La conversion politique totale : comment est-ce possible ?

Maxim Mazzanti a participé au Parlement étudiant du Québec cette année. (Photo : courtoisie)
Passer d’un fervent défenseur des principes de la droite à « communiste révolutionnaire » en seulement trois ans. Voilà comment l’opinion politique de Maxim Mazzanti a évolué. Comment est-il possible de modifier son idéologie politique personnelle aussi rapidement ? Trois experts tentent de répondre à la question.
Celui qui veut aujourd’hui combattre le colonialisme n’a pas toujours eu ce mode de pensée. « J’avais ce fatalisme de dire que c’est la réalité. Le plus gros domine le plus faible », se rappelle le jeune étudiant français de 21 ans. Celui-ci défendait les tendances du colonialisme à travers le monde et approuvait les principes de la méritocratie, un « système dans lequel le mérite détermine la hiérarchie », selon le dictionnaire Larousse.
Questionné à ce sujet, le doctorant en science politique Philippe Chassé à l’Université de Montréal s’étonne de ce changement. « Maxim n’est pas nécessairement dans la norme. Et c’est d’autant plus rare que des gens qui sont à droite aillent vers la gauche. C’est plus fréquent dans l’autre sens », constate le doctorant spécialisé en comportement électoral.
Tout comme M. Mazzanti, l’ex-premier ministre du Canada Pierre Elliott Trudeau a également évolué pendant sa jeunesse de la droite à la gauche sur l’échiquier politique. D’après sa biographie écrite par John English, Trudeau père était antisémite et admirait certains penseurs fascistes. Pourtant, deux événements majeurs sont venus chambouler ses opinions : la Deuxième Guerre mondiale et le régime de Maurice Duplessis.

Pierre Turcotte est responsable du Club politique au Cégep de Jonquière. (Photo : Alexis Gauthier-Gagné)
C’est ce qui pourrait relier Pierre Elliott Trudeau et Maxim Mazzanti, selon le professeur en science politique du Cégep de Jonquière, Pierre Turcotte. « Selon moi, il y a une chose qui va amener cette transition-là. Ça va être un événement fondateur. Il faut qu’il y ait un choc quelque part. »
Dans le cas de Maxim Manzatti, le choc s’est produit lorsqu’il a quitté la France à 18 ans pour venir étudier en gestion de commerce au Cégep de Jonquière. En arrivant, il a fait la rencontre d’un finissant en journalisme, de centre gauche. « Même si je consommais du contenu d’extrême droite, j’ai toujours été dans le débat. Et du coup, tous les soirs, on discutait, se remémore-t-il. Tous les soirs, il me montrait des trucs et petit à petit, je me suis rendu compte qu’il n’avait pas tort. »
D’après lui, la solution pour sortir de sa chambre d’écho, c’est de dialoguer « avec les gens qui n’ont pas le même point de vue et d’essayer de comprendre ».
Le professeur en journalisme spécialisé dans les réseaux sociaux Patrick White considère que les algorithmes influencent les utilisateurs, mais ne sont pas des machines de radicalisation. « Je ne pense pas que les réseaux sociaux convertissent vraiment les gens, mais ça peut accélérer des évolutions de pensée qui sont déjà commencées. »
Pourquoi les extrêmes ?
Selon Philippe Chassé, ce qui attire les gens vers des idéologies plus extrêmes, c’est l’absence de compromis et d’une ligne directrice claire. « Le monde politique est assez compliqué. Souvent, ça va demander de faire des compromis. C’est vrai que les gens qui sont dans des positions à l’extrême sont moins à l’aise avec ça, généralement. »
Selon une étude du Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation parue en 2021, le Québec a subi une montée de l’extrême droite « inquiétante » entre les années 2010 et 2020. La pandémie de la Covid-19 a d’ailleurs été une période charnière, avec la montée du complotisme et du conspirationnisme, toujours selon l’étude.






