Les Québécois à l’extrême… centre?

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Aucun des cinq partis les plus populaires au Québec, soit Québec Solidaire, le Parti conservateur du Québec, le Parti libéral du Québec, la Coalition Avenir Québec et le Parti Québécois n’est considéré comme étant extrémiste, d’après les universitaires consultés par La Pige. Photo : Félix-Antoine Bétil

Un système électoral uninominal majoritaire, des inégalités somme toute contrôlées, et une immigration avant tout économique, voilà quelques facteurs qui expliqueraient pourquoi les Québécois semblent moins attirés par la montée des extrêmes constatée ailleurs dans le monde. C’est du moins l’avis de quelques universitaires.

Bien que des partis d’extrême droite soient aux portes du pouvoir ou en situation de gouverner dans plusieurs pays, les discours de Donald Trump aux États-Unis, de Marine Le Pen en France ou encore d’Alice Weidel en Allemagne, pour ne nommer que ceux-là, ne résonnent pas, du moins pour l’instant, aux oreilles d’une majorité de Québécois.

« Il ne faut pas associer [la popularité du centrisme au Québec] à une caractéristique fondamentale du Québécois comme étant meilleur », souligne d’emblée le candidat au doctorat en science politique à l’Université de Montréal, Olivier Sabourin.

« Au Québec, techniquement, ce n’est pas le premier ministre qui représente le Québec. Il faut rappeler que François Legault, c’est un député, un collègue des autres députés, donc il n’est pas seulement premier ministre. Il doit maintenir la confiance de la chambre », explique-t-il.

Il ajoute qu’aux États-Unis, par exemple, le système présidentiel en place crée un large clivage quant au choix du président. « Là-bas, le président n’a pas à répondre à la branche législative », précise-t-il.

Tant et aussi longtemps que l’ennemi de notre incertitude (Donald Trump dans le contexte actuel) sera externe à la société québécoise, on ne devrait pas observer une hausse de la polarisation, selon Olivier Sabourin. La Covid-19, par exemple, était un ennemi interne. Photo : Félix-Antoine Bétil.

L’enseignant en science politique à l’Université du Québec à Chicoutimi, Michel Roche, lui, est d’avis que le fort taux de syndicalisation dans la province est à l’origine de la modération politique chez plusieurs Québécois.

« Au Québec, on est à près de 40 pour cent de syndicalisation. Aux États-Unis, c’est autour de 9 pour cent. On peut en arriver à la conclusion que la situation économique et sociale favorise moins les extrêmes ici », note-t-il.

L’immigration au Canada, différente de nombreux pays d’Europe, entre autres, est également un facteur atténuant d’après le chercheur postdoctoral au Dartmouth College, Mathieu Lavigne.

« Le Canada est avantagé par sa situation géographique, ce qui fait en sorte que notre immigration demeure principalement économique. C’est l’un des éléments qui peut aider à freiner la montée de partis ayant des discours plus radicaux sur cet enjeux », laisse-t-il savoir.

 

Le moine ne fait pas l’habit

« Ce n’est pas Adolf Hitler qui explique la montée du nazisme en Allemagne, c’est lui qui était le produit d’une société en crise. C’est la même chose pour Donald Trump. Si ce n’était pas lui, ce serait un autre », estime Michel Roche.

D’après ce qu’observe l’enseignant, la radicalité est causée par un pays en déclin et des classes sociales dépossédées de leurs moyens. Un personnage « à la Donald Trump » au Québec ne serait donc pas, pour le moment, une option considérée comme crédible.

Les 50 % de Québécois les plus pauvres gagnaient 19 fois moins d’argent que le 1 % des Québécois les plus riches en 2019, d’après un portrait des inégalités mené par la Chaire en finances et en fiscalités publiques de l’Université de Sherbrooke. Photo : Félix-Antoine Bétil.

 

Le Québec, loin d’être à l’abri de l’extrémisme

Les trois experts s’entendent pour dire que les médias sociaux jouent un rôle majeur dans la polarisation des discours et que le Québec n’est pas épargné.

« La modification aux algorithmes pour propager du contenu plus idéologique, notamment sur X et Facebook et la diminution de la modération de contenu pourraient contribuer à augmenter l’exposition à du contenu plus extrême », rapporte Mathieu Lavigne.

« Il y a vraiment une tendance depuis les années 1960-1970 vers une diminution de la vie associative, donc les gens se rencontrent moins, il y a moins de groupes sociaux. La meilleure manière de contrecarrer les effets des médias sociaux sur la polarisation, c’est simple, c’est de voir son monde et de créer des lieux où on peut se voir en personne loin des écrans », conclut, de son côté, Olivier Sabourin.

 

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