Consanguinité Saguenay-Lac-St-Jean | Tous frères et sœurs?

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Est-ce qu’il y a davantage de consanguinité en région qu’ailleurs au Québec? Non, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent. Toutefois, il est vrai que certaines maladies héréditaires prévalent au Saguenay-Lac-St-Jean, mais elles n’auraient aucun lien avec la consanguinité. L’effet fondateur d’une région expliquerait ce phénomène.

Charlotte Côté-Hamel

charlottech62@gmail.com

Une étude d’Hélène Vézina, Marc Tremblay et Louis Houde, du groupe de recherche inter-disciplinaire en démographie et épidémiologie génétique à l’UQAC, a permis de mesurer la consanguinité au sein de la population du Saguenay-Lac-St-Jean et de la comparer au reste du territoire québécois. «Pour chaque région du Québec nous avons pris 100 personnes et nous avons reconstitué leur généalogie et calculé le coefficient de consanguinité moyen des familles. La plus basse valeur obtenue en terme de consanguinité rapprochée (à la génération 5 ou avant) était au Saguenay-Lac-St-Jean (voir graphique)», ajoute Mme Vézina.

«Comme il y a moins de diversité génétique dans la population régionale, les conjoints originaires de la région sont plus à risque d’être porteurs d’un gène défectueux. Ce n’est pas parce que c’est un mariage consanguin pour autant, c’est plutôt lié à l’effet fondateur», explique la professionnelle scientifique de la Corporation de recherche et d’action sur les maladies héréditaires (CORAMH), Annie Chamberland. L’effet fondateur est une théorie qui veut que l’homogénéité d’une population l’affaiblisse et que des gènes défectueux se transmettent ainsi de génération en génération.

La différence entre maladies héréditaires et consanguinité peut être difficile à cerner, mais bien qu’il y ait des maladies propres à chaque région, elles proviennent des gènes et non d’une union entre proches parents. «Beaucoup de gens pensent encore qu’il y a plus de maladies héréditaires au Saguenay-Lac-St-Jean alors que ça n’a jamais été démontré. Des maladies héréditaires, il y en dans toutes les populations du monde et le profil particulier qu’on retrouve au Saguenay-Lac-St-Jean est aussi présent, jusqu’à un certain point, ailleurs au Québec et partout dans le monde», mentionne Mme Chamberland.

Origine du préjugé

Malgré les études effectuées entre autres par l’UQAC avec le projet BALSAC, le mythe perdure. Mais d’où provient-il? Il s’expliquerait, selon la directrice du projet, Hélène Vézina, par trois principales raisons. Les gens seraient convaincus que la grande popularité du nom de famille Tremblay par exemple, démontrerait que la population du Saguenay-Lac-St-Jean descend des mêmes familles, alors que c’est complètement faux.

Le mythe de la forte consanguinité au Saguenay-Lac-St-Jean persiste malgré les études, tel le projet BALSAC, qui le démentit. Photo Charlotte Côté-Hamel

«Également, l’éloignement en région leur fait croire que nous nous marions seulement entre nous et que la forte natalité d’autrefois accroit le risque de se marier avec quelqu’un de la même famille. Tout est faux. Il a été prouvé que cet isolement et ce manque de diversité génétique expliquerait plutôt les causes de maladies héréditaires. La consanguinité n’a rien à voir là-dedans», souligne la directrice du projet BALSAC, Hélène Vézina.

Le combat contre ce genre de préjugé ne semble pas terminé pour autant. «C’est un mythe qu’il faut à tout prix défaire, et pas seulement dans la région, mais partout au Québec. Les mariages consanguins n’ont jamais été encouragés par l’église et donc il était très difficile d’y parvenir», affirme Hélène Vézina.

 

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