La musique d’ici fait dire OUI

Le groupe Loco Locass a célébré son 25e anniversaire cette année. (Photo : Facebook)
Le regain de la musique québécoise revigore le sentiment de la souveraineté du Québec chez les jeunes. C’est du moins ce que croient plusieurs acteurs en faveur de l’indépendance de la province.
Ce sont 47% des jeunes de 18 à 34 ans qui voteraient pour le Oui s’il y avait un nouveau référendum sur la souveraineté, d’après un sondage publié en août dernier par la firme Crop. Une augmentation de 13% par rapport à un sondage Léger d’avril 2024.
D’après le rappeur de Loco Locass Sébastien Fréchette, surnommé Biz, la culture joue un rôle majeur dans cette croissance. « Les nouveaux artistes sont très importants parce qu’ils ont le pouvoir de, par la jeunesse, déterminer ce qui est cool et ce qui ne l’est pas. Et si c’est cool, la souveraineté, il y a plein de jeunes qui vont embarquer dans le bateau », déclare celui qui a chanté de la musique engagée toute sa carrière.
Un engouement qui ne surprend nullement le chroniqueur et doctorant en sociologie Rémi Villemure. Il remarque toutefois des différences entre la génération des années 70-80 et celle d’aujourd’hui par rapport aux sources d’inspiration des jeunes souverainistes.
« J’ai l’impression que cette fois-ci, l’engouement pour la souveraineté passe encore plus par la culture. Je me rappelle d’avoir vu beaucoup de documentaires sur le mouvement souverainiste dans les années 70-80. Tu voyais des jeunes qui étaient très fans de personnalités politiques, mais aujourd’hui, ce sont beaucoup les artistes qui ont entrainé cette nouvelle tendance-là. »
La relève des artistes souverainistes
Cet engouement, c’est le rappeur de 18 ans Kinji00 qui en est l’image principale sur les réseaux sociaux. Il cumule plus de 46 000 écoutes mensuelles sur Spotify. Kinji00, de son vrai nom Miguel Monteiro-Beauchamp, utilise pourtant énormément d’anglicismes et de paroles provocatrices dans ses chansons.

« On s’est fait stab dans le back comme la Nuit des longs couteaux », chante-t-il dans sa chanson la plus populaire Fleur de lys. (Photo : Instagram)
Ces anglicismes ne sont pas un problème, selon la coordonnatrice de la fête de la Saint-Jean Sonalie Hénault, parce que le Québec est une société qui évolue constamment. « Au Québec, on a tellement une société multiculturelle. Énormément de gens venus d’ailleurs habitent le Québec avec nous et font partie de cette culture. Pour moi, ce n’est pas quelque chose de négatif. »
Le chroniqueur Rémi Villemure abonde en ce sens. Pour lui, le rappeur de 18 ans souhaite connecter avec son public en conservant les codes de sa génération. « C’est un langage qu’on entend beaucoup chez les jeunes de 15 à 22 ans. À un moment donné, tu arrives au cégep, à l’université, tu te trouves un travail et tu te mets à lire beaucoup. Autour de moi, des gens de 25 ans et plus qui parlent comme ça, il n’y en a pas », explique-t-il sans crainte pour la survie de la musique québécoise.
Le chanteur originaire de Sept-Îles Louis-Jean Cormier croit, quant à lui, que l’authenticité prime par-dessus tout dans les paroles des artistes. « Les jeunes qui chantent en franglais, ils chantent avec leurs tripes. C’est le langage qu’ils véhiculent dans la cour d’école, dans leur cercle d’amis. Il n’y a rien de mal à ça, souligne le chanteur du groupe Karkwa. Les gens qui font de la musique anglophone dans le but de devenir des artistes à l’international, ils se font démasquer rapidement. »

L’étoile du dernier gala de l’ADISQ Lou-Adriane Cassidy est devenue récemment une des nouvelles voix de la souveraineté parmi les artistes québécois. (Photo : Instagram)
« J’ai peur pour l’avenir du Québec »
Le chanteur de Loco Locass Sébastien Fréchette est tout de même inquiet quant à l’avenir de la musique québécoise. Il en fait la mission de sa vie.
« J’ai peur pour l’avenir du Québec et de sa langue autant que j’ai peur de mourir, mais ça ne m’empêche pas de vivre. C’est justement la perspective de la mort qui me garde vivant. »
Celui qui a chanté Libérez-nous des Libéraux considère que cette crainte permet aux défenseurs de la langue française de « rester vigilants » à tout jamais.






