Méthane, biodiversité et alimentation : l’élevage au cœur d’un débat complexe

« Ils ont déforesté la forêt de l’Amazonie pour alimenter les McDo de ce monde, mais on n’est pas là du tout au Canada, encore moins au Saguenay-Lac-Saint-Jean », explique Mme Claveau. (Photo : Guillaume Larouche)
Alors que l’élevage bovin est souvent critiqué pour ses émissions de méthane, il présente aussi certains avantages. Par exemple, certaines zones réservées et protégées, comme les vastes prairies des Grandes Plaines canadiennes offrent un habitat essentiel à plusieurs espèces, dont certaines sont en voie de disparition. L’élevage se retrouve ainsi au croisement d’enjeux climatiques et alimentaires qui préoccupent la population.
Selon les estimations rapportées dans l’Inventaire officiel canadien des gaz à effet de serre, les émissions de méthane liées à l’élevage ont atteint 12,32 mégatonnes (Mt) de CO₂ en 2023, dont environ les deux tiers proviennent des sources entériques.
« Souvent, on oublie que l’élevage est une industrie, et il y en a beaucoup qui polluent, mais si vous saviez les efforts des producteurs pour réduire, rentabiliser et valoriser les résidus de la ferme ! Peu d’industries travaillent aussi fort à réduire leur empreinte », explique la biologiste et directrice en production animale et fourragère chez Agrinova, Stéphanie Claveau.

Stéphanie Claveau travaille pour Agrinova, un centre québécois d’innovation agricole basé à Alma, impliqué dans la recherche, le transfert technologique et l’accompagnement des producteurs vers des pratiques plus durables. (Photo : Agrinova)
Au cours de l’été 2023, les Producteurs de bovins du Québec (PBQ) ont interrogé leur équipe afin de dresser un portrait des pratiques favorables à la préservation de la biodiversité. Plus de 90 % possèdent une zone de forêt dans leur ferme; 32 % ont planté des arbres au cours des trois dernières années; 20 % ont des bandes riveraines d’une largeur dépassant les trois mètres recommandés; 79 % de ceux qui possèdent des pâturages pratiquent la rotation des pâturages. Cette technique régénérative permet d’améliorer la santé des sols et de maintenir la biodiversité.
Parmi ces efforts, la biométhanisation* est une option intéressante et efficace. Selon Mme Claveau, elle demeure néanmoins coûteuse et les producteurs ne bénéficient pas toujours du soutien nécessaire. Mais il y en a d’autres : ajouts d’additifs, meilleure qualité du fourrage, meilleure gestion des bovins, de la santé animale et des pâturages.
Pour aider les producteurs à améliorer leurs pratiques pour réduire leurs émissions, le gouvernement fédéral a mis sur pieds deux outils, Le Défi de réduction du méthane agricole et Le Régime de crédits compensatoires pour les GES du Canada sont des initiatives fédérales visant à diminuer les émissions et à renforcer la résilience environnementale.
Contrairement à la croyance populaire, l’élevage du bétail a plusieurs côtés positifs.
Des études montrent que la production bovine contribue au maintien de la biodiversité et soutient les habitats fauniques. Par exemple, 74 % des habitats fauniques sur les terres agricoles sont utilisés pour la reproduction des espèces, et 55 % pour leur alimentation.
Nourrir pour consommer
Pour subvenir aux besoins d’une vache, il faut environ 100 litres d’eau par jour. « Ça parait beaucoup, 100 litres d’eau par jour, mais il ne faut pas oublier le nombre de personnes qu’on va être capable de nourrir avec le lait de la vache, par exemple, ça va permettre de produire du beurre, du fromage, du yaourt. C’est donc énormément de gens qui vont s’alimenter avec la vache, », explique Mme Claveau.
Elle poursuit : « Si la planète devenait végétarienne, on serait vraiment dans le pétrin, car la terre ne pourrait pas produire assez de protéines végétales pour tout le monde. »
Des solutions plus polluantes ?

« Dans le dernier mois avant l’abattage, les producteurs intensifs cherche à maximiser le poids de l’animal en lui donnant une nourriture très riche pour qu’il grossisse le plus possible. L’objectif, c’est d’augmenter les profits du producteur. Mais tout ce qu’on fait subir à l’animal finit par se répercuter sur la qualité de ce qu’on mange », conclut Mme Abergel. (Photo : Yangshuo-Unsplash)
Les alternatives au lait, comme les boissons d’amande ou de soya, génèrent généralement moins de GES que le lait de vache. Toutefois, selon l’Union des producteurs agricoles (UPA), produire un kilogramme d’amandes nécessite environ 3 158 litres d’eau, et il faut entre 100 et 200 grammes d’amandes pour obtenir un litre de boisson d’amande. La popularité croissante de ce produit a aussi été associée à la perte de dizaines de milliards d’abeilles en Californie, entre autres à cause de l’utilisation généralisée de pesticides.
Cependant, l’élevage intensif a aussi d’importants enjeux environnementaux, mis à part les GES. Même si ce processus occupe moins d’espace, le stress véhiculé par l’animal affecte la qualité de la viande, ainsi que son système immunitaire.
« L’élevage intensif donne beaucoup de maladies aux animaux. Puisqu’ils sont à proximité, on doit les bourrer d’antibiotiques, donc ça aussi, ça a des effets sanitaires, des effets sur la planète », explique la professeure au département de sociologie de l’UQAM et associée à l’Institut des sciences de l’environnement ainsi qu’au Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé, la société et l’environnement, Élisabeth Abergel.
*La biométhanisation est un procédé qui transforme des matières organiques en biogaz et en engrais grâce à des micro-organismes privés d’oxygène.






