Des coupes difficiles à gérer pour le milieu culturel

Dans la foulée de restrictions budgétaires du gouvernement caquiste, les artisans de la culture québécoise sont contraints de se serrer la ceinture et de revoir leur modèle d’affaires.
« J’ai été excessivement étonnée de cette lettre que m’a transmise la sous-ministre de la culture. Personne n’a eu écho qu’il y aurait des modifications à la mesure des dimanches gratuits », affirme d’entrée de jeu la directrice générale du Musée du fjord, Guylaine Simard.
Si elle se dit médusée par ce changement de cap du gouvernement Legault, c’est que l’accès aux musées gratuitement tous les premiers dimanches du mois était, depuis 2018, une norme entre le client et le commerçant; cette convention est dorénavant chose du passé.
« C’est déplorable que cette mesure soit abrogée, puisque ça démocratisait l’accès aux musées à toutes les couches sociales. Pour nous, cette annonce est également très difficile à avaler, puisque c’est une perte de 30 000$ par année. Ce montant, on le remplace comment? Comment allons-nous accroître nos revenus de 30 000 $ ? », affirme Guylaine Simard, inquiète.
Le responsable des communications au musée de la Pulperie de Chicoutimi, Dany Cloutier, corrobore les inquiétudes de Guylaine Simard. « Ce n’est pas une décision qui nous réjouit. Bien que le gouvernement octroie un accès gratuit aux moins de 20 ans, ce n’est pas nécessairement la clientèle qui répond le plus souvent présente. Notre clientèle la plus fidèle est surtout plus âgée. »

Personne n’échappe aux coupes
Le directeur général du Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN), Patrick Kearney, affirme que le milieu festivalier traverse également des temps précaires. « Les festivals, avant de fermer leurs portes, vont réduire leur offre. De façon artificielle, on a l’impression qu’il n’y a pas beaucoup de festivals qui tombent, mais ils abolissent progressivement des postes et réduisent leur offre de scènes », affirme-t-il, en faisant allusion au Festival de la chanson Tadoussac, qui tiendra pour une première fois en 40 ans d’histoire une campagne de sociofinancement.
Même si elle sent la tempête approcher, Guylaine Simard veut continuer à offrir une expérience de qualité aux visiteurs. « On doit continuer à offrir des conditions décentes aux professionnels de la culture, puisque ces bonnes conditions sont intrinsèquement liées à un bon service. On fait avec les moyens du bord, mais c’est certain que nous devons continuer à être résilients. »
Les acteurs du milieu culturel consultés en viennent à un consensus : l’importance de préserver l’identité, et de facto, la culture québécoise. « Je comprends que c’est difficile dans différents secteurs économiques, mais la culture occupe un rôle prépondérant en ces temps de crise, puisqu’elle contribue au bien-être de la population », soutient Guylaine Simard.
Un nouveau musée d’État
Le gouvernement du Québec inaugurera un nouveau musée sur l’Histoire nationale du Québec à compter de 2026; les coûts préliminaires de l’implantation de ce musée sont évalués à 92 milliards.

Alors que les différents secteurs culturels peinent à se maintenir à flot, le troisième vice-présent du Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec, Martin Trudel, affirme « mal comprendre l’intention d’implanter un nouveau musée, puisque celui-ci serait un dédoublement de structure par rapport au Musée de la civilisation du Québec. Celui-ci peut traiter de l’histoire du Québec, il l’a même déjà fait par l’entremise d’expositions. »
La CAQ défend son bilan
La Pige a profité du passage du premier ministre, François Legault, dans la région pour le questionner sur ses intentions en matière de culture. « L’éducation, la santé et la culture sont nos priorités, elles le sont depuis six ans. On a augmenté les budgets en culture de 58 %, cette année il y a même une augmentation. Nous demandons aux ministères de respecter les budgets », a-t-il répondu au collègue Félix-Antoine Bétil, en conférence de presse.






