Improviser en temps de COVID-19

Depuis l’arrivée de la COVID-19, le mot d’ordre est de s’adapter. Les ligues d’improvisation ne font d’ailleurs pas exception à la règle. Celles de la région redoublent d’inventivité pour continuer à pouvoir s’exercer et partager avec leur public de manière virtuelle.

Même si les salles de spectacle sont ouvertes depuis le 26 février, les ligues d’improvisation étudiantes ne pourront pas reprendre leurs activités en salle, car elles sont considérées comme un loisir.
Photo : Solveig Beaupuy

« L’impro, c’est un art qui a besoin d’avoir un public sur place, sinon c’est juste du mauvais théâtre », raconte le directeur artistique et formateur de l’Imprévu Improvisation à Chicoutimi, Christian L’Italien. Si la ligue a fait le choix de ne pas faire de représentations en ligne depuis le passage en zone rouge du Saguenay-Lac-Saint-Jean, elle ne tourne pas complètement le dos au virtuel. « Il était important pour nous de rester actifs », admet Christian L’Italien. Sur Facebook, l’Imprévu Improvisation a trouvé une autre façon de faire de l’improvisation, sans faire de match, grâce au balado.

Avec à leur actif une capsule de 35 minutes, qui totalise près de 400 écoutes, la ligue semble avoir trouvé un concept novateur avec ses entrevues imprévues. Sept autres capsules sont d’ailleurs déjà enregistrées et attendent d’être mises en ligne. La formule est simple : des invités venus du monde de l’improvisation font une mini-biographie d’eux, avec des parties mensongères. « Peut-être qu’à cause de ça, certains croiront vraiment que Marie-Ève Bouchard a séché les cours pour aller faire du tricot », plaisante le directeur artistique. « On fait aussi des cours en ligne sur les personnages, sur l’importance de l’écoute, et même un séminaire sur l’arbitrage de parties », explique Christian L’Italien.
Le mode en ligne, pas assez rassembleur ?

Certaines ligues ont fait le choix de ne pas du tout se tourner vers des entraînements, des matchs ou des activités en ligne comme la Ligue d’improvisation étudiante de Jonquière (LIEJ). « On trouvait que ça enlevait l’esprit de spectacle pour le public et en tant que joueurs, tout le côté physique de l’improvisation est laissé de côté », lance le président de la LIEJ, Joshua Drouin. « Ça me fait un pincement au cœur. L’impro, pour plusieurs, c’est l’occasion de se laisser aller le mardi soir, de décrocher et juste d’avoir du plaisir. On a perdu ça malheureusement », confie-t-il.
Les difficultés et la dénaturation de l’improvisation ont convaincu la LIEJ de ne pas se lancer dans un format en ligne. « Faire de l’impro en ligne ce n’était pas vraiment envisageable pour nous puisqu’on n’aurait pas pu exploiter notre plein potentiel », explique Joshua Drouin, tout en précisant que la beauté de l’improvisation se trouve aussi dans les gestes subtils des joueurs. « C’est difficile de créer un événement rassembleur avec le format en ligne », conclut-il.

Improviser en virtuel, pas si impossible

Contrairement à l’Imprévu Improvisation et à la LIEJ, les Trafikants du Cégep de Chicoutimi ont opté pour une adaptation en ligne de leurs entraînements et de leurs matchs, et ils ne le regrettent pas. « Les étudiants se sont vraiment adaptés, même surpassés », s’exclame la conseillère à la vie étudiante au Cégep de Chicoutimi, Kathy Lapointe. « La formule peut potentiellement rester après la pandémie », confie-t-elle.

Le concept rassemble près d’une cinquantaine de personnes chaque fois. Un lien est partagé sur les pages Facebook du Cégep de Chicoutimi et des Trafikants, et tout le monde peut y participer, à condition d’avoir son micro et sa caméra fermés afin de laisser la place au jeu. « Notre coach, Marc Guiol, a développé le jeu avec la caméra. Les étudiants ne vont pas jouer seulement assis, ils vont bouger, explique Kathy Lapointe, par exemple, ils devront improviser sur un extrait de film sans bande sonore. »

La ligue d’impro du Cégep de Chicoutimi a aussi su renouveler les bases de l’improvisation pour les marier avec la formule en ligne. La partie se compose de deux périodes, et le public vote à la fin de chacune des périodes, plutôt qu’après chaque jeu. Le temps de caucus se trouve également allongé, et se fait à part, dans des chambres Zoom. « Les matchs durent 1h15, parce que je pense qu’après, on a atteint la limite de concentration de tout le monde et ça peut devenir lourd », indique la conseillère à la vie étudiante.

L’équipe des Trafikants affrontera une équipe d’impro venue de la région Nouvelle-Aquitaine, prés de Bordeaux, lors d’un match international virtuel prévu le 7 avril.
Photo : courtoisie

À propos de Solveig Beaupuy

Solveig Beaupuy
Originaire de France, Solveig est une bretonne pure souche de 25 ans. Si vous lui demandez où se trouve le Mont Saint-Michel, elle vous répondra : « En Bretagne », question de fierté. Après quatre ans d’études en Lettres à l’université, elle s’est dit qu’elle n’en avait pas assez, et a voulu ajouter trois années de plus en ATM. Frileuse face au froid, mais déterminée à devenir journaliste, elle est venue s’établir au Québec et compte bien y rester. Ce ne sont pas les températures extrêmes qui la feront partir, le mauvais temps, elle connaît. Véritable artisane du verbe et amatrice de poésie, son péché mignon, c’est manier les mots, les structures de phrases et les synonymes. Sportive à temps partiel, débrouillarde, têtue et avec un sacré caractère, Solveig a toujours su montrer sa ténacité en travaillant pendant ses études. Forte d’une expérience de plusieurs mois dans le journal de sa ville, elle sait ce qu’elle veut, et ce qu’elle ne veut pas, mais toujours en se remettant en question quand il le faut. Apprendre et découvrir sont ces crédos. Aventurière dans l’âme, elle aime repousser ses limites et voyager.

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