Parler de sexualité pourrait sauver des vies

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Depuis 2024, les cours de sexualité à l’école sont inclus dans le cours de Culture et Citoyenneté québécoise (CCQ), tant au primaire qu’au secondaire. (Photo : Alicia Flageol)

La pertinence des cours de sexualité au primaire est souvent remise en question. Pourtant, ils sont plus importants que jamais. La sexologue de Les 3 Sex, Estelle Cazelais, va jusqu’à affirmer que ces cours « freineraient les féminicides au Québec. »

« Pourquoi c’est tout le temps en contexte de rupture que les hommes assassinent leur partenaire? Il y a quelque chose qui se passe, il y a quelque chose qu’ils n’ont pas compris », dénonce la sexologue. Dans les dernières années, Mme Cazelais s’est entretenue avec des centaines de jeunes et ceux-ci expliquaient que parfois, les garçons sortent des classes durant les périodes allouées à la sexualité. D’après elle, le manque d’éducation à la sexualité « crée des lacunes communicationnelles, des lacunes de gestion émotionnelle, des potentiels enjeux de santé chez des jeunes adultes. » Elle estime que ces lacunes resteront toute leur vie, parce qu’ils n’ont pas eu de bon encadrement.

Estelle Cazelais soutient que les cours de sexualité au primaire sont primordiaux pour l’évolution des enfants. (Photo : courtoisie)

De l’éducation, mais pas de la bonne façon

Tous les cours en lien avec la sexualité sont donnés par les enseignants. Une problématique importante selon Estelle Cazelais : « ils ne se sentent pas assez outillés, même avec la formation qu’ils ont, ils ne savent pas toujours comment rebondir sur des questions de l’ordre de l’intime. » D’après elle, le programme est génial, les divisions des sujets sont logiques, mais il devrait y avoir un meilleur encadrement pour ceux qui disposent les cours.

C’est aussi l’opinion d’enseignantes à qui nous avons parlé. Ces dernières expliquent qu’elles se retrouvent souvent à gérer des situations maladroitement, car elles n’ont pas les ressources suffisantes pour aider les jeunes.

« Les profs, pour vrai, ils reçoivent des confidences d’abus et d’agression sexuelle », explique Estelle Cazelais en ajoutant que ces confidences mettent l’enseignant dans des situations inconfortables. Même s’il y a beaucoup de coupes dans les budgets, la sexologue croit que le ministère de l’Éducation devrait ajuster les méthodes de l’approche à la sexualité. Mettre en place un programme que toutes les écoles suivraient et appliqueraient serait, d’après Mme Cazelais, l’idéal. Selon elle, ce plan devrait faire appel à des organismes communautaires.

Les jeunes plus tentés par la sexualité?

Contrairement à une croyance populaire, les enfants semblent être de moins en moins matures sexuellement. Selon des enseignantes, les jeunes semblent être moins ouverts ou intéressés par la sexualité. « La maturité n’est pas là, c’est encore beaucoup ludique […] il n’y a pas tant de couples », a raconté une enseignante au primaire qui a préféré garder l’anonymat. Elle souligne que plus de commentaires sont émis, qu’elle qualifie de « bébés », ce qui l’amène à adapter le contenu de ses cours en fonction de chaque groupe.

Des modèles importants

Selon tous les intervenants contactés, les parents sont les modèles les plus importants et les plus influents dans l’apport à la sexualité des jeunes. La sexologue explique que les parents devraient être présents pour leurs enfants sans leur parler d’expériences personnelles. Elle admet que certaines discussions nécessitent des informations plus personnelles, comme la contraception et les hormones. Elle croit toutefois qu’un enfant ne devrait pas connaître les activités sexuelles de ses parents.

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