Sport et politique : un lien tissé serré

Les Jeux olympiques et les Coupes du monde coûtent cher et peu de pays peuvent se permettre de les recevoir. « Le CIO et la FIFA sont obligés de se tourner vers des pays qui sont prêts à payer pour, même s’ils n’ont pas les infrastructures ou un climat adapté », souligne l’historien du sport Michel Vigneault. Photo : Pixabay
De nombreux événements sportifs ont été ponctués de politique dans les dernières années. On peut penser à la Coupe du monde de football au Qatar, aux Jeux olympiques de Pékin et plus récemment à la Confrontation des 4 nations. Sortir la politique du sport, mission impossible selon l’historien du sport, Michel Vigneault.
« Dès qu’on parle de compétitions entre pays, d’un athlète qui représente un pays, il y a de la politique qui rentre en arrière », explique l’historien du sport et chargé de cours à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Michel Vigneault. Selon lui, les Jeux olympiques (JO) sont le meilleur exemple d’événements sportifs à saveur politique. « Avant c’étaient les villes qui faisaient les demandes au Comité international olympique (CIO) pour recevoir les Jeux olympiques, aujourd’hui, ce sont les pays. Ça vient ajouter une touche de politique de plus dans le sport. »

Les compétitions de sports entre pays ont gagné en popularité au XIXe siècle alors que l’Angleterre et l’Écosse s’affrontaient au croquet et au golf. Photo : Guillermo Navarro via Wikimedia Commons
« Les premiers JO, jusqu’à environ 1908, c’étaient des clubs qui envoyaient des athlètes et non des pays. C’est en 1912 que les pays se sont davantage mis à envoyer des délégations, souligne l’historien. Les athlètes sont payés par leur nation, c’est donc difficile de sortir de la politique. »
« On ne peut pas s’en sortir », estime Michel Vigneault.
La solution de l’historien pour sortir la politique du sport est d’arrêter toutes compétitions où un athlète représente un pays. « Ceux qui sont méritants y vont. Si on dit que tous les meilleurs devraient s’affronter, ça serait l’idéal. Mais le problème c’est que personne ne veut le faire. […] Tant que des pays comme la Chine, la Russie et les États-Unis vont investir dans des confrontations internationales, on ne s’en sortira pas. Il va toujours y avoir des délégations nationales. »

« Pour avoir été un joueur de hockey dans la LNH et un député je confirme que le sport et la politique c’est comme de l’huile et de l’eau, ça ne se mélangent pas, » conclu Enrico Ciccone. Photo : Assemblée nationale du Québec.
Ingérence politique dans le sport
Selon le député libéral de Marquette et ancien joueur de la Ligue nationale de hockey, Enrico Ciccone, souvent la politique ne vient pas du milieu sportif. « Ce sont les gens de l’extérieur qui vont se servir du sport pour se faire du ”capital politique”. […] Les gens des hautes sphères se mêlent aux compétitions internationales. » Le sport peut même être utilisé pour détourner l’attention de la population de certaines décisions politiques ou pour dorer l’image d’un pays.
« Pour moi, ce qu’il y a de plus pur c’est le sport et ce qu’il y a de plus impur c’est la politique. La politique c’est beaucoup partisan, c’est de faire trébucher ton adversaire. Le sport c’est rassembleur, même si tu es en compétition contre une autre équipe, mentionne Enrico Ciccone. J’ai toujours trouvé que si on voulait détruire le sport il fallait y inclure la politique. »
L’impact des hymnes nationaux
En Amérique du Nord, il est coutume de chanter les hymnes nationaux avant un événement sportif, même si ce n’est pas une compétition internationale. En Europe c’est la foule qui chante celui de leur équipe quand les joueurs se présentent sur le terrain. « Dans l’équipe des Canadiens de Montréal, il y a des Canadiens, des Américains, des Slovaques, des Tchèques, des Suédois. Donc, il faudrait faire les hymnes nationaux de tous les pays », remarque Michel Vigneault.
Il y a quelques semaines lors de la Confrontation des 4 nations, les partisans ont hué les hymnes nationaux pour dénoncer une situation politique. « On n’apprend pas de belles valeurs à nos jeunes en agissant ainsi. Il faut respecter les hymnes nationaux. Ils racontent l’histoire du peuple », soutient Enrico Ciccone.

Les hymnes nationaux sont un moment patriotique dans le sport. Michel Vigneault se demande si l’Ô Canada et le Star-Spangled Banner ont toujours leur place dans le sport professionnel. Photo : Alice Méthot
L’ancien joueur de hockey affirme qu’utiliser le sport pour faire des dénonciations n’est pas toujours une bonne solution. « Le quart-arrière des 49ers de San Francisco, Colin Kaepernick, a mis le genou au sol lors de l’hymne national pour soutenir le mouvement “Black Lives Matter” (la vie des Noirs compte). Cela lui a coûté sa carrière, donne-t-il comme exemple. Les athlètes sont des citoyens et ils ont le droit de dire leur opinion. Par contre, le prix à payer est parfois très cher. Quand tu es une personnalité publique, tout ce qui sort de ta bouche est amplifié et décortiqué. »





