Des cavistes, une alternative au monopole de la SAQ

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Avec la fermeture de la succursale de la rue Racine, les résidents de Chicoutimi se tourneront majoritairement vers celle du boulevard Talbot. Photo : Louis Thuet

 

Entre la fermeture de la succursale de la rue Racine et les choix de consommation imposés aux clients, la SAQ fait grincer des dents à Saguenay. Pour pallier les manquements de la société d’État, le professeur et chercheur en économie locale Frédéric Laurin propose l’instauration de petits commerces sous le modèle des cavistes.   

Fin janvier, la Société des alcools du Québec (SAQ) a annoncé que sa succursale située sur la rue Racine à Chicoutimi allait cesser ses activités au mois d’avril prochain. La conseillère municipale Mireille Jean s’inquiète des retombées économiques de cette décision : « En tant que monopole, la SAQ se doit d’offrir un service à la population {…} L’alcool est un produit d’appel, ce qui est très important pour un centre-ville. {…} Lorsque le gouvernement décide de fermer la succursale, il décide de faire du mal aux commerces alentour. »

Quels substituts envisageables ?

Bien qu’il puisse se montrer critique envers la SAQ, Frédéric Laurin l’assure, il n’est pas favorable à son démantèlement. Le professeur à l’université du Québec à Trois-Rivières propose plutôt une alternative : l’instauration de boutiques sous le modèle des cavistes. L’idée serait de proposer à un public de connaisseurs une gamme élargie de produits.

« Si on veut aller plus loin que les produits proposés par la SAQ, c’est là que le monopole pose problème. Si on est amateur de whisky ou de vermouth, on est forcément frustré. {…} Je propose donc l’instauration de commerces sous le modèle des cavistes. L’idée serait d’instaurer un accompagnement personnalisé et de nouveaux produits. Et avec des prix de vente ajustés sur ceux de la SAQ, pas de concurrence déloyale », poursuit l’auteur du livre Où sont les vins? Le problème de la distribution des vins et des alcools au Québec.

Frédéric Laurin propose la création d’un projet pilote d’une dizaine de commerces indépendants pour juger de la pertinence de l’idée. « L’instauration d’un caviste au centre-ville de Chicoutimi pourrait donner un bon indicateur de la viabilité du projet », assure-t-il.

Cette idée avantagerait surtout les petits producteurs locaux aujourd’hui marginalisés au sein du géant SAQ. Néanmoins, pas sûr que la société d’État accepte de remettre en cause son monopole. « Au niveau du gouvernement, la SAQ jouit parfois d’une forme d’impunité pour ses pratiques. Certains vont même jusqu’à parler d’omerta », affirme le chercheur.

 

La bière n’est pas concernée par le monopole de la SAQ, ce qui rend possible le commerce immédiat des bières de micro-brasseries. Photo : Louis Thuet

La bière n’est pas concernée par le monopole de la SAQ, ce qui rend possible le commerce immédiat des bières de micro-brasseries. Photo : Louis Thuet

 

Pourquoi encadrer la vente d’alcool ?

L’existence de la Société des alcools du Québec remonte à une centaine d’années. En 1921, à l’heure de la prohibition, le gouvernement provincial décide alors d’encadrer la vente d’alcool au lieu de l’interdire totalement. Selon ses propres informations, la SAQ rapporte en moyenne 1,3 milliard de dollars chaque année au gouvernement en dividendes. Une somme ensuite réinjectée.

Selon Frédéric Laurin, le modèle SAQ se révèle très pertinent par sa présence partout sur le territoire. « Au Québec, on est des amateurs de vins, ce qui fait que la SAQ a dû s’adapter en ayant un choix intéressant pour ce qui constitue une chaîne de boutiques implantée aussi bien dans les villes qu’en région », souligne-t-il.

Cette implantation partout sur le territoire et les sommes importantes qu’elle rapporte rendent la SAQ quasiment intouchable. Mais cela n’empêche pas certains de pointer du doigt les dysfonctionnements de la société d’Etat. « Monopole rime avec responsabilités et devoirs. Quand cela devient une simple vache à lait pour le gouvernement, l’essence même du monopole est remise en question », commente Mireille Jean.

Encore aujourd’hui, la vente d’alcool entre provinces canadiennes est freinée par des règles strictes qui protègent les monopoles provinciaux. Ces restrictions complexifient le commerce d’alcool au Canada. Une situation qui pourrait vite devenir problématique avec l’arrivée des tarifs douaniers promis par Donald Trump.

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