Insécurité alimentaire : « Les pauvres ont changé de visage »

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À l’âge de 29 ans, Jean-Marie Bluteau étudie à temps plein, travaille près de 35 heures par semaine et a un jeune garçon.  Même s’il a un emploi, il ressent une grande insécurité alimentaire et financière.  Selon lui, les options existantes pour contrer ce problème ne sont pas adaptées aux gens dans sa situation.

 

 

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Jean-Marie a fait un retour aux études pour améliorer son sort, mais conjugue difficilement le manque de temps pour travailler et le manque d’argent. (Photo : Noémie Lacoste)

 

Ayant plusieurs dépenses majeures, telles qu’un loyer, de l’essence et une pension alimentaire pour son garçon, il doit travailler le plus possible afin de subvenir à ses besoins.  Le fait d’étudier à temps plein gruge toutefois une bonne partie de son temps, et les prix des épiceries ne lui font pas de cadeaux.  Constamment, il doit faire des choix.

« On dit que c’est important de bien manger, de prendre soin de soi, mais quand tu as la chance de manger de la viande hachée à 12 $ et que tu peux manger des hamburgers toute la semaine, tu ne fais pas ta gueule fine et tu prends le paquet de viande hachée », souffle-t-il.

Que ce soit devoir se priver du jambon « pas assez en spécial » ou inventer des excuses à ses amis pour refuser les sorties payantes, il trouve difficile de conjuguer avec cette réalité.  Au bout de la ligne, les sucreries, sorties, restaurants ou toute dépenses non-essentielles ne sont même pas imaginables dans sa situation.

« La pauvreté a changé de visage.  Les pauvres, on ne les voit plus accotés sur le bord d’un bâtiment avec une bouteille d’alcool et un vieux chien sale.  Maintenant, les pires sont ceux qui manquent tellement d’argent qu’ils en doivent.  L’homme qui ramasse les cannettes dans la rue, il est plus riche que moi, parce que même s’il possède moins, il ne doit rien », image-t-il.

Bien que les établissements scolaires entendent le cri du cœur des étudiants en apportant des mesures telles que des paniers-cadeaux d’épicerie ou un frigo commun, Jean-Marie Bluteau considère que ces options ne sont pas adaptées pour des gens vivant une réelle insécurité.

« J’ai l’impression que c’est comme un jeu.  La cuisine collective, par exemple, ça va être des gens qui commentent ‘’moi!’’ sous leur page Facebook pour participer au concours et on dirait que leur plaisir, c’est de voir si tu vas être pris ou non.  Moi, dans ce temps-là, j’aime mieux les laisser jouer et travailler », déplore-t-il.

Il avoue cependant qu’il y a une question de fierté dans son refus de participer aux initiatives étudiantes.  La cuisine collective du Cégep de Jonquière, quant à elle, implique une centaine d’étudiants intéressés à recevoir un panier-cadeau chaque semaine, pour une offre d’une vingtaine de repas.

« On reçoit vraiment beaucoup de demandes de panier-repas, et c’est comme ça que je vois qu’il y a de l’insécurité alimentaire à l’école.  On est pour la plupart au début de notre vie d’adulte, et ce n’est pas toujours facile de gérer l’épicerie avec nos économies.  Le besoin est présent, alors je pense que la cuisine collective c’est une belle alternative », affirme l’une des organisatrices du projet, Romy Sasseville.

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