Projet de loi 84 : inquiétudes pour des organismes de la région

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Katia Gagnon, intervenante du Centre de femmes de Jonquière

L’intervenante Katia Gagnon explique que les services de l’organisme sont « 100 % gratuits ». (Crédit : Alexis Gauthier-Gagné)

Le nouveau projet de loi 84 sur l’intégration nationale inquiète des organismes de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Un volet de cette nouvelle législation prévoit un définancement pour ceux qui ne la respectent pas.

Le Centre de femmes mieux-être de Jonquière ainsi que le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) sont au nombre des 87 signataires d’une lettre ouverte publiée en février dernier. Celle-ci demandait une révision du projet de loi et avait notamment été signée par la Ligue des droits et libertés.

L’intervenante du Centre de femmes Katia Gagnon explique l’importance du financement gouvernemental pour l’organisme. « C’est plus de 50 % du financement […] des centres de femmes qui [provient du] gouvernement. » Pour l’organisation jonquiéroise, c’est une « grande majorité, si ce n’est pas la totalité » de leur financement, ajoute Mme Gagnon.

Le regroupement national du Centre de femmes mieux-être joue un rôle d’intervention auprès de femmes volontaires qui souhaitent obtenir des services. « On fait des interventions individuelles, on donne des groupes d’entraide, on aide à briser l’isolement des femmes », décrit l’intervenante de Jonquière.

Elle explique également que leur charge de travail a augmenté depuis la pandémie. « On le voit, les femmes sont de plus en plus isolées, sont de plus en plus seules, de plus en plus sous le seuil de la pauvreté. Avec l’inflation, les personnes les plus pénalisées, c’est les femmes en marge de la société. »

Une affiche du Centre de femmes de Jonquière

L’organisme jonquiérois fait partie du Regroupement des centres de femmes (L’R). Il y en a 15 au Québec. (Crédit : Alexis Gauthier-Gagné)

Le Centre de femmes du Pays Maria-Chapdelaine, qui couvre un territoire équivalent à la Suisse, a déjà confirmé qu’il tombera à quatre intervenantes au lieu de cinq à cause des compressions budgétaires du gouvernement du Québec, avant même que le projet de loi ait été mis de l’avant. La pauvreté augmente dans la région et la communauté est vieillissante, confirme l’organisme situé à Dolbeau-Mistassini.

Un modèle « assimilationniste » ?

L’objectif de ce nouveau projet de loi 84 est de déterminer le modèle du Québec en matière d’intégration. Le document officiel de l’Assemblée nationale « prévoit que le ministre de la Langue française [Jean-François Roberge] élabore une politique nationale sur l’intégration à la nation québécoise et à la culture commune ».

Le doctorant en science politique à l’Université d’Ottawa David Carpentier a écrit un mémoire sur la question de la pertinence du projet de loi et d’un projet d’intégration « plus généreux envers les personnes issues de l’immigration ».

David Carpentier, doctorant

David Carpentier a écrit un livre sur les enjeux migratoires de Montréal. (Crédit : Photo tirée de LinkedIn)

« Le PL84 marque une rupture avec le modèle pluraliste d’intégration et de vivre-ensemble progressivement développé par tous les gouvernements du Québec, et ce, depuis la Révolution tranquille », écrit-il dans son ouvrage.

Invité en consultation particulière à l’Assemblée nationale du Québec, M. Carpentier a énuméré ses arguments devant des membres de la commission. Il compare ce modèle à celui de la France, qu’il évalue comme étant « assimilationniste ». Également, il dénonce que « le projet de loi priorise la vitalité de la culture commune puis de la langue française au détriment des relations interculturelles et de l’intégration des personnes immigrantes ».

Le député de Jonquière Yannick Gagnon et le ministre de la Langue française Jean-François Roberge ont refusé d’accorder une entrevue à ce sujet.

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