« S’il n’y a pas de francisation, je n’aurais pas pu connaitre mes chers amis et mes extraordinaires enseignants. »

Les cours de francisation du Centre de services scolaire De La Jonquière ont pris fin le 8 novembre. (Crédit photo: Gabriel Bayard)
La suspension des cours de francisation signifie la perte d’un milieu de vie pour plusieurs nouveaux immigrants. Ces cours étaient un outil important pour l’intégration à la culture québécoise selon le collectif des femmes immigrantes du Saguenay-Lac-Saint-Jean et les enseignants étaient des figures de support et de soutien fort utiles pour ces élèves.
Gabriel Bayard
Les cours de francisation ont été suspendus à cause du manque de financement du gouvernement provincial. Pour plusieurs élèves, ce n’est pas la première année qu’ils suivent cette formation et ils se retrouvent malgré tout sans support pour la suite de leurs parcours.
Amélie Gourde, responsable des communications au Centre de services scolaire (CSS) De La Jonquière explique qu’ils seront redirigés vers d’autres ressources : « Il y en a certains qui étaient là depuis plusieurs années et c’est sûr que ça crée beaucoup d’incertitude pour la suite, donc on les accompagne là-dedans et on les envoie vers le MIFI [ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration] ».
Ces suspensions de cours arrivent alors que le MIFI demande toujours des résultats exemplaires aux différents tests de français pour pouvoir immigrer de façon permanente au Québec. Selon les chiffres provenant du ministère, le nombre de groupe à temps partiel a augmenté de plus de 400 et ceux à temps plein de près de 100 depuis le printemps 2023.
Des réactions émotionnelles
Les personnes qui vivent de plus près les impacts de cette suspension sont les élèves qui comptaient sur les enseignants et le personnel de soutien pour bien s’intégrer au Québec. Voici plusieurs témoignages d’élèves des CSS de la région à la suite de l’annonce de l’arrêt des cours de francisation :
« Je pensais que j’ai commencé à réaliser mon rêve, mais tout commence à tomber en morceaux. »
- Rosa (nom fictif)
« J’ai l’impression de perdre une partie importante de ma vie, car je ne veux pas arrêter l’école. »
- Josué (nom fictif)
« La première année [au Québec], j’avais très peur. Je ne connaissais pas le français et je ne pouvais pas parler avec les gens[…]C’était un grand stress pour moi. Les cours de francisation ont beaucoup aidé. »
- Ricardo (nom fictif)
« Les cours de francisation nous permettent non seulement d’apprendre la langue, mais aussi de nous développer dans la vie quotidienne. »
- Luana (nom fictif)
« S’il y n’avait pas de francisation, je ne pourrais pas m’intégrer dans la société québécoise. »
- Yoakim (nom fictif)
« Le Québec est mon rêve depuis que j’ai 15 ans et je me suis fait beaucoup d’amis [aux cours de francisation], mais Québec s’éloigne de plus en plus de moi. »
- Clara (nom fictif)
« Les cours de francisation pour moi c’est un moyen de faciliter l’intégration parce que grâce à l’école j’ai pu beaucoup d’informations et des conseils. »
- Felip (nom fictif)
Un collectif qui s’exprime

(Karla Cynthia Garcia Martinez est présidente du Collectif des femmes immigrantes du Saguenay–Lac-Saint-Jean depuis 2020. Crédit Gabriel Bayard)
Pour la professeure de littérature et présidente du collectif des femmes immigrantes du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Karla Cynthia Garcia Martinez, l’arrêt des cours est une grande perte : « Les cours de francisation, c’est un milieu de vie pour plusieurs femmes qui viennent d’arriver. C’est une partie importante du quotidien de beaucoup de personnes qui vient de partir ».
Selon elle, le gouvernement caquiste ne fait pas assez d’efforts pour soutenir ses programmes de francisation : « On a l’impression de s’être fait tourner le dos ». En réaction à cet évènement, le collectif a décidé de s’adresser directement au ministère de l’Éducation dans une lettre exprimant leur surprise et leur désarroi.
Les cours de français c’est un repère pour plusieurs nouveaux arrivants, mais aussi une porte d’entrée vers le Québec pour plusieurs personnes qui veulent immigrer, explique Karla Cynthia Garcia Martinez. Les cours à temps plein représentent un investissement de 30 heures par semaines pour 10 semaines par session et peuvent s’étendre sur plusieurs années selon les besoins de l’élève.






