on grandit, on ne se sent pas adulte au même moment ni de la même façon. C’est précisément ce phénomène que documente Annie Dumont, professeure en travail social à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), qui s’intéresse aux parcours de jeunes confrontés à une entrée accélérée dans la vie adulte.
Au Québec, Annie Dumont constate que, pour les jeunes en situation de vulnérabilité, les attentes sociales et familiales accentuent davantage la pression et les poussent à devenir autonomes très rapidement. « Quand je parle de passage précipité à la vie d’adulte, je parle de ces jeunes qui se retrouvent dans des situations où ils n’ont pas le choix de devenir adultes ou de prendre leurs responsabilités d’adultes », explique-t-elle.
Dans l’étude qu’elle mène actuellement, plusieurs jeunes indiquent avoir eu des responsabilités d’adultes dès 14 ans, d’autres dès 10 ans.
Du côté du Carrefour jeunesse-emploi, le directeur général, Bernard Belley, abonde dans le même sens, mais privilégie clairement les études. « Si on peut attendre d’entrer sur le marché du travail et se concentrer sur les études, c’est là qu’on voit que c’est le plus gagnant », suggère-t-il.
L’organisme accompagne tout le monde vers le travail, mais encourage fortement la diplomation avant.

Le Québec compte actuellement 111 Carrefours jeunesse-emploi (CJE) répartis dans chacune de ses régions.(Photo: Zachary Rivard)
Deux modèles, deux trajectoires différentes
Le chercheur américain Jeffrey Arnett a montré que, dans les années 2000, plusieurs jeunes vivent une entrée plus graduelle dans la vie adulte, contrairement aux années 1990 où le mariage et les enfants arrivaient plus tôt.
Une étude menée par la sociologue Cécile Van de Velde en 2008 illustre bien cette diversité. Au Danemark, par exemple, les jeunes quittent le foyer assez tôt, mais disposent d’une certaine liberté, alternant entre études et travail, sans subir une pression trop forte.
À l’inverse, en France, le départ se fait vers le début de la vingtaine, mais s’accompagne d’une forte pression sociale avant l’insertion sur le marché du travail.
Derrière l’indépendance, l’illusion
La professeure en travail social à l’UQAC rappelle aussi que l’indépendance totale n’existe pas, car nous sommes tous « interdépendants ». Elle met l’accent sur l’importance du soutien moral dans cette étape cruciale vers la vie adulte. « Souvent, on oublie de mettre autour de ces jeunes des personnes pour combler les aspects pour lesquels ils sont le moins outillés. »

Selon l’Institut de la statistique du Québec, la proportion d’élèves du secondaire disposant d’un soutien social élevé a diminué, passant de 63 % à 53 % entre 2016 et 2023. (Photo : Marylène Bouanga)
À Saguenay, le Carrefour jeunesse-emploi offre bien plus qu’une insertion socioprofessionnelle. Il accompagne aussi les jeunes dans leur autonomisation personnelle et scolaire. Bernard Belley décrit cela comme une « porte d’entrée » pour les jeunes afin de les aider à développer leur « plein potentiel ».
L’accompagnement est personnalisé, gratuit et accessible à tous, avec un suivi qui peut aller jusqu’à deux ans selon la situation de chaque jeune.
Cette transition vers l’indépendance varie en fonction de chacun et du contexte qui l’entoure. Si cette transition est volontaire, cela peut devenir positif. À l’inverse, être poussé à payer des factures vient accentuer davantage le stress chez l’adolescent.






