Employeur, employeur, dis-moi qui est la plus belle! 

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Photo : Arianne Béland

Laurie Bray Pratte, étudiante en communication n’occupera pas le poste qu’elle convoitait. «Tu ne corresponds pas aux critères physiques d’une placière. T’sais cela… (en désignant son corps de la main) Ça ne marche pas…» C’est la raison qui lui a été donnée par un employeur.

En s’intéressant à l’impact de l’apparence physique d’une personne dans le cadre professionnel, et ce de tous sexes, trois jeunes filles ont répondu à notre appel pour nous faire part de l’histoire qu’elles ont vécue. Ce qui n’exclut aucunement que les hommes puissent tout autant être victime de leur image.

D’ailleurs, selon le sondage CROP-La Presse effectué en 2014, 31% des hommes et 29% des femmes québécois(es) estiment que leur apparence les a aidés sur le marché du travail et de façon personnelle.  

Voici donc deux histoires qui nous ont été racontées…

Du mascara sur les yeux, les cheveux ramenés en arrière, vêtue d’une robe soleil et d’une veste, Laurie s’était rendue à une entrevue d’embauche.

«J’avais appliqué en ligne  comme placière pour l’amphithéâtre Cogeco. On m’a répondu très vite. Ils m’ont demandé de leur envoyer une photo, chose que j’ai faite, s’est rappelée Laurie. Ils étaient ensuite très pressés de me rencontrer pour une entrevue et m’ont dit que j’avais un très beau CV»

La dynamique a toutefois changé une fois arrivée dans le bureau de l’établissement de Trois-Rivières. «Je voyais qu’ils me regardaient beaucoup, entre autres le décolleté et le visage. Ça m’avait rendue un peu inconfortable. Ils ont platement dit “Ah ok…”» C’est par la suite qu’ils lui ont avoué qu’elle ne correspondait pas ce qu’ils recherchaient physiquement pour l’emploi. Néanmoins, intéressés par son dynamisme, ils lui ont offert le poste d’agent de rue. Un peu sous le choc, elle a tout de même accepté. «J’ai vu les placières et c’est le stéréotype de grandes blondes avec de faux cils et plus fournies que moi au niveau de la poitrine. Les filles parfaites du secondaire, elles étaient toutes du même genre», dévoile Laurie.

Néanmoins, ce genre de situation peut également être inversée et avantager une personne en quête d’un nouvel emploi. «J’ai été recommandée par un ami du gérant d’un restaurant puisque je cherchais un emploi en cuisine, explique la jeune femme de 20 ans Mathilde Boulanger. Le gérant l’a appelée pour lui demander si j’avais de gros seins. J’ai été engagée et je commençais le lendemain sans avoir donné de CV ni eu de rencontre.»

Une situation étudiée

«Une personne avec une belle apparence physique va être avantagée, ou du moins évaluée plus positivement sur des critères qui ne sont pas du tout corrélés, soulève le psychologue du travail François Courcy. Les personnes qui sont désavantagées, du moins qui n’ont pas une beauté moyenne, c’est comme s’ils avaient un handicap à surmonter, car ça peut créer un stéréotype dans leur entourage.»

Une étude américaine de Research in social Stratification and Mobility, effectuée en 2016 sur 14 000 individus conclut que les personnes considérées comme attirantes gagnent 20% plus d’argent que les individus dont la physionomie est moins intéressante. 

«J’ai de l’entregent. J’ai le contact humain. Je ne vois pas en quoi mon physique m’empêcherait de donner un bon service»,  déplore Laurie. «Quelqu’un peut avoir de très bonnes compétences et connaissances sans nécessairement avoir un physique parfait, soulève également Mathilde. Par contre, l’apparence physique peut parfois aider à se faire une idée à quel genre de personne on va avoir à faire. 

Un problème à grande échelle

Ce genre d’évènement ne s’arrête pas qu’aux chercheurs d’emploi. Selon un article d’Urbania publié en 2020, les professeurs ont tendance à préférer les élèves plus beaux. Certains iraient même jusqu’à être plus cléments quant à la note de passage pour les élèves qu’ils jugent les plus mignons. Les belles personnes sont donc déjà avantagées dès leur plus jeune âge.

Par contre, selon le même article, ce phénomène est souvent inconscient puisqu’il est contrôlé par l’émotion que génère cette beauté. Il faut ensuite savoir comment bien gérer cette émotion afin qu’elle ne nuise pas aux gens qui ont une «beauté moyenne».

«Je suis toujours surpris de voir la réaction des gens face à quelqu’un de beau à l’extérieur. Nous sommes toujours subjugués, ça a un effet mythique», indique François Courcy.

Ce tableau tiré de la mythologie gréco-romaine, fait référence à cette beauté mythique que l’on associait à ces déesses.

Des pistes de solutions?

«Ça m’a fait de la peine de me faire refuser un emploi parce que “Je ne suis pas assez belle?”», témoigne Laurie. Bien que sa confiance en ait pris un coup, elle est aujourd’hui fière et ne s’arrête pas à cet évènement. 

«Il y a des gens qui sont charismatiques sans nécessairement avoir une belle apparence physique. Quelqu’un qui sourit bien, qui est articulé, qui exprime bien ses idées, ça captive les gens et ça va compenser pour son apparence physique»,  relève M. Courcy.

Afin de ne pas être influencées, certaines entreprises adoptent des solutions. Une boutique de vêtements du groupe Dynamite/Garage fait passer deux tests de personnalité à un futur employé avant de le rencontrer. L’Orchestre Symphonique fait quant à lui passer des auditions à l’aveugle, dans le même principe que l’émission La Voix. Les musiciens jouent leurs pièces derrière un rideau noir afin que l’apparence ne vienne pas jouer dans la décision.

Peut-être est-ce là une première piste de solution pour ne pas se laisser influencer par ce que l’on voit? Après tout, peut-être qu’au-delà de l’image, de belles surprises se cachent?

 

tableau: La Naissance de Vénus (Botticelli) source: wikimédias commons

 

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