Éducatrices en CPE : l’augmentation d’enfants à besoins particuliers n’aide pas

Les éducatrices ont maintenant des groupes qui peuvent changer plusieurs fois dans une même semaine, explique certaines d’entre elles. (Photo : Xavier Roy)
Les négociations entre la CSN et le gouvernement du Québec pour les 13 000 travailleurs en Centre de la petite enfance battent leur plein. L’un des enjeux est la hausse d’enfants à besoins particuliers, qui amène son lot de difficultés dans les garderies.
Selon un rapport de l’Institut de la statistique du Québec, les enfants à besoins particuliers sont en augmentation dans la province. De 2012 à 2022, ils sont passés de 25,6 à 28,7%. Parmi les critères, on y considère les compétences sociales, la maturité affective ou encore le développement cognitif.
L’éducatrice au CPE l’Enfantaisie à Sherbrooke, Jasmine Béland, croit que c’est l’une des principales difficultés auxquelles elle fait face dans son métier. « Avant, il y avait de temps en temps des enfants à besoins particuliers. Maintenant, il y en a au moins un par groupe dans mon CPE. Ça amène une charge supplémentaire pour nous. »
« Si un enfant à besoin particulier fait une crise et qu’il faut le gérer, je ne peux pas m’occuper des autres enfants à 100 % », mentionne l’éducatrice. Elle qui compte huit enfants dans son groupe voudrait voir davantage d’éducatrices spécialisées qui encadreraient mieux ces enfants. « Sur 10 ans de carrière, j’en ai vu une fois dans un CPE. Ce n’est pas assez. »
Enfants-rois et problème d’attachement
En plus des enfants à besoins particuliers, il y a aussi le phénomène d’enfant-roi, plus commun dans les dernières années. « La situation de l’enfant-roi est pire que lorsque mon garçon allait en garderie il y a 20 ans », déplore l’ancienne éducatrice en CPE Jeneviève Carrier. La problématique est pareille pour Jasmine Béland. « Ça m’arrive de tenir tête plus longtemps à un enfant, d’où le principe de l’enfant-roi. » Ce genre de situation ajoute encore plus de gestion à l’éducatrice.
Le lien avec l’adulte est primordial dans le développement de l’enfant. Avec le manque de main-d’œuvre dans les CPE, « un enfant se retrouve avec trois ou quatre éducatrices en une semaine. Ça joue sur l’attachement envers l’adulte », croit la vice-présidente au Conseil central du Saguenay-Lac-Saint-Jean de la CSN, Marie-Pier Ouellet. De plus, explique Jeneviève Carrier, « la direction mélangeait les groupes. Alors, je n’avais jamais les mêmes jeunes. Il n’y a donc pas de lien avec les enfants et les parents aussi ».
Les éducatrices ne comprennent pas pourquoi le gouvernement n’y accorde pas plus d’attention. « Le gouvernement a retiré des subventions qui allaient dans les CPE pour aider les enfants à besoins particuliers. C’est ce qui fait que ça surcharge le système des Centres de la petite enfance », observe Mme Ouellet.
Vers une grève illimitée?
Parmi les principales demandes de la CSN au gouvernement, une augmentation de salaire et une charge de travail moins lourde sont mises de l’avant. Mme Ouellet demande « de rendre attractif, par les salaires et l’organisation du travail, le poste d‘éducatrice pour le sauver. » Elle rappelle les difficultés de recruter de nouvelles éducatrices dans les cégeps. « Ces cohortes-là étaient pleines, il y avait trois formations données en même temps. Présentement, c’est difficile d’en remplir une. »
Évidemment, la question du salaire effraie les étudiants, croit Marie-Pier Ouellet. « Ils partent au milieu du parcours. Ils se rendent compte qu’ils sont les plus petits salariés du service public. »

De premières grèves ont eu lieu devant les CPE à travers la province les 18 et 19 mars derniers. (Crédit photo : Marie-Pier Ouellet)
Les grèves de la CSN reprendront le 2 et 4 avril. Les éducatrices en CPE ont voté à 91% en faveur d’une grève générale illimitée si une entente n’est pas signée par la suite.






