mercredi , 19 juin 2019
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Moule Robert ou l'Éducation comique

Du théâtre brut et vrai

C’est une oeuvre transcendante que le théâtre La Rubrique a présentée en grande première mercredi soir à la salle Pierrette-Gaudreault. La pièce «Moule Robert ou l’Éducation comique» est simple et sans artifice, mais elle n’en est pas moins éblouissante.

Il n’y a aucun décor et aucun costume. Les techniciens sont bien visibles sur scène. Le public a accès à tout. Ces choix du metteur en scène Christian Fortin s’avèrent judicieux. Ils reflètent en effet le texte original de Martin Bellemare qui sort de l’ordinaire. Il n’y a aucune ponctuation, aucune scène et la structure est loin de celle du théâtre traditionnel. Les didascalies, les indications quant à la mise en scène, font partie intégrante du texte et de la pièce. Elles sont d’ailleurs récitées par un choeur composé de comédiens, qui sont tous originaires de la région, ce qui ajoute à la qualité de ce travail d’exception.

Un personnage digne de Kafka

C’est l’histoire de Robert Moule, un homme ordinaire qui travaille dans un service de garde. Tellement ordinaire que celui qui l’incarne, Bruno Paradis, l’a qualifié de «un peu beige» en entrevue à TVDL DERY.

Un jour, impatient, il saisit une fillette du service de garde par le bras et il se retrouve faussement accusé d’agression sexuelle. Sa vie bascule et, dans une déchéance intérieure, il prend conscience de l’absurdité de sa réalité. Le spectateur le suit dans sa révolte intrinsèque, où il a, une fois de plus, accès à tout.

Le rejet que Robert Moule subit par la suite n’est pas sans rappeler Le Procès de Franz Kafka. Tout comme le personnage de Joseph K., il est un prisonnier du système sans réel libre-arbitre. Ainsi, la pièce peut paraitre elle-même comme une certaine référence alors qu’elle regorge de références à plusieurs personnages historiques. Napoléon Bonaparte, Pablo Escobar et Ayn Rand occupent, tour à tour, la scène.

«L’autorité ça me fait chier»

C’est ce que Robert Moule hurle en pleine crise. La pièce présente effectivement un rapport intéressant à l’autorité qui est symbolisé par le personnage de Robert Goule, l’alter-ego du protagoniste. Si Robert Moule est beige, Robert Goule, lui, est d’un rouge sanglant. C’est un personnage, brillamment campé par Patrice Leblanc, qui incarne le vice du capitalisme contemporain. Toutefois, ensemble, ces personnages aux antipodes offrent un duel fort intéressant entre oppresseur et opprimé.

Dans un esprit purement post-moderne, la finale laisse le spectateur sur sa faim. L’entièreté du travail est une critique mais aucune solution n’est proposée. Elle donne toutefois la chance de commencer soi-même une introspection.

Le Théâtre La Rubrique présentera «Moule Robert ou l’Éducation comique» jusqu’au 21 octobre au rythme de quatre représentations par semaine, du mercredi au samedi.

À propos de Gabrielle Paul

Gabrielle Paul est native de la communauté ilnu de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean. En grandissant, elle a toujours baigné dans les communications, multipliant les animations et les rédactions. Elle occupe maintenant un poste d’agente en communication à Pekukamiulnuatsh Takuhikan, le conseil de bande de Mashteuiatsh. Fière de ses origines, elle étudie en journalisme dans l’espoir de mieux faire connaître les réalités autochtones en offrant un regard empreint de vérité sur la situation. Elle est une grande passionnée aux champs d’intérêts multiples, passant par les mouvements idéologiques, les philosophies audacieuses de Camus et de Schopenhauer et la littérature anglaise du XIXe siècle. Elle aspire à faire des études universitaires en science politique et à devenir polyglotte.

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