Saguenay : une plaque tournante pour les proxénètes

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Le Saguenay agit comme un « pont » entre les grands centres, comme Montréal ou  Québec et la Côte-Nord en matière d’exploitation sexuelle. Le « drive-in drive-out » est une forme de proxénétisme propre à la région qui rend la tâche difficile pour les intervenants des centres d’aide et les policiers.

Maude Dessureault-Pelletier s’est dit très heureuse de la somme reçue du gouvernement. (Photo: courtoisie)

« Les femmes arrivent des grands centres et passent quelques jours dans les Airbnb ou un hôtel pour offrir des services sexuels accompagnées ou pas de leur proxénète. Elles vont être de passage de 24 à 48 heures pour voir le maximum de client puis elles vont repartir », explique l’intervenante sociale et chargée de projet en exploitation sexuelle au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) Saguenay, Maude Dessureault-Pelletier. Elles n’ont pas de réseau et elles sont complètement isolées pour la plupart. L’accès aux services d’aide est donc plus complexe pour elles.

D’après l’intervenante, il existe plusieurs autres types d’exploitation sexuelle qui divergent de ceux qui se trouvent dans les grandes métropoles. Parmi les formes de prostitution, il y a celle de survie où les femmes effectuent des services dans le but de se loger, se nourrir et de se vêtir.

Dans les secteurs légaux, on peut également retrouver du proxénétisme, notamment dans les bars de danseuses nues ou encore dans les salons de massages. Il est plus difficile pour les policiers d’intervenir dans ce genre de situation puisqu’il s’agit « d’une pratique légale de danser nue », précise une policière à l’unité de prévention et des communications pour la Ville de Saguenay, Andréanne Nolin.

Le proxénétisme se transmet aussi à travers les réseaux sociaux qui permettent aux recruteurs d’aller chercher des jeunes en région, même en étant basés ailleurs. « Les jeunes mettent leurs intérêts et leurs goûts sur leurs médias sociaux, donc c’est facile après de faire un profil et de les mettre en confiance », dénonce Andréanne Nolin.

 

« On est conscient qu’il y a de la prostitution »

Il est difficile pour les policiers d’intervenir en matière d’exploitation sexuelle, puisque la dénonciation se fait rare. C’est plutôt par le biais d’autres infractions que des dossiers pourront être initiés, voie de fait ou séquestration, donne en exemple Andréanne Nolin.

Andréanne Nolin donne des formations aux corps policiers en collaboration avec des organismes tels que le CALACS. (Photo: Ariane Emond)

« Les enquêteurs au poste de police vont initier le dossier, mais quand il s’agit d’un réseau, ces dossiers-là vont être pris en charge par des escouades spécialisées de la Sûreté du Québec », révèle la policière. « Nous notre rôle c’est d’assurer la sécurité du public », ajoute-t-elle. Les policiers travaillent collaboration avec le CALACS pour aider les victimes d’exploitation sexuelle. Des formations sont notamment offertes aux policiers et des activités de prévention dans les écoles de la région sont également au programme.

 

Soutien financier

Les CALACS de la région pourront offrir plus de services et de ressources aux victimes d’exploitation sexuelle. Le ministère de la Sécurité publique a annoncé récemment qu’il fournira une aide financière de 226 544$ qui sera divisé entre les CALACS du Saguenay et le Service de Travail de rue de Chicoutimi.

L’équipe de 12 intervenantes pourra offrir des activités de prévention et de sensibilisation aux jeunes et aux intervenants plus à risque, notamment dans les centres jeunesse. « Le financement vient vraiment changer les choses pour nous parce qu’on peut enfin inscrire ces activités-là dans la mission du CALACS, plutôt que de se demander si on va être capable de poursuivre les services à moyen et long terme », raconte Mme Dessureault-Pelletier.

Si vous ou un proche vivez une situation de violence sexuelle, composez le 1 888 933 9007 Info-aide violence sexuelle.

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