Je me souviens

La population de Saguenay avoisine les 150 000 habitants (Photo : Julian Azzari)
« Tu peux sortir la fille du Saguenay… mais tu ne peux pas sortir le Saguenay de la fille. » On entend souvent cette expression de la part de Saguenéens qui ont quitté leur région natale. Le sentiment d’appartenance se définit par la perception de faire partie intégrante d’un groupe, se traduisant par un sentiment de sécurité, d’acceptation et d’inclusion. Mais est-il plus facile de développer ce sentiment d’appartenance en région plutôt que dans les grandes villes ?
Pour le professeur en sociologie de l’UQAM, Jacques Beauchemin, il ne fait aucun doute que le sentiment d’appartenance se développe plus facilement en région. « C’est plus facile de se reconnaitre entre semblables dans une petite communauté que dans une grande. À Saint-Félicien, les gens reconnaissent plus facilement des traits communs que les habitants d’une ville comme Tokyo où il y a 5 millions d’habitants », a-t-il ajouté.
Un avis confirmé par Statistique Canada. Un sondage réalisé en 2022 démontre que le sentiment d’appartenance à la communauté locale est plus fort au sein de la population rurale (54 %) qu’au sein de la population urbaine (46 %).
En plus du sentiment d’appartenance, M. Beauchemin considère qu’en région l’esprit de collectivité est plus présent. « On observe très souvent que dans les régions les gens sont plus susceptibles de s’entraider, de se soutenir, de venir à la rescousse les uns les autres parce que, entre guillemets, ils se connaissent. Et même s’ils ne se connaissent pas personnellement, il semble qu’ils appartiennent au même monde. »

« Les communautés humaines ont besoin de ce sentiment, d’appartenance pour trouver une certaine cohésion » dit le professeur Jacques Beauchemin. (Photo : UQAM)
Un lien géographique
Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est d’un autre niveau. La population semble plus soudée que nulle part ailleurs. Le fait que le Saguenay soit isolé du reste du Québec pourrait expliquer un sentiment d’appartenance plus accru. C’est ce que croit l’historien Dany Côté. « Il y a un lien historique, mais surtout il y a un lien qui est géographique […] quand les gens sont arrivés ici il n’y avait rien, ce qui fait que les gens ont développé ce sentiment-là d’indépendance face au reste du Québec. »
Toutefois, ce phénomène ne se limite pas seulement au Saguenay, selon M. Côté. « C’est la même chose en Abitibi et en Gaspésie quand tu es loin de tout, parce que le gouvernement était à Québec, à Montréal et à Ottawa. Mais quand tu es loin de ça, il faut que tu te débrouilles, donc tu développes une mentalité différente. »
M. Beauchemin est allé encore plus loin en expliquant à quel point l’isolement même à ce jour peut unir les gens. « Le sentiment d’isolement, ce que ça fait, c’est que ça confère un sentiment d’unicité. Les gens ont l’impression que leur monde est particulier […] c’est sûr que l’isolement renforce le sentiment d’unicité, et donc d’appartenance. »






