Corridor du Nord et agrandissement port de Saguenay : deux projets inquiètent

La création d’un deuxième quai permettrait d’accueillir une cinquantaine de navires par an sur le moyen terme et créerait une vingtaine d’emplois directement au port, selon Carl Laberge. Photo : Port de Saguenay.
Lors de la présentation du budget fédéral, mardi dernier, le gouvernement Carney a présenté la création du Fonds pour la diversification des corridors commerciaux. Le projet Corridor du Nord et l’agrandissement du port de Saguenay devraient en bénéficier. Pourtant, ils pourraient avoir un impact sur le plan du respect des droits autochtones et de l’écologie.
« La construction d’un deuxième quai au port de Saguenay est une porte qu’on essaie d’ouvrir depuis des années. Cela va permettre une diversification des marchés. Cest essentiel pour ne plus dépendre des États-Unis », assure Sandra Rossignol, directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord.
L’agrandissement du port est justifié par la réhabilitation de 171 kilomètres de voies ferrées. Ce corridor du Nord permettrait d’acheminer de nombreux minerais à Saguenay. Du cuivre, du zinc, du fer mais aussi du phosphate, du cobalt et du lithium sont évoqués. Cela permettrait de développer des projets tels que Frontier Lithium dans la région du Cercle de Feu en Ontario ou encore celui de Collines de Fer au Québec.
Une zone industrialo-portuaire
Les 75 millions de dollars, que devrait recevoir le port de Saguenay du fédéral, permettraient de développer beaucoup d’activités connexes pas nécessairement liées au secteur minier. « Cela offrirait une solution de transport à d’autres projets tels que la création d’un important parc éolien au nord du Québec », explique son PDG, Carl Laberge. La chambre de commerce affirme que le développement du port favorisera la croissance de nombreuses entreprises. « Cela créera une zone industrialo-portuaire », ajoute Sandra Rossignol.

« Nos gouvernements ne se sont pas dotés des outils nécessaires pour faire une évaluation complète des coûts et bénéfices » de ce genre de projet pancanadien, informe Étienne Roy-Grégoire. Photo : Corridor du Nord
Pas de transition écologique
« Aucune des bonnes décisions ne sont viables sans une implication et un intérêt soutenu dans la société dans son ensemble », détaille Étienne Roy-Grégoire. Le professeur de sciences politiques à l’Université du Québec à Chicoutimi déplore le manque de consultation citoyenne dans ces grands projets fédéraux. Le secteur minier est connu pour être néfaste d’un point de vue écologique.
De plus, les terres exploitées sont sur le territoire ancestral de plusieurs premières nations. En Ontario, deux des trois premières nations concernées sont contre le projet Frontier Lithium. « J’invite le gouvernement à refaire ses devoirs, il n’a pas le consentement libre et éclairé des premières nations », regrette Michaël Paul. « Ce genre de projet ne se décide pas avec des investisseurs autochtones, ni même avec les conseils de bande qui sont des institutions coloniales. Il faut l’accord des familles qui occupent ce territoire de manière ancestrale », renchérie le chef du territoire Ilnue.
« Il n’y a rien qui n’a pas d’impact environnemental, tout a un impact », justifie Sandra Rossignol. Ce à quoi répond Étienne Roy-Grégoire : « Aujourd’hui, nous ne pouvons pas justifier le Corridor du Nord pour la transition écologique. Il n’y en a pas. À l’échelle globale, tous les indicateurs montrent qu’il y aura des catastrophes écologiques. Dans cette logique vaut-il mieux ouvrir des mines ou maintenir des écosystèmes dont on aura besoin ? »






